FAROCKI HARUN (1944-2014)

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Né le 9 janvier 1944 à Neutitschein, dans la région des Sudètes (maintenant Nový Jičin, République tchèque), d’un père d’origine indienne et d’une mère allemande, Harun Farocki étudie en cours du soir le théâtre, la sociologie, le journalisme, et intègre en 1966 la toute récente Académie du cinéma de Berlin, où il rejoint la contestation étudiante au sein d’un groupe qui réalise de nombreux films collectifs et dont les membres connaîtront des destins divergents : cinéma d’auteur et militantisme féministe (Helke Sander), production (Christian Ziewer), cinéma grand public (Wolfgang Petersen), documentaire de recherche (Hartmut Bitomsky) et même terrorisme (Holger Meins). Dès ses premières réalisations, Farocki ne s’applique pas seulement à contester la société et les institutions, il entreprend aussi une analyse critique des médias, des images, et des méthodes dont usent tous les pouvoirs. La critique de cinéma (via la revue Filmkritik, 1973-1983) lui permettra de poursuivre ses recherches théoriques.

Associés l’un à l’autre après leur exclusion de l’Académie, Bitomsky et lui réalisent en 16 mm une série de documentaires engagés, qui analysent la manière dont le cinéma et les médias rendent compte de la réalité. C’est dans cet esprit que Farocki réalise des films de fiction TV entre 1975 et 1980, dont Zwischen zwei Kriegen (Entre deux guerres, 1978), sur les liens entre le nazisme et la grande industrie, et Etwas wird sichtbar (Quelque chose devient visible, 1980), sur les limites de la représentation de la guerre du Vietnam.

Souvent en coproduction avec des chaînes de télévision du service public, Farocki réalise (en vidéo à partir de 1992), une belle série de documentaires, dont Bilder der Welt und Inschrift des Krieges (Images du monde et inscription de la guerre, 1988). Dans ce film, un de ses plus profonds, il part du constat que l’homme utilise des machines prétendument pour mieux voir ; mais de la confrontation des images du monde industriel et mécanique aux photos aériennes prises pendant la guerre au-dessus du camp d’Auschwitz, il déduit que, malgré leur technologie raffinée, ces images n’ont pas servi à dévoiler une réalité telle que l’existence du camp d’extermination. Ses deux films les plus diffusés sont Leben-BRD (La Vie-RFA, 1990), qui décrit sans commentaire l’intériorisation, dès l’enfance, sans violence, des règles de comportement dans une société moderne comme l’Allemagne, et Videogramme einer Revolution (Vidéogrammes d’une révolution, 1992, coréalisé par le documentariste roumain Andrei Ujicã), qui scrute et compare longuement les images prises en direct lors de la chute du régime de Ceauşescu en 1989, dans le but de fixer ce qu’elles disent et ce qu’elles ne disent pas.

Harun Farocki a longuement travaillé sur l’univers marchand, espace et langage, récit et stratégies. Die Schulung (L’Endoctrinement, 1987), sur un séminaire où l’on enseigne aux cadres à parler pour convaincre, est prolongé par Die Bewerbung (Apprendre à se vendre, 1997), consacré au self management. Si Der Auftritt (L’Apparence, 1996) décrit la stratégie d’une agence de publicité pour séduire un annonceur, il va plus loin avec Die Schöpfer der Einkaufswelten (Les Créateurs du monde des achats, 2001), qui étudie les étapes de la conception d’un centre commercial comme autant de recherches sur l’acte d’acheter. Il fait ensuite Nicht ohne Risiko (Rien sans risque, 2004), où il démonte les négociations entre financiers et entrepreneurs.

Tels sont quelques axes essentiels, abordés avec méticulosité et distance, souvent sans le moindre commentaire en voix off, d’une importante filmographie qui s’est prolongée à travers la réalisation d’installations pour des galeries et des musées. Si Farocki s’est toujours tenu à l’écart du « jeune cinéma allemand » dont il était le contemporain – où il bénéficiait, au demeurant, d’un grand respect –, il a commencé à exercer une certaine influence au cours des années 2000 sur de jeunes cinéastes allemands – Christian Petzold notamment –qu’il conseillait parfois pour le scénario et la dramaturgie.

Harun Farocki est mort le 30 juillet 2014 à Berlin.

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  • Écrit par 
  • Pierre GRAS, 
  • Daniel SAUVAGET
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Pour citer l’article

Daniel SAUVAGET, « FAROCKI HARUN - (1944-2014) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 février 2023. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/harun-farocki/