VERNES HENRI (1918-2021)

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Le journaliste et romancier belge Charles Henri Dewisme a souvent eu recours à des pseudonymes (Lew Shannon, Ray Stevens, Jacques Seyr, Jacques Colombo…), mais c’est uniquement sous celui d’Henri Vernes qu’il a rencontré le succès avec les aventures de Bob Morane, une longue suite de romans et de bandes dessinées qui marqua des millions d’adolescents.

Né à Ath le 16 octobre 1918, Henri Vernes a très tôt le goût des voyages aventureux. En 1937, muni de faux papiers, il découvre Canton, Hong Kong, Shanghaï. Dans les années 1950, il séjourne fréquemment en Amérique latine (Colombie, Venezuela…), où il rencontre des Amérindiens. En Haïti, il est initié au rite vaudou, une expérience qui lui inspirera par la suite Les Zombis ou le secret des morts-vivants (1957). Pendant la Seconde Guerre mondiale, il est à Bruxelles agent de renseignements pour l’Intelligence Service. Parallèlement, il devient journaliste et publie son premier roman, La Porte ouverte (1944). De 1946 à 1949, il est correspondant à Paris de l’agence américaine Overseas News Agency. En 1950, il écrit dans la revue Caliban, dirigée par Jean Daniel.

En Belgique, Jean-Jacques Schellens, directeur littéraire des éditions Gérard & Cie, lui demande de créer un héros pour la collection « Marabout Junior » : ce sera Bob Morane, un Français ancien pilote dans la Royal Air Force et polytechnicien, âgé pour toujours de trente-trois ans. Le premier épisode, La Vallée infernale, est mis en vente le 16 décembre 1953.

Au fil des différents volumes, l’auteur, dans un style assez littéraire, joue avec les grands thèmes des aventures exotiques, puis se tourne peu à peu vers le fantastique et la science-fiction. Autour de Bob Morane évoluent des personnages récurrents, comme l’Écossais Bill Ballantine, fidèle compagnon de voyage, ou Miss Ylang-Ylang, une troublante Eurasienne qui dirige une redoutable organisation secrète. Certains romans peuvent être regroupés en cycles, dont le plus connu est celui de l’Ombre jaune, alias Monsieur Ming, un Mongol qui a la possibilité de se dupliquer, et donc d’être immortel (il a une nièce, Tania Orloff, qui ne laisse pas Bob Morane indifférent). Un autre cycle majeur est celui d’Ananké, sur des univers parallèles, conçu avec Philippe Vandooren. En 2012, Henri Vernes publie le Bob Morane n° 229, L’Or gris de Bolivie, écrit avec Gilles Devindilis. Celui-ci a, par la suite, poursuivi seul la série des aventures du célèbre héros auquel le groupe Indochine a rendu hommage dans L’Aventurier (1982).

La bande dessinée s’est vite emparée de Bob Morane, soit en adaptant certains des romans, soit en illustrant des scénarios originaux d’Henri Vernes. La première histoire fut L’Oiseau de feu, publiée dans Femmes d’aujourd’hui à partir du 21 mai 1959. À Dino Attanasio, dessinateur de la série de 1959 à 1962, ont succédé Gérald Forton (1962-1967), William Vance (1968-1979) et Felicisimo Coria (1979-2012) : au total, soixante-dix-huit épisodes. Depuis 2015, divers scénaristes et dessinateurs ont pris la relève.

Henri Vernes est mort à cent deux ans, le 25 juillet 2021 à Bruxelles. Il fut le dernier représentant de ces écrivains francophones (Jules Verne, Paul d’Ivoi, Jean d’Agraives…) dont les récits d’aventures en pays lointains instruisaient et faisaient rêver les jeunes lecteurs. Lui-même se réclamait plutôt d’un maître du fantastique, son compatriote Jean Ray (1887-1964), dont il fut un ami proche dès 1943, et qu’il fit rééditer. Bob Morane l’admirait également : dans Les Guerriers de l’Ombre jaune (1965), il est précisé que Jean Ray est « un de ses auteurs favoris ».

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Dominique PETITFAUX, « VERNES HENRI - (1918-2021) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 21 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/henri-vernes/