NORRIS FRANK (1870-1902)

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Fortement influencé par l'œuvre d'Émile Zola, Frank Norris est généralement reconnu comme le premier écrivain naturaliste américain. Mais, négligeant son style et son écriture au profit du document, il n'a pas toujours su échapper au mélodramatisme, au sentimentalisme, à la grandiloquence d'un postromantisme parfois désuet ; par ailleurs, ses romans n'ont pas tous gardé la fidélité à l'optique naturaliste qu'ils prétendaient avoir.

Frank Norris, né à Chicago, quitte très tôt les plaines de l'Ouest et gagne la Californie avec ses parents. À dix-sept ans, il veut devenir peintre et son père l'emmène à Paris, où il étudie les beaux-arts. C'est à cette époque qu'il fait connaissance avec l'œuvre de Zola. Abandonnant alors ses projets de peinture, il retourne aux États-Unis, entre à l'université de Californie, puis à Harvard ; il lit Kipling, qui sera son second pôle d'attraction. Il commence à travailler à ses premiers romans, qui ne seront toutefois publiés que plusieurs années après.

Devenu journaliste, il couvre la guerre des Boers pour le San Francisco Chronicle et pour le Collier's, collabore au San Francisco Wave, travaille un moment à New York pour la grande maison d'édition Doubleday, effectue des reportages à Cuba et en Amérique du Sud avant de regagner définitivement les États-Unis en 1899, en mauvaise santé.

Norris publie, en 1899, sa première œuvre importante, Les Rapaces (McTeague), dont von Stroheim a tiré un film célèbre. C'est l'histoire d'un dentiste stupide et brutal, qui se met à boire, perd sa pratique, assassine sa femme et s'enfuit à travers le désert californien, cherchant à rejoindre les collines de sa jeunesse. Norris explique son personnage par le poids de l'hérédité et de l'environnement social ; toutefois, l'auteur n'échappe pas à un goût du sensationnel, du grandiose, qui l'éloigne souvent de l'approche scientifique qu'il se piquait de proposer. Dans la même veine et avec les mêmes défauts, Norris écrit un autre roman, Vandover and the Brute, dont le manuscrit, perdu lors du tremblement de terre de San Francisco, ne sera retrouvé et publié qu'en 1914. Roman qui veut être la description minutieuse et scientifique de la lycanthropie, une maladie qui fait un monstre abject et dégénéré d'un jeune homme charmant et plein de talent ; cependant, ici encore, Norris n'est pas toujours conséquent avec lui-même : il rejette la responsabilité de cette déchéance tantôt sur le héros lui-même, tantôt sur la société, tantôt sur l'absurdité du monde dans lequel il vit. Le grand dessein de Norris fut d'écrire une « épopée du blé », fresque littéraire inspirée de Germinal. Cette œuvre à thèse, qui voulait illustrer l'opposition entre la force vitale représentée par le blé et du machinisme représenté par les chemins de fer, devait comporter trois romans : seul le premier, La Pieuvre (The Octopus, 1901), parut du vivant de l'auteur. Le deuxième, La Corbeille (The Pit, 1903), parut un an après sa mort. Le troisième ne fut jamais achevé. La Pieuvre raconte la lutte des fermiers de l'Ouest contre les forces du mal symbolisées par la compagnie de chemin de fer Pacific and Southern Railroad. Avec La Corbeille, Norris semble abandonner sa technique naturaliste en composant un roman sentimental. Saisi par le démon de la spéculation (sur le blé), passant ses journées à vendre et à acheter du grain à la Bourse de Chicago, Curtis Jadwin délaisse sa femme, qui succombe presque aux charmes d'un artiste. La morale sera sauve, mais pas la littérature.

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Marc BLOCH, « NORRIS FRANK - (1870-1902) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 21 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/frank-norris/