AGNELLI GIOVANNI (1921-2003)

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Petit-fils du fondateur de Fiat (Fabbrica italiana automobili Torino), Giovanni Agnelli naît en 1921 à Villar Perosa, près de Turin. Il est issu, par son père, de la bourgeoisie industrielle, et par sa mère de l'aristocratie italienne. Il fait des études de droit dans la capitale piémontaise.

Après la guerre, ne se sentant pas prêt à assumer la direction du groupe familial, Giovanni Agnelli profite de sa jeunesse et fréquente la jet-set internationale. Cette période d'insouciance prend fin en 1953, lorsqu'il épouse Marella Caracciolo di Castagnetta, une princesse napolitaine.

Celui que l'on surnomme l'Avvocato, en référence à son diplôme en droit, s'implique progressivement dans la gestion de Fiat, dont il devient le président en 1966. Son parcours sera dès lors indissociablement lié aux vicissitudes de la firme turinoise.

Grâce au succès de la Fiat 500, le groupe est à l'époque le deuxième constructeur européen, mais sa structure totalement centralisée est archaïque. Agnelli la modernise en déléguant les responsabilités, en décloisonnant les services, et en consacrant des moyens considérables à l'image et à la communication. Les contacts, la stratégie et les grandes négociations constituent déjà les terrains de prédilection de l'Avvocato qui signe, en 1968, un accord de fusion avec Citroën. L'entreprise échoue, mais, en 1969, Fiat prend le contrôle de Ferrari et rachète Lancia.

Au début des années 1970, l'Italie entre dans une période de troubles sociaux qui durera toute la décennie. La crise pétrolière aggrave la situation et Fiat connaît, en 1973, son premier déficit, de l'ordre de 150 milliards de lires. L'automobile représente 85 p. 100 de la fortune des Agnelli : il est temps de se diversifier. En trente ans, l'I.F.I. (Istituto finanziario italiano), holding familial fondé en 1899 et présidé par Giovanni Agnelli, va étendre ses ramifications dans les secteurs les plus variés : les loisirs (Club Med), l'hôtellerie (Accor), la grande distribution (Rinascente), le ciment (Italcementi), l'édition (Rizzoli), la presse (La Stampa), l'agroalimentaire (Danone), le sport (la Juventus), etc.

De 1974 à 1976, l'Avvocato est président de la puissante Confindustria, l'organisation patronale italienne. Convaincu de la nécessité de réformer cette institution trop figée, il incarne un patronat éclairé, ouvert à la discussion : avec le leader syndical Luciano Lama, il signe un pacte social historique améliorant l'échelle mobile des salaires.

La fin des années 1970 est des plus chaotiques dans le pays : le terrorisme, qui sévit dans la société, a noyauté les usines par le biais des syndicats. Chez Fiat, c'est l'anarchie, et la production est bloquée par des grèves à répétition. Menacé par les Brigades rouges, Giovanni Agnelli préconise la fermeté contre un syndicalisme violent. C'est finalement une manifestation de cadres et d'employés (la marche des 40 000), soutenant la direction et réclamant le « droit au travail », qui casse l'agitation sociale et sauve Fiat, bien que des licenciements s'ensuivent en septembre 1980.

Les années 1980 constituent la décennie la plus glorieuse de la présidence de l'Avvocato. Le pays et les usines ont retrouvé la légalité, et la direction peut se consacrer à la relance du groupe. La robotisation des ateliers, des modèles à succès (la Panda, la Uno), d'importants investissements font exploser les bénéfices en 1986. Un projet d'alliance avec Ford échoue, mais Fiat rachète Alfa Romeo, ce qui lui permet de régner en maître absolu sur l'industrie automobile italienne.

Au début des années 1990, le secteur automobile est frappé par une nouvelle crise, due à la récession en Europe. L'Italie est également secouée par l'opération « Mains propres » qui, en 1993, touche Fiat, sans pour autant éclabousser le prestige de son président. Sous la pression des grands actionnaires du groupe, l'Avvocato, qui a été entre-temps nommé sénateur à vie et qui avait décidé de se retirer en 1994, reste à la barre jusqu'en 1996, année où Fiat retrouve la santé.

La retraite ne change pas grand-chose : Giovanni Agnelli garde les rênes de l'I.F.I., aux ramifications toujours plus internationales, et c'est encore lui qui prend les grandes décisions. Au début des années 2000, Fiat perd des parts de marché, et c'est de nouveau la crise. Le constructeur turinois cherche un partenaire fort : ce sera General Motors. Le constructeur américain entre dans le capital de Fiat. En échange, les Agnelli deviennent le deuxième actionnaire du groupe américain.

L'Avvocato s'éteint le 24 janvier 2003, alors que Fiat traverse l'une des plus graves crises de son histoire. Il part sans pouvoir aider le groupe à sortir de cette phase délicate, mais en ayant gagné son pari : celui d'avoir su gérer et développer la firme familiale qui, malgré les alliances, est toujours contrôlée par les Agnelli.

Patron charismatique de Fiat pendant trois décennies, l'Avvocato était également l'une des personnalités les plus populaires de la péninsule. Au sein de la société italienne, sa présence était réelle, rendue visible par le mécénat d'entreprise, qu'il fut l'un des premiers à pratiquer, par la fondation Fiat, restaurant musées, palais et églises, ou encore par la glorieuse Juventus, club de football le plus titré d'Italie. Giovanni Agnelli était également très présent dans les médias, qui le consultaient à tout propos, comme un oracle. Il aura été une référence constante pour ses concitoyens, qui l'appréciaient pour son charme, son humour et son panache.

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Écrit par :

  • : maître de conférences d'italien, université de Nancy-II

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Pour citer l’article

Joseph CADEDDU, « AGNELLI GIOVANNI - (1921-2003) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/giovanni-agnelli/