MIOSSEC (1964- )

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C’est dans un mélange de rock acoustique et de chanson française que le public hexagonal découvre Miossec en 1994 avec « Non, non, non, non (je ne suis plus saoul) ». Sa façon d’écrire et de chanter se caractérise très tôt par une alliance de colère et de fragilité présentées à travers les maux au quotidien d’une classe sociale prolétaire.

Miossec

Miossec

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Le Brestois Christophe Miossec est un artisan de la chanson dont l'écriture simple et directe fait entendre les maux du quotidien. On le voit ici en concert, le 18 juillet 2014, à Carhaix (Finistère) dans le cadre du festival des Vieilles Charrues. 

Crédits : Erick James/WireImage/ Getty Images

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Tonnerre de Brest

Située à l’extrémité ouest de la Bretagne, Brest, la ville qui le voit naître le 24 décembre 1964, marque profondément Christophe Miossec. Plusieurs membres de sa famille font partie du monde ouvrier et ont travaillé à l’arsenal, une des plus importantes bases navales de la Marine nationale. À quatorze ans, il intègre son premier groupe, Printemps Noir, avec lequel il accède à une certaine notoriété, enchaînant de nombreux concerts et fédérant un vivier de fans jusqu’à sa dissolution en 1984. Il abandonne alors la musique, poursuit ses études et enchaîne les petits boulots. Ce n’est que dix ans plus tard, écœuré par le monde du travail, qu’il décide de revenir pleinement à la musique.

Son premier album sort en 1995 et fait dans la sobriété et le dépouillement, contrairement à son titre en forme d’autodérision, Boire. Miossec est alors un trio dans lequel les deux guitaristes, Guillaume Jouan et Bruno Leroux, accompagnent le chanteur. Les textes rugueux parlent du trentenaire qu’il est, de ses amours, ses failles et ses ivresses ; la musique, quant à elle, se veut acoustique. En parallèle d’une tournée effrénée et remplie d’excès, Miossec travaille, dès le milieu de l’année 1996, au successeur de Boire et Baiser voit le jour, moins d’un an après, en 1997. Ce deuxième album dépeint des moments de ruptures et de trahisons qu’elles soient sentimentales ou politiques. Miossec est alors très présent dans les médias, Boire est devenu disque d’or et le clip « La Fidélité » est diffusé en boucle sur les chaînes musicales.

En quarantaine

Après un troisième album, À prendre (1998), qu’il ne garde pas dans son cœur, Miossec commence à écrire pour d’autres artistes (Axel Bauer, Jane Birkin, Juliette Gréco et Johnny Hallyday). Ce travail d’ouverture artistique l’amène à délaisser quelque peu les chroniques du quotidien pour des histoires plus universelles. Avec Brûle (2001), il expose alors sa manière de voir le monde au bord de l’embrasement.

Sera ensuite abordé un virage plus introspectif et mélancolique à l’approche de ses quarante ans. En 2004, Miossec intitule symboliquement son cinquième album 1964. S’y trouve son plus grand succès à ce jour, « Brest », où il fait de manière ironique ses adieux à la ville qui l’a vu naître, reprenant dans le refrain l’expression « Tonnerre de Brest » en référence aux coups de canon tirés chaque jour par l’arsenal. Il remonte le temps en 2006 avec L’Étreinte pour parler de ses « 30 ans », l’âge où il a quitté le monde du travail pour revenir à la musique. Puis, à partir de Finistériens (2009), Miossec casse systématiquement toute routine en matière de collaboration artistique, en confiant notamment la composition et la réalisation de cet album à son compatriote breton Yann Tiersen. Si on y retrouve les thèmes chers au parolier, l’univers sonore se veut plus expérimental que dans ses précédents opus.

Cette même année, on lui diagnostique une maladie neurodégénérative du cervelet, qui se manifeste notamment par des troubles de l’équilibre. Miossec ne peut plus boire d’alcool sous peine de graves complications. Probablement suite à cela, Chansons ordinaires en 2011 se veut plus instinctif et plus rock. Musicalement, le parti pris d’accumuler des superpositions d’effets et de guitares donne l’aspect d’une épaisse couverture de sons. Entre deux hommages à l’écrivain Georges Perros sous forme de lectures musicales, il continue d’écrire pour les autres (Stephan Eicher, Daran, Nolwenn Leroy et toujours Johnny Hallyday). Nommé chevalier de l’ordre des Arts et Lettres en 2012, il connaît une nouvelle consécration en 2014 : celle de la chanson de l’année aux victoires de la musique avec « 20 ans », écrite pour Johnny Hallyday. Quelques mois plus tard sort Ici-bas, Ici même, un album réalisé par Albin de la Simone. Les guitares électriques cèdent la place à des instruments plus classiques ou folkloriques. Il y a moins de rage dans ce disque mais toujours autant de douleurs et d’émotions. Pendant la tournée qui suit, Miossec rencontre la violoniste Mirabelle Gilis et crée alors de nouvelles chansons qu’il interprète aussitôt dans des clubs, sans prévoir pour autant d’album.

Rescapé mais bien vivant

Miossec est abasourdi par les attaques terroristes qui frappent la France en 2015. Il écrit en réaction des titres tels que « Après le bonheur ». Avant d’enregistrer ces nouvelles chansons en studio, il part en tournée et les interprète dans des lieux plus confidentiels qu’à l’habitude. Mammifères paraît en 2016. Même si les arrangements se tournent davantage vers la musique tzigane et plus généralement les musiques du monde, l’énergie qui s’en dégage, elle, est résolument rock. Après cet album, qui sonne comme une reconstruction personnelle et artistique, et quatre années de tournée ininterrompue, Miossec prend un nouvel envol avec Les Rescapés (2018). Mâtiné de sonorités électroniques, cet album a été enregistré avec des méthodes artisanales et le chanteur y joue, pour la première fois, toutes les parties de guitare. S’il s’inclut parmi « les rescapés », Miossec continue de montrer sur scène que, loin d’être un survivant, il reste tourné vers l’avant, bel et bien vivant.

—  Thierry JOURDAIN

Écrit par :

  • : auteur, chargé de la programmation culturelle à l'Espace culturel François-Mitterrand, Cantaleu

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Pour citer l’article

Thierry JOURDAIN, « MIOSSEC (1964- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 février 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/miossec/