GAZZANIGA GIUSEPPE (1743-1818)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

En 1888, le musicologue allemand Friedrich Chrysander attira l'attention de ses confrères sur la filiation existant entre le Don Giovanni Tenorio de Giuseppe Gazzaniga, représenté à Venise en février 1787, et l'opera buffa de Mozart écrit sur le même thème, créé à Prague le 28 octobre suivant ; Chrysander accusait le compositeur autrichien d'avoir, en quelques endroits, plagié l'œuvre vénitienne. Depuis lors, les spécialistes se sont efforcés de revaloriser ce petit opéra de Gazzaniga, sur le plan de la recherche (H. Abert, 1955-1956 ; G. Macchia, 1957 ; L. Valentini et S. Kunze, 1972 ; L. Alberti et G. Turchi, 1975 ; D. Heartz, 1979) comme sur celui de l'édition (partition publiée à Kassel par S. Kunze en 1974) et de la recréation sur scène (Vérone, Salzbourg, Montpellier), évinçant injustement le reste de l'œuvre de ce compositeur qui ne comporte pas moins d'une soixantaine d'opéras, plusieurs oratorios et de nombreuses pièces religieuses et instrumentales.

Giuseppe Gazzaniga naît à Vérone le 5 octobre 1743. Il étudie la musique, d'abord secrètement et contre la volonté paternelle. En 1760, il se rend à Venise pour suivre les leçons de Nicola Porpora. Ce dernier devant regagner Naples, où il vient d'être nommé maître de chapelle au conservatoire de Sant'Onofrio, invite Gazzaniga à le suivre dans son voyage. Porpora obtient en sa faveur une place d'élève non payant dans l'institution napolitaine où il professe, lui enseignant durant six ans le contrepoint et la composition (1762-1767). Gazzaniga poursuit ensuite sa formation musicale avec Niccolò Piccinni, qui lui procure sa première commande : Il Barone di Trocchia, intermezzo représenté au Teatro Nuovo de Naples en 1768. En 1770, il remonte au nord de la péninsule. Il occupe pendant deux ans un poste de maître d'orgue à l'Ospedale dei Derelitti à Venise, où il devient l'ami d'Antonio Sacchini. De 1771 à 1791, Gazzaniga mène une activité intense, composant pour de nombreux théâtres italiens : Venise (22 productions), Vicence, Padoue, Turin, Milan, Florence, Ferrare, Bologne, Modène, Rome et Naples. En 1775-1776, Gazzaniga est maître de chapelle à la cathédrale d'Urbino. Dans les années qui suivent, il séjourne peut-être à Dresde (où sont créées en 1778 et 1780 La Contessa di Nuovaluna et La Moglie capricciosa) et à Munich. L'une de ses comédies, Il Finto Cieco (dont le livret a été attribué, probablement à tort, à Lorenzo Da Ponte), est mise en scène à la cour de Vienne en février 1786. En 1791, alors qu'il se trouve à l'apogée de sa carrière théâtrale, Gazzaniga accepte le poste de maître de chapelle de la cathédrale de Crema, fonction qu'il occupe jusqu'à sa mort, le 1er février 1818. Il est remplacé par l'un de ses élèves, Stefano Pavesi.

Dans une lettre adressée de Crema le 23 mai 1811 à Simon Mayr, Gazzaniga dit admirer les œuvres de Haendel, de Antonio Caldara, de Francesco Durante et d'« autres compositeurs anciens ».

Les œuvres religieuses de Gazzaniga comprennent une cantate sacrée écrite pour l'investiture du cardinal Marolini (Bologne, 1777), un Requiem, une Missa pro defunctis, un Te Deum laudamus, des sections de messe et au moins cinq oratorios (I profetti al calvario, 1781 ; San Mauro abate et Sansone, 1788 ; Il Trionfo di Giuditta et Per le tre ore di agonia di N.S., 1803). En collaboration avec Stefano Pavesi, il publie à Milan, en 1817, chez Ricordi, un recueil de Salmi, Cantici ed inni cristiani del conte Luigi Tadini ad 1-3 voci posti in musica popolare.

La musique instrumentale occupe une place secondaire dans l'œuvre de Gazzaniga : seuls trois concertos pour piano, une symphonie et une ouverture sont parvenus jusqu'à nous.

Une cinquantaine d'opéras connus sont représentés entre 1768 et 1807, la quasi-totalité d'entre eux dans le genre comique (on ne compte que sept opere serie) et sous des appellations qui varient selon la longueur des œuvres : dramma giocoso, commedia, intermezzo, opera buffa, farsa...

Originaire du nord de l'Italie et ayant reçu l'enseignement des musiciens du Sud, ses œuvres comiques font la synthèse des traditions vénitienne et napolitaine. Gazzaniga travaille en collaboration étroite avec les librettistes (qu'il choisit parmi les meilleurs), cherchant à traduire avec fidélité et fantaisie la trame dramatique. Ses meilleures pages annoncent la verve de R [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 3 pages

Écrit par :

  • : docteur en musicologie. chargée de cours à l'université Paris-IV-Sorbonne

Classification

Pour citer l’article

Sylvie MAMY, « GAZZANIGA GIUSEPPE - (1743-1818) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 06 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/giuseppe-gazzaniga/