GUÉRANGER dom PROSPER (1805-1875)

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Troisième et avant-dernier fils du directeur du collège de Sablé (Sarthe), Prosper Guéranger passa plusieurs années au collège royal d'Angers, puis au séminaire du Mans. Le vieil évêque impotent, Mgr de La Myre-Morry, le prit pour secrétaire avant son ordination sacerdotale, qui eut lieu le 7 octobre 1827. Après la mort de l'évêque, il fut nommé administrateur de la paroisse des Missions étrangères à Paris. Comme beaucoup des hommes les plus remarquables de sa génération, l'abbé Guéranger admira l'abbé de Lamennais. Il entra en relation avec lui et le suivit dans sa lutte contre le gallicanisme régnant. Dès 1830, il publia des articles sur la liturgie et la primauté romaine.

Le vieux prieuré bénédictin de Solesmes ayant été mis en vente, l'abbé Guéranger l'acheta et s'y installa le 11 juillet 1833 pour restaurer en France l'ordre bénédictin, anéanti par la Révolution. En 1837, il se rendit à Rome, fit profession sous la règle de saint Benoît à l'abbaye de Saint-Paul-hors-les-Murs, fut nommé par le pape Grégoire XVI abbé de Solesmes et supérieur général de la nouvelle congrégation de France de l'ordre de Saint-Benoît.

Dom Guéranger fonda deux autres monastères à Ligugé en 1853 et à Marseille en 1865, ainsi qu'une abbaye de femmes à Solesmes en 1866. Son influence se fit sentir dans tout l'ordre bénédictin, qui retrouva, en grande partie grâce à lui, une nouvelle jeunesse.

Comme tous les prêtres de sa génération, dom Guéranger avait reçu une formation trop rapide. Son goût pour l'étude, son intelligence, ses dons de polémiste dissimulaient ses insuffisances et lui valurent une audience considérable. Il avait pensé reprendre les grands travaux d'érudition des Bénédictins de Saint-Maur, mais ni lui ni ses compagnons n'en étaient capables. Ce qui n'empêcha pas dom Guéranger d'être un initiateur : ce n'est pas parce que ses positions paraissent actuellement surannées qu'il faut oublier qu'il fut au point de départ de beaucoup de réalisations modernes, même si la logique interne entraîna un développement qui dépassa ce qu'il avait imaginé.

Passionné très jeune par la liturgie romaine, il combattit violemment les liturgies néo-gallicanes instaurées aux xviie et xviiie siècles, et finit par obtenir le triomphe de la liturgie romaine dans toute la France. Il fit connaître et aimer cette liturgie en publiant L'Année liturgique, dont le succès fut immense. Avec fougue, il soutint le dogme de l'Immaculée Conception et l'infaillibilité pontificale. Il attaqua en histoire ce qu'il considérait comme un naturalisme dangereux, mais son livre sur Sainte Cécile et la société romaine aux deux premiers siècles montra que son amitié pour De Rossi n'avait pas suffi pour lui donner un sens critique sûr.

Conscient de l'importance passée de l'autonomie monastique, il revendiqua pour lui-même une indépendance à l'égard des évêques qui le mit en conflit avec l'évêque du Mans, Mgr Bouvier. Il s'opposa de plus en plus violemment au libéralisme, bataillant durement contre l'évêque d'Orléans, Mgr Dupanloup, et contre Montalembert, alors qu'il renforçait ses liens d'amitié avec le cardinal Pie, évêque de Poitiers.

Invité au premier concile du Vatican, où furent adoptées des positions qu'il avait toujours défendues, dom Guéranger ne s'y rendit pas, pour protester contre le fait que tous les abbés n'y étaient pas convoqués. Il était d'ailleurs affaibli par la maladie et il mourut à Solesmes.

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Écrit par :

  • : moine bénédictin, directeur d'études à l'École pratique des hautes études (IVe section)

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  • Écrit par 
  • Jacques DUBOIS
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Jacques DUBOIS, « GUÉRANGER dom PROSPER - (1805-1875) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/gueranger-dom-prosper/