MILLER HENRY (1891-1980)

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Miller a longtemps été considéré comme le principal instigateur de la révolution sexuelle qui a bouleversé l'Amérique et du même coup le monde occidental. Idée que l'auteur a récusée presque totalement. Il est certain qu'il a toujours combattu le puritanisme anglo-saxon avec vigueur, pour ne pas dire avec férocité ; il est également certain qu'il s'est plu à employer tous les mots interdits, ces mots absolument tabous dans les pays de langue anglaise : mais il ne s'agit là pour lui que d'un élément, d'un détail dans son combat pour une plus grande liberté, dans son combat contre l'hypocrisie bourgeoise qui écrase l'individu et l'empêche de s'épanouir pleinement. En effet, Miller ne se dresse pas seulement contre les mœurs sexuelles, mais contre la civilisation occidentale tout entière avec sa culture, ses traditions et ses coutumes, son histoire, ses arts, sa science, ses méthodes d'enseignement et d'éducation. Il ne voit partout que dégradation de l'homme. Ce qu'il condamne le plus ardemment, c'est son propre pays, mais uniquement parce qu'il se trouve à l'avant-garde des temps modernes. Il lui préféra la France, mais c'est la vieille France qui le séduit, et le jour où il découvrit la Grèce, la France fut rayée de sa carte d'un seul trait, comme en témoigne Le Colosse de Maroussi. Plus Miller remonte dans l'histoire, plus il s'y plaît. L'Orient l'attire beaucoup, mais les civilisations les plus primitives peut-être encore davantage. Pourtant, il ne trouve nulle part ce monde dont il rêve. Pour lui, l'homme n'a jamais connu son âge d'or et il est de moins en moins probable qu'il le connaisse jamais. Il ne reste d'espoir que pour l'individu, qui peut, dans un combat acharné, arriver à s'affranchir des contraintes sociales et enfin s'épanouir, communiquer avec les dieux, ainsi qu'il le dira lui-même. L'homme a perdu le sens du mystérieux, le sens du miraculeux, le secret de ses propres forces, et la gamme de ses possibilités, qui est presque infinie, a été réduite à une marge bien étroite. S'il a jamais connu tout cela, ce n'est que dans un état primitif, c'est-à-dire dans un état de relative inconscience.

Le choix d'écrire

Henry Miller est né de parents américains d'origine allemande en 1891, à Yorkville, quartier de New York où son père était tailleur. Quelques années plus tard, la famille déménage à Brooklyn. La rue devient alors le domaine du jeune Henry et il connaît une enfance assez turbulente mais, semble-t-il, heureuse, qu'il célèbre dans plusieurs livres, surtout dans Printemps noir (Black Spring, 1936) qu'il préface ainsi : « Ce qui ne se passe pas en pleine rue est faux, c'est-à-dire littérature. »

Il ne fait aucune étude particulière ; il fréquente le collège, c'est tout. Vers l'âge de seize ans, il connaît un premier amour... malheureux. Il y voit lui-même la cause première du destin singulier de sa vie, ainsi qu'il le raconte dans Tropic of Capricorn (1939). Il avoue avoir pris la fuite, « avoir préféré se punir », dit-il. « Si seulement j'avais dit le mot qu'il fallait, je suis sûr qu'elle aurait laissé tomber l'autre » (son fiancé). « Étrange histoire... masochisme pur », continue-t-il.

C'est pour aller vivre avec une femme de presque vingt ans son aînée qu'il quitte la maison paternelle, où il n'a jamais connu l'affection. À cette même époque, au cours d'un voyage dans l'Ouest, il fait la connaissance d'Emma Goldman, l'anarchiste célèbre. Elle lui ouvre tout un monde, dit-il lui-même : Nietzsche, Bakounine, Strindberg, Ibsen.

Les influences qui ont formé l'écrivain sont très hétéroclites. On veut toujours faire une sorte de généalogie qui, passant par D. H. Lawrence et W. Whitman, remonterait jusqu'aux transcendantalistes américains, tels R. Emerson, H. Thoreau, mais Miller ne se laisse pas capter ainsi. S'il est dans la tradition, c'est bien plutôt dans cette seule et unique – si typiquement américaine – du self-made man, l'autodidacte en tout. Il en fait état, d'ailleurs, dans Les Livres de ma vie (The Books in My Life, 1952), où l'on voit qu'il va tout aussi aisément de Knut Hamsun à Dostoïevski, de Cendrars à Giono que de Keyserling à Élie Faure. Tandis qu'il avoue n'avoir jamais lu Melville et ne pas avoir la moindre envie de le faire. Et ceux qu'on appelle les classiques le rebutent tout autant que la plupart de ses contemporains.

En 1917, Miller se marie une première fois ; c'est un échec avant même que cela ne commence : « ...Lorsque enfin je l'épousai, je me foutais éperdument d'elle », dit-il dan [...]

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TROPIQUE DU CANCER, Henry Miller - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Michel FABRE
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Le premier et le plus connu des ouvrages de Henry Miller (1891-1980), Tropique du Cancer , parut à Paris en 1934, grâce à l'aide de la femme de lettres américaine Anaïs Nin. L'auteur avait quarante ans, était marié et père de famille. Il aurait pu appartenir à la génération littéraire de Dos Passos et de Steinbeck si le contenu sexuel du livre n'avait pas différé jusqu'en 1961 sa publication aux […] Lire la suite

Pour citer l’article

Gérald ROBITAILLE, « MILLER HENRY - (1891-1980) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 avril 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/henry-miller/