PERROS GEORGES (1923-1978)

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La tradition classique des moralistes (La Rochefoucauld et La Bruyère au xviie siècle, Vauvenargues, Chamfort et Rivarol au xviiie, Joubert au xixe) s'est-elle maintenue comme telle, et est-elle restée significative de l'esprit français au xxe siècle ? Genre difficile, la morale fixée en formules demande des qualités qu'auront offertes, à des titres divers, Jean Rostand (De la vanité), Cioran (Syllogismes de l'amertume), et Perros dans ses trois recueils de Papiers collés (1960, 1973, 1978). Georges Poulot, dit Perros, est mort d'un cancer au larynx, et l'approche de sa fin, il l'a relatée dans son ultime ouvrage, vraie dénonciation du pire inhumain, L'Ardoise magique (1978).

Né à Paris, il s'intéresse d'abord au théâtre (comme acteur, et aussi comme traducteur de Tchekhov et de Strindberg), puis il y renonce pour se livrer à la littérature même : lecteur d'une maison d'édition, il réside à Douarnenez auprès de sa femme et de ses enfants, se donnant de l'air sur sa célèbre motocyclette, fréquentant quelques amis parisiens (Pierre Klossowski, Michel Butor, Georges Lambrichs), obsédé par l'angoisse de vivre qu'il avait reprise à son compte, comme si ses contemporains, eux, feignaient vainement de l'ignorer.

Les Papiers collés furent d'abord des notes prises au hasard, des réflexions sur des bouts de papier ou des boîtes d'allumettes. Elles furent recueillies par la suite en même temps que des remarques ou des études concernant ses auteurs favoris et témoignant de l'interrogation centrale : comment être, comment est-il possible d'être, sans rire, sans crier, sans s'étonner quotidiennement ? Kierkegaard, Constant, Kafka, Rimbaud, Mallarmé, Hölderlin sèment le parcours de la maturité qui s'affirme surtout en notes concernant le temps, autrui, la mort, l'amour, le mariage, l'amitié, la poésie : hantises perpétuelles de l'homme réduit à son sac de peau, selon l'expression de l'auteur. Humour, générosité, consternation, misère forment les composantes de la tonalité perrosienne. Aphorismes, boutades, longues laisses de perplexité, anecdotes s'expriment en un style non pas châtié et « naturel » comme aux temps classiques, mais au contraire ne désavouant jamais le langage parlé. L'homme moderne, auquel Perros se veut fidèle, est devenu le plus simplement lui-même, nu et sans oripeaux, fussent-ils littéraires.

À ce travail de moraliste — terme que l'auteur eût récusé, préférant celui de « journalier des pensées » — s'ajoute l'essai de s'exprimer en poèmes tenant à la prose, analogue à la tentative de Queneau pour dissoudre le verbalisme artificiel dans les données plus simples du sentiment quotidien. Une vie ordinaire (1967) et Poèmes bleus (1962) en témoignent, ainsi que les Huit Poèmes, parus chez Eibel et quasi posthumes. Ainsi, en vingt ans, une œuvre dense, cohérente et personnelle s'est imposée, vite agréée par tous ceux qui reconnurent en l'auteur leur propre hantise, qui les sépare de la bête, de la fuite du temps — thème des manuels et des professeurs sans talent. Mais ici elle est vécue cœur et sang. Une importante correspondance (avec Jean Grenier, qu'il rencontra au Caire lors d'une tournée, Jean Paulhan, Lorand Gaspar, Brice Parain, Michel Butor, entre autres) vient compléter son œuvre.

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Pour citer l’article

Jude STÉFAN, « PERROS GEORGES - (1923-1978) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/georges-perros/