GELA PEINTRE DE (fin VIe-1er quart Ve s. av. J.-C.)

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Une fois inventée, vers ~ 530, vraisemblablement par le Peintre d'Andokidès, la technique dite de la (ou des) figure(s) rouge(s), la céramique attique à figures noires ne disparaît pas pour autant : pendant plus d'un demi-siècle encore, de nombreux peintres vont continuer à utiliser le procédé traditionnel, certains avec talent, comme le Peintre de Gela.

Peintre du Louvre F6, cratère à colonettes

Photographie : Peintre du Louvre F6, cratère à colonettes

Peintre du Louvre F6, cratère à colonettes, céramique à figures noires trouvée à Gela (Sicile), deuxième quart du VIe siècle av. J.-C. Ashmolean Museum, Oxford, Grande-Bretagne. 

Crédits : Bridgeman Images

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Mais c'est une exception, car, surtout à partir de la fin du ~ vie siècle, les véritables artistes s'expriment tous en figures rouges, seuls des artisans médiocres continuant à approvisionner le marché d'une multitude de petits vases à figures noires, surtout des coupes, des vases à verser le vin ou tout autre liquide (œnochoés) et des vases à parfum, que l'on plaçait volontiers dans les tombes pour accompagner le défunt (lécythes). Pendant le dernier quart du ~ vie siècle, on compte encore quelques bons peintres à figures noires, par exemple le Peintre d'Antiménès (ainsi nommé d'après le nom d'un jeune homme dont la beauté est célébrée par une formule inscrite sur une hydrie de Leyde, Inv. PC 63) ou le Peintre de Priam (qui doit son nom conventionnel au vieux roi troyen représenté sur une hydrie du Musée archéologique national de Madrid, no 10920). Mais, dans le premier et surtout le deuxième quart du ~ ve siècle, la qualité du dessin est le plus souvent inversement proportionnelle à la quantité des vases décorés. Aucun de ces peintres tardifs à figures noires n'a jugé bon de faire connaître son nom par quelque signature, mais l'on peut cependant distinguer de nombreuses mains (Peintres de Thésée, d'Athéna, de Marathon, de Sappho, de Diosphos, d'Emporion, de Haimon, de Beldam...) auxquelles on attribue jusqu'à plusieurs centaines de vases.

Le Peintre de Gela, ainsi nommé d'après la cité sicilienne où ont été découverts une quarantaine des vases qui lui sont à ce jour attribués, fut très prolifique. Sa production comprend plus de 280 vases ou fragments répertoriés à ce jour, tous de taille petite ou moyenne : œnochoés, olpès, petites amphores et surtout lécythes (plus de 230, entiers ou fragmentaires). Ces vases, particulièrement les lécythes, sont traités les uns selon la technique la plus traditionnelle, c'est-à-dire avec des figures noires se détachant sur le fond orangé de l'argile, les autres selon une variante en vogue à partir du dernier quart du ~ vie siècle et qui consiste à présenter les figures noires sur fond blanc, l'argile étant recouverte d'un engobe blanc crème, d'où un contraste encore plus saisissant entre les figures et le fond sur lequel elles se détachent. Souvent le peintre introduit un jeu de couleur supplémentaire en limitant l'emploi du blanc à la zone centrale du récipient — celle qui porte les figures noires du décor narratif —, tandis que le pied et le haut du vase (en particulier l'épaule et le col, dans le cas d'un lécythe) conservent la couleur orangée naturelle de l'argile.

Les thèmes traités par le Peintre de Gela sont aussi caractéristiques de la figure noire récente : une grosse majorité de vases (plus de 40 p. 100) sont décorés de scènes à caractère dionysiaque. De la geste héroïque, le Peintre de Gela retient surtout, comme beaucoup de ses contemporains s'exprimant en figures noires, les exploits d'Héraklès, parmi lesquels il semble privilégier la capture du taureau de Crète, le combat avec les Centaures près de la grotte de Pholos et la dispute avec Apollon pour le trépied de Delphes. Exceptionnellement apparaît Ulysse s'échappant de l'antre de Polyphème, mais jamais, parmi les vases connus à ce jour, on ne trouve aucun autre héros de la guerre de Troie, à l'encontre des habitudes de plusieurs peintres à figures noires contemporains, ce qui montre chez le Peintre de Gela une certaine originalité dans le choix de ses sujets. De même, excepté Dionysos et, dans une moindre mesure, Apollon et Athéna, les dieux n'apparaissent guère. Nombreuses en revanche sont les scènes inspirées par la vie courante, en particulier les exercices de sport à la palestre, comme chez la plupart de ses contemporains. Le Peintre de Gela représente aussi volontiers d'autres sujets familiers : préparatifs de course de chars ou course elle-même, armement de guerriers, conversations, plusieurs vases traitant parfois exactement le même sujet, ce qui montre bien le caractère hâtif et massif de la production. Relativement rares sont les animaux, à l'exception des taureaux, pour lesquels ce peintre semble avoir une [...]

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Écrit par :

  • : ancien membre de l'École française d'archéologie d'Athènes, docteur ès lettres, professeur de civilisation grecque à la Sorbonne (Paris IV)

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Pour citer l’article

Jean-Jacques MAFFRE, « GELA PEINTRE DE (fin VIe-1er quart Ve s. av. J.-C.) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 07 juillet 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/gela-peintre-de/