DANCE GEORGE (1741-1825)

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Pour l'Angleterre, George Dance apparaît comme le parfait représentant de cette génération d'architectes formés dans le creuset international romain, juste après le milieu du xviiie siècle. Sa carrière longue et féconde, à cheval sur deux siècles, reflète les transformations du néo-classicisme à son apogée. Partant d'un style antiquisant élégant dans la lignée des frères Adam, il aboutit à la manière sévère du Greek Revival tardif. La plupart de ses œuvres restèrent à l'état de projet — dans le domaine de l'urbanisme essentiellement —, mais il mena à bien cependant la construction du monument le plus étonnant de la seconde moitié du xviiie siècle outre-Manche : la prison de Newgate, où il réussit la synthèse parfaite de sa vaste culture architecturale.

Prison de Newgate

Photographie : Prison de Newgate

La prison de Newgate, dessin de George Dance. 

Crédits : Bridgeman Images

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Fils d'un ancien maçon devenu directeur des travaux de la Cité, George Dance partit pour l'Italie en 1758 sur les traces de Mylne et des Adam. Pendant près de cinq ans, il partagea la vie aventureuse et studieuse des jeunes architectes qui découvraient à la fois les grands monuments classiques et les vestiges antiques, multipliaient les relevés, confrontaient leurs expériences avec d'autres artistes aussi célèbres que Piranèse. Avant son retour, il obtint une médaille d'or au concours de l'Académie de Parme sur le programme d'une « galerie publique », et fut élu à l'Académie de Saint-Luc à Rome. Une fois à Londres, il fut chargé de la construction de l'église de All Hallows dans la City (1765-1767), petit bâtiment basilical couvert d'une voûte en berceau percée de lunettes où il mit en pratique sa culture toute récente, entre autres dans les décors de stuc « à l'étrusque ». Cette réalisation, vite célèbre, lui ouvrit les portes de la Royal Academy, nouvellement fondée. En 1768, il succéda à son père dans sa charge et dessina alors les projets pour la prison de Newgate. Ce remarquable bâtiment (détruit en 1902) se caractérise par un traitement nouveau des masses. La maison du directeur, seule pourvue d'ouvertures, s'intègre entre deux grands blocs aveugles, uniquement animés par le jeu de bossages puissants. On a vu, dans l'extrême dramatisation de cette architecture, l'influence des planches des Carceri de Piranèse. Mais il faut aussi noter les réminiscences variées auxquelles Dance fait appel : développement antiquisant du plan, massivité et géométrisme à la Vanbrugh, singularités décoratives dérivées du maniérisme italien (Palladio, au Palazzo Thiene à Vicence, et surtout Jules Romain, au palais du Té, à Mantoue). Il est évident que la sévérité générale des formes s'explique par la fonction du bâtiment, et sur ce point Dance rejoint les recherches d'un Ledoux, par exemple, dans ce registre si caractéristique du néo-classicisme : « l'architecture parlante ». Dans cette même veine fonctionnelle et symbolique, il faut citer ses projets de façades pour St. Luke Hospital, Old Street (1782-1784).

Il donna à la Council Chamber de Guildhall (1777) une de ses œuvres les plus élaborées. Cette vaste salle carrée, surmontée d'une coupole à pendentifs percée d'un oculus central, inaugure toute une suite de recherches de Soane sur les successions de coupoles et l'éclairage zénithal, parti directement inspiré des vastes volumes des thermes antiques (dessins pour la Bank Stock Office, Old Dividend Office). À la même époque, il multiplie ses projets d'urbanisme pour Londres : port et docks sur la Tamise, nouveaux ponts, vastes crescents pour le quartier de Finsbury, amélioration des divers accès de la City.

Le tournant du siècle marque un profond changement dans son activité et dans son style. À partir de 1803, il se consacre presque exclusivement à la construction de maisons de campagne, et ce dans un esprit plus strictement archéologique, proche du style postrévolutionnaire français. À Stratton Park, Hants, par exemple, il dresse un lourd portique de quatre colonnes doriques sans base, annonçant les recherches d'un Smirke ou d'un Wilkins. Parallèlement à ces réalisations qui le conduiront encore à élever en 1805 le complexe monumental du Royal College of Surgeons à Lincoln's Inn Fields, il participe au mouvement « pittoresque », illustré par Gandy, Loudon ou Repton, et aux réflexions sur l'architecture des cottages.

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Écrit par :

  • : ingénieur au C.N.R.S., enseignante à l'École nationale supérieure d'architecture de Versailles

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Pour citer l’article

Monique MOSSER, « DANCE GEORGE - (1741-1825) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 05 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/george-dance/