GRATIANT GILBERT (1895-1985)

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à Saint-Pierre, alors dans sa gloire de « plus belle ville des Antilles », avant la catastrophe de la montagne Pelée qui devait l'anéantir en 1902, appartenant par son ascendance à la bourgeoisie mulâtre dont il sut conserver l'élégance de vie et de langage, Gilbert Gratiant fit des études brillantes qui le menèrent à l'agrégation d'anglais et à une carrière d'enseignant, d'abord à la Martinique (où il eut Aimé Césaire pour élève), puis en France, à Montpellier et à Paris.

Engagé depuis les années 1920 avec le Parti communiste, auquel il choisit de rester fidèle, éveilleur de conscience pour ses jeunes compatriotes (sa première œuvre publiée fut un discours militant : Cris d'un jeune), il a été l'un des fondateurs, en 1927, de la revue Lucioles, autour de laquelle se regroupait un premier foyer littéraire antillais. Gratiant fait pourtant figure d'isolé, son œuvre est méconnue et ses positions souvent mal comprises. Déjà, en 1932, il a été la cible privilégiée du libelle Légitime défense, brûlot des jeunes Antillais en colère, qui dénonçait son « conformisme impénitent », son « fonds universitaire gréco-latin », son « passéisme » et « compasséisme » et qui attaquait violemment le « lyrisme de classe condamnée » de son recueil Poèmes en vers faux (1931). Ses premiers poèmes en français, comme ceux qui sont rassemblés au début des années 1960 dans le recueil Sel et sargasses, peuvent effectivement se lire comme dérivés de la poésie élégiaque des îles heureuses (on y chante « la brune adolescence des filles de chez nous », on y célèbre « l'habitation Bois debout » où vécut Saint-John Perse). Mais on y trouve aussi des poèmes plus énergiques et militants (un éloge de la grève, la critique du tourisme voyeur) et des thèmes qui annoncent ou rencontrent ceux de la négritude : la fierté d'être un « Barbare », la glorification de la « part du Nègre » (« Le Nègre/Levain des races claires/Plus lourdes et plus dures »). En fait, l'originalité de Gilbert Gratiant tient à sa volonté constamment p [...]

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Dans le chapitre « La littérature en Guadeloupe et en Martinique »  : […] Gilbert de Chambertrand (Images guadeloupéennes, 1938), ou Gilbert Gratiant (Credo des sang-mêlé, 1961) se démarquent de ce conformisme en se montrant plus attentifs à l'authenticité des mœurs et types antillais. Leur poésie voudrait restituer la saveur particulière du terroir, et, pour ce faire, ils n'hésitent pas à recourir […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/caraibes-litteratures/#i_89628

Pour citer l’article

Jean-Louis JOUBERT, « GRATIANT GILBERT - (1895-1985) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 novembre 2018. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/gilbert-gratiant/