FLAMMARION HENRI (1910-1985)

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Flammarion s'inscrit dans la tradition des maisons fondées au xixe siècle, lorsque librairie et édition allaient de pair. Des arcades du théâtre de l'Odéon, où son fondateur Ernest Flammarion lance, après 1876, modestement puis triomphalement, les œuvres de son frère aîné, le génial Camille (L'Astronomie populaire), et Hugo, Michelet, Zola, à la forte bâtisse du 26, rue Racine, construite en 1899, toute l'histoire vient se résumer là : celle d'une famille protestante, originaire de Langres, qui sut être à l'écoute de son temps avec audace et raison.

Henri Flammarion entre en 1933, à l'âge de vingt-trois ans, au service de la maison. Le fondateur, son grand-père, est encore là pour trois ans, et, à sa mort, ses deux fils Charles et Albert, ce dernier étant chargé de la librairie, lui succèdent pleinement. Le règne de Charles sera très long puisque, à quatre-vingt-deux ans, il occupe encore chaque jour son bureau directorial. Henri Flammarion fera donc un patient apprentissage, même s'il assure dès 1945 la direction générale de l'entreprise et fonde Flammarion-Médecine avec Pasteur Vallery-Radot et Jean Hamburger.

Toutefois, quand il assume entièrement le pouvoir à la mort de Charles en 1967, la maison, malgré son prestige ancien, offre une image quelque peu endormie, en France comme aux yeux de l'étranger. Modernisation, consolidation, élargissement, telles sont les directions principales dans lesquelles va s'engager Henri Flammarion, avec ce mélange de rationalité et de pragmatisme assez caractéristique de la rue Racine.

Il s'agit d'abord de maintenir une indépendance, d'assurer une pleine autonomie. Malgré quelques difficultés, Henri Flammarion réussit à conjurer les menaces de déclin et à éviter toute prise de contrôle. Parallèlement, la distribution est entièrement maîtrisée, et sera même une des premières en France à se doter d'une informatisation aussi poussée que possible.

Tout cela est rendu possible grâce à une politique éditoriale caractérisée d'abord par la sûreté. En littérature prédominent les gros tirages de Guy Des Cars, Roger Peyrefitte, Jean Orieux que rejoindront ou remplaceront Henri Troyat, Jean Dutourd, Françoise Sagan et d'autres. Mais de plus grands écrivains, comme André Maurois ou François Mauriac, viennent aussi donner leurs derniers romans, ou leurs Mémoires. On ne dédaigne pas non plus les best-sellers étrangers : James Michener, Erich Segal (Love Story), Richard Bach. D'excellents collaborateurs entourent Henri Flammarion : Francis Bouvet, à l'esprit encyclopédique, donne au secteur des livres d'art une magnifique expansion ; Roger Proslier s'occupe de la littérature et se passionne aussi pour les livres d'aventure ; Jeanne Durand enfin a la charge du département étranger : outre Alberto Moravia, dont presque toute l'œuvre sera publiée, elle fait découvrir, grâce à l'originale collection Connections, des auteurs comme Vesaas, Burroughs, Kerouac, James Agee, Per Olov Enquist. L'image internationale de la maison s'anime soudain. Par ailleurs, Henri Flammarion a demandé dès 1962 à Fernand Braudel d'assurer la direction de la Nouvelle Bibliothèque scientifique, qui prend la suite de la Bibliothèque de philosophie scientifique, fondée par Gustave Le Bon. Braudel l'ouvre largement aux sciences humaines, à la réflexion la plus exigeante : Vladimir Jankélévitch y côtoie Konrad Lorenz et Emmanuel Le Roy Ladurie, Benoît Mandelbrot (Les Objets fractals) accompagne Jacques Ruffié (De la biologie à la culture) ou Thomas Kuhn...

Conscient de l'importance du livre de poche, Henri Flammarion a créé en 1958, avec d'autres éditeurs, les éditions J'ai lu qui deviendront rapidement la seconde collection française. Avec Garnier, il lance en 1964 la collection G.F., qui rassemble les grandes œuvres philosophiques et littéraires.

Dans les années 1970, au cours desquelles Henri Flammarion associe progressivement son fils aîné Charles-Henri à sa gestion, l'activité de la maison qu'il dirige s'élargit avec l'acquisition d'Aubier puis d'Arthaud, et de plusieurs grandes librairies. Plus que jamais, la production est diversifiée : elle va du livre de cuisine à l'essai universitaire et passe dès 1968 par les célèbres Classiques de l'art, en co-édition avec Rizzoli. En 1978, une nouvelle collection de poche voit le jour, Champs, qui se veut au carrefour d [...]

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  • : directeur des éditions Aubier et du département sciences humaines aux éditions Flammarion

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  • Christine GENIN
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Pour citer l’article

Louis AUDIBERT, « FLAMMARION HENRI - (1910-1985) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/henri-flammarion/