BACK FRÉDÉRIC (1924-2013)

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Cinéaste d’animation, Frédéric Back est né le 8 avril 1924 à Sankt Arnual, près de Sarrebruck (Sarre). Après avoir étudié à Strasbourg, il intègre l’école régionale des beaux-arts de Rennes et commence une carrière de peintre. Il s’installe à Montréal en 1948, où il enseignera à l’École du meuble et à l’école des beaux-arts. En 1952, il entre à Radio-Canada comme illustrateur et créateur d’effets visuels pour des émissions culturelles et scientifiques, puis comme réalisateur de courts-métrages. Il signe également plusieurs verrières d’églises et de lieux publics. Ami de la nature, écologiste convaincu, il est actif dans plusieurs mouvements, dont Greenpeace.

Comme cinéaste, Frédéric Back utilise une technique particulière : il dessine au crayon de cire sur des transparents dépolis. Du coup, la matière accroche au support, le trait n'a pas l’aspect lisse du dessin animé traditionnel et conserve sa vibration. C’est ainsi qu’en 1981 Crac !, un film d'animation de quinze minutes, enthousiasme le festival international d'Annecy. Sur les rythmes enjoués d'un violoneux, on suit la vie d'une famille paysanne canadienne. Le père coupe un arbre (« crac ! ») et fabrique un rocking-chair, sur lequel, à chaque naissance, on berce les enfants. À travers cette mini-saga familiale, c’est l'évolution du Québec qui est racontée, dans un tourbillon coloré, enluminé de scènes champêtres, où la nature roussie flamboie dans le soleil couchant. Crac ! enchante le jury, qui lui décerne son prix spécial. Une vingtaine de récompenses internationales vont suivre, dont l’oscar du meilleur film d’animation en 1982.

En 1988, un nouvel oscar vient récompenser L'Homme qui plantait des arbres, un film de vingt-cinq minutes que Frédéric Back a réalisé quasiment seul (une assistante le secondait pour les dessins intermédiaires). Le film illustre une nouvelle de Jean Giono. Un voyageur s'égare dans une région aux confins des Alpes et de la Provence. Il rencontre un berger solitaire qui, patiemment, reboise la montagne en plantant des glands. Chaque année, le voyageur visite le vieil homme. Et la région, autrefois désertique, se transforme en terre promise...

Commencé dans des tons monochromes, ocre et sépia, le film glisse lentement vers une apothéose de couleurs. Sensualité des fondus enchaînés, percées de soleil à travers les feuillages, taches colorées d'une mobilité constante : on parle d'« impressionnisme animé », mais Bruegel, pour le pittoresque des mœurs villageoises, n’est pas loin. Le fin nous laisse sur un étrange moment d'exaltation : le texte de Giono semble s'appliquer aussi bien au planteur d'arbres qu'à l'artiste capable d'une telle ténacité : « Quand je fais le compte de tout ce qu'il a fallu de constance dans la grandeur d'âme et d'acharnement dans la générosité pour obtenir ce résultat, je suis pris d'un immense respect pour ce vieux paysan sans culture, qui a su mener à bien cette œuvre digne de Dieu. »

Distribué dans soixante pays, L'Homme qui plantait des arbres reçoit partout le même accueil enthousiaste. En adaptant Giono, Frédéric Back pensait intéresser les adultes. C'est la jeunesse qui réagit. Au Québec, les enfants entreprennent d'imiter le héros ; chaque année, ils vont planter des arbres le long des autoroutes. Le texte de Giono agit comme un stimulant, et Back découvre que les planteurs d'arbres sont plus nombreux qu'il ne le croyait.

En 1993 sort Le Fleuve aux grandes eaux, tumultueux poème dédié au Saint-Laurent qui est peint comme un corps vivant et majestueux. Après un début exalté, le film raconte la colonisation européenne, l'exploitation acharnée des richesses naturelles. Les coups répétés de l'homme, avide et inconscient, transforment en simple voie de transport, voire en égout, un des plus beaux fleuves du monde. C'est le plus virulent des films de Frédéric Back : « Tant mieux si le film séduit par ses qualités graphiques, dit-il, mais, pour moi, c'est avant tout un film de travail pour les enseignants et les élèves, afin qu'ils entament une réflexion sur l'aménagement du fleuve. Aujourd’hui, on ne peut plus se contenter de regarder. Il faut savoir se défendre. »

Après avoir pris sa retraite, Frédéric Back n'abandonnera ni le dessin ni le combat pour l'environnement et la défense des animaux. Partout dans le monde, ses films continuent à susciter des vocations écologistes.

Il meurt à Montréal à l’âge de quatre-vingt-neuf ans, le 24 décembre 2013.

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  • Écrit par 
  • Bernard GÉNIN, 
  • André MARTIN
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Bernard GÉNIN, « BACK FRÉDÉRIC - (1924-2013) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/frederic-back/