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TALMA FRANÇOIS-JOSEPH (1763-1826)

Personnage d'une société en transition, François-Joseph Talma est comédien du roi avant d'être comédien de la Révolution ; bon serviteur de l'Empire, il lui survivra, vedette de la société restaurée. Il avait travaillé à Londres en compagnie d'acteurs anglais qui ne reconnaissaient pas le style de jeu et de diction à la française adopté par l'Europe d'alors. Lorsque les romantiques eurent balayé les règles, l'imagination et le pathétique de Shakespeare s'emparèrent du théâtre à Paris ; Talma était aux avant-postes. Il avait débuté à la Comédie-Française dans Mahomet de Voltaire en 1787. Il rencontre le peintre David, travaille à simplifier le costume des héros classiques, à le rendre plus fidèle. Le début de la Révolution va bouleverser la vie de Talma ; il joue en 1789 Charles IX de Marie-Joseph Chénier. Il n'est plus l'acteur d'une troupe privilégiée. Jouant le personnage de Charles IX, l'acteur en lui se souvient des bouffons de Shakespeare. La pièce est interdite puis réintégrée au répertoire en juillet 1790. La Troupe du roi se divise entre ceux qui veulent partager l'événement et ceux qui soutiennent le parti monarchique : deux conceptions de l'acteur, l'une plus politique, en prise sur le fait vécu, l'autre dépendante de l'autorité. Talma est exclu du Théâtre-Français. Sa carrière se déroule ailleurs. Acteur en vue, il proteste auprès de l'Assemblée nationale contre le refus d'un prêtre de célébrer son mariage. Il est devenu bourgeois, se lie avec les Girondins, n'en sera pas perdu. Bref, il possède des amitiés. À la fin de la Révolution, Talma devint l'acteur préféré du public et du clan des Bonaparte. Napoléon reconstitue un système de gouvernement monarchique dans lequel Talma incarne la monarchie imaginaire. On dit que Napoléon et Talma s'entretenaient longuement de Corneille. L'Empereur aurait dit à Goethe, après une représentation donnée par Talma à Erfurt devant un parterre de rois : « Le destin aujourd'hui, c'est la politique. La tragédie est son expression dramatisée. » Au Théâtre-Français, en 1810, le nom des acteurs apparaît sur l'affiche. Alors commence le culte de la vedette, libérée des protections, si ce n'est de celle du public. On reproche à Talma son emphase, mais on l'imite. Comme acteur, il assure une transition sociale et esthétique. Les auteurs romantiques viennent lui lire leurs œuvres, et il sauve sa carrière sous la Restauration. Il a le temps de hanter l'imagination créatrice de la nouvelle génération, mais il meurt trop tôt pour triompher une nouvelle fois.

— Armel MARIN

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Écrit par

  • : metteur en scène, conseiller en éducation populaire et techniques d'expression

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • ACTEUR

    • Écrit par Dominique PAQUET
    • 6 815 mots
    • 2 médias
    ...l'introspection quotidienne est nécessaire, et le comédien apprend à prendre en compte les comportements de ses contemporains autant que sa propre réflexion. Ainsi Talma avoue-t-il : « À peine oserai-je dire que moi-même, dans une circonstance de ma vie où j'éprouvai un chagrin profond, la passion du théâtre était...
  • DICTION, théâtre

    • Écrit par Olivier NEVEUX
    • 1 276 mots

    La diction est l'un des éléments du jeu du comédien caractérisant l'énonciation d'un texte. Elle prend en compte l'intonation, le débit, l'articulation, la prononciation, le volume sonore, etc. Souvent associée à la versification, elle déborde cependant le seul cas de l'alexandrin (« diction...

Voir aussi