OTCHAKOVSKY-LAURENS PAUL (1944-2018)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

La disparition brutale de Paul Otchakovsky-Laurens, le 2 janvier 2018, à Marie-Galante (Guadeloupe) a mis en évidence la place importante et singulière qu’il occupait à la tête des éditions P.O.L, qu’il avait créées, dans l’histoire récente de l’édition et de la littérature. Son amicale constance et son engagement esthétique, à contre-courant des exigences de reconnaissance éphémère, ont été unanimement soulignés.

Il naît le 10 octobre 1944 à Valréas, où son père, le peintre Zelman Otchakovsky, issu d’une famille juive originaire de Bessarabie, s’est réfugié ; tuberculeux, celui-ci meurt d’une crise cardiaque quand Paul n’a que trois mois. Sa mère Odette Labaume, professeur de lettres, trouve alors refuge avec ses deux fils à Sablé-sur-Sarthe, chez une cousine veuve, Berthe Laurens. Deux ans plus tard, elle tombe à son tour gravement malade et part pour le sanatorium avec son fils aîné, qui sera ensuite placé dans un orphelinat. Le cadet, Paul, est adopté par Berthe, dont le nom est ajouté à son patronyme et qui grandit dans le giron de « mamie ». Ce n’est qu’adolescent qu’il découvrira le secret de ses origines.

Après le lycée catholique et des études de droit, il envisage une carrière dans le cinéma, écrit dans les années 1960 pour des revues (Jeune Cinéma, Téléciné) avant de se tourner vers l’édition. En 1969, il débute chez Christian Bourgois, puis il entre chez Flammarion en 1970 et y crée la collection « Textes ». En 1977, il crée chez Hachette la collection « P.O.L » dans laquelle il édite un an plus tard La Vie mode d’emploi de Georges Perec, qui remporte le prix Médicis. En 1983, P.O.L devient une maison d’édition indépendante, avec l’appui du groupe Flammarion puis de Gallimard à partir de 1991. Sur un papier blanc cannelé comme une madeleine de Proust, son logo représente, en hommage à Georges Perec mort un an plus tôt, une figure du jeu de go (le Ko ou éternité), reproduite dans La Vie mode d’emploi. Marguerite Duras dirige la collection « Outside » et offre en 1985 à la jeune maison d’édition son premier succès avec La Douleur.

Le goût pour le cinéma de Paul Otchakovsky-Laurens perdure : il publie La Lettre du Cinéma (1996-2005) et Trafic (à partir de 1991), préside la commission d’avance sur recettes du CNC (2011-2013) et le Festival international de cinéma de Marseille. Il a également réalisé Sablé-sur-Sarthe, Sarthe (2007), long-métrage autobiographique qui revient avec une pudeur vibrante sur les lieux des mensonges de son enfance, et Éditeur (2017), réflexion joueuse sur son métier, devenue par la force des choses testamentaire.

« La diversité du catalogue P.O.L ne relève pas d'un éclectisme mais de la disponibilité de son maître d'œuvre : attention fraîche, alerte sensible, sens aigu de ce qui apparaît dans l'imprévu des différences et le mouvement des inventions », affirme un auteur et ami, Christian Prigent. De fait, les écrivains que publie Paul Otchakovsky-Laurens ont un point commun : leur engagement dans une littérature exigeante, voire radicale, et parfois difficile, à vendre notamment : « Je ne cherche pas des livres qui se vendent. Je cherche à vendre les livres qui me plaisent. » Curieux infatigable, il a mené toute sa vie une politique éditoriale caractérisée par son audace et sa clairvoyance, donnant leur chance à des auteurs aussi divers que Claude Ollier, Charles Juliet, Hubert Lucot, Valère Novarina, Leslie Kaplan ou Jacques Jouet, puis Marie Darrieussecq, Martin Winckler, Emmanuel Carrère, Christine Montalbetti, Célia Houdart, Nina Yargekov ou Frédéric Boyer, qui va lui succéder. Il publie aussi avec constance de la poésie : Olivier Cadiot, Pierre Alféri, Liliane Giraudon, Michelle Grangaud, Charles Pennequin, Nathalie Quintane, Christophe Tarkos et bien d’autres. Au fil des ans, de larges succès et de nombreux prix – de Truismes (1996) et La Maladie de Sachs (1998) à Limonov (2011) ou Double Nationalité (2016) – ont récompensé ses prises de risque.

Comme l’affirme la grande famille recomposée des auteurs fidèles, souvent devenus des amis, le « meilleur des éditeurs » donnait la priorité à la forme et à la langue, mais surtout veillait à ne pas « saccager » la singularité des écrivains qu’il avait choisis et accompagnait. Il lisait lui-même les manuscrits, ne voulait pas de comité de lecture ; tous décrivent la vigilance extrême et les (re)lectures attentives, mais jamais directives, de celui [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 2 pages

Écrit par :

  • : agrégée de lettres, docteure ès lettres, conservatrice à la Bibliothèque nationale de France

Classification

Pour citer l’article

Christine GENIN, « OTCHAKOVSKY-LAURENS PAUL - (1944-2018) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 11 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/paul-otchakovsky-laurens/