RAME FRANCA (1929-2013)

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« Pourquoi les femmes n’ont-elles jamais de prix Nobel ? Parce qu’elles n’ont pas d’épouse pour les aider ». Cette boutade, Franca Rame, femme de théâtre italienne, aimait à la répéter bien avant que son mari, l’acteur-auteur Dario Fo, obtienne en 1997 le prix Nobel de littérature.

Née en 1929 à Parabiago (Lombardie) dans une famille de comédiens ambulants, Franca Rame a fait ses débuts sur les planches, dans les bras de sa mère, alors qu’elle n’avait que huit jours. En 1951, devenue actrice dans une compagnie de revue, elle rencontre Dario Fo qu’elle épouse en 1954. Après quelques expériences au cinéma, le couple fonde en 1958 la Compagnie Dario Fo-Franca Rame, au sein de laquelle Franca interprète les premiers rôles féminins. Les personnages qu’elle incarne sont à l’image de son évolution personnelle et d’une politisation progressive qui l’éloigne petit à petit de l’image de pin-up que les magazines ont véhiculé d’elle à ses débuts. Ainsi, dans Settimo : ruba un po’ meno (Septième Commandement : tu voleras un peu moins, 1964), elle est Enea, femme croque-mort crédule et réactionnaire au début de la pièce qui, au contact d’une réalité aussi loufoque que nauséabonde, voit son cerveau « s’ouvrir tout grand ». Sa perception intuitive de l’efficacité rythmique et comique d’un texte de théâtre, fait d’elle une conseillère dramaturgique idéale, rôle qui s’ajoute à son activité de comédienne et de codirectrice de la compagnie.

Franca Rame

Photographie : Franca Rame

En 1992, alors qu'éclate en Italie l'affaire de Tangentopoli, qui éclabousse une bonne partie de la classe politique, Dario Fo et Franca Rame reprennent, en lui donnant forme de monologue, une pièce de 1964 et l'adaptent aux circonstances. Elle devient Settimo : ruba un po meno ! N.2. En... 

Crédits : P. Cipelli/ Marka/ Age Fotostock

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Franca Rame s’inscrit au Parti communiste italien en 1967. Son engagement politique pèse lourd dans la décision qu’elle prend avec Dario Fo de dissoudre leur compagnie en 1968 pour fonder le collectif Nuova Scena, avec lequel ils sillonnent l’Italie pour présenter leurs spectacles dans des circuits alternatifs liés au P.C.I. La rupture avec ces circuits, deux ans plus tard, coïncide avec la rupture personnelle de Franca Rame, qui rend sa carte du parti. Les années 1970 sont aussi, pour elle, celles de la fondation du Soccorso Rosso Militante, association d’aide aux détenus politiques : la réflexion sur la condition carcérale liée à cette activité militante se retrouve notamment dans son interprétation de spectacles en solo sur le terrorisme. En 1973, elle est enlevée, torturée et violée par un commando d’extrême droite. À la suite de cette agression, elle écrit et interprète le monologue Lo stupro (Le Viol), dont elle ne révèle que bien des années plus tard qu’il s’agit d’un récit autobiographique. À partir de 1977, elle commence à cosigner avec Dario Fo le texte de certains spectacles, notamment ceux qui portent sur la condition féminine. Après Parliamo di donne (Récits de femmes) et Tutta casa, letto e chiesa (Orgasme adulte échappé d’un zoo) en 1977, elle poursuit dans cette veine féminine, sinon féministe, en coécrivant et interprétant des spectacles traduits et joués dans le monde entier, comme Coppia aperta, quasi spalancata (Couple ouvert à deux battants, 1983) et Sesso ? Grazie, tanto per gradire ! (Un peu de sexe ? Merci, juste pour vous être agréable, 1994).

C’est aussi Franca Rame qui, dès les premières publications des textes de Fo par les éditions Einaudi au milieu des années 1960, assure l’établissement des textes à éditer. Un rôle non négligeable puisque les spectacles de Dario Fo sont en perpétuelle évolution aussi longtemps qu’ils sont représentés : les préparer pour la publication, cela signifie mettre à jour les textes à partir des dernières représentations, y ajouter des didascalies qui sont en réalité bien souvent un relevé de mise en scène, insérer quand c’est nécessaire des notes explicatives et des annexes documentaires, proposer, pour les textes joués dans une langue dialectale en partie inventée, à l’instar de Mistero buffo, une uniformisation de l’orthographe ainsi qu’une transcription en italien standard. Cette fonction d’éditeur fait d’elle le garant d’une présentation pérenne de l’œuvre de Dario Fo. Dans la même optique, elle se fait conservatrice des archives personnelles et professionnelles du couple, dont elle assure la diffusion en numérisant et en mettant en ligne tous les documents (http://archivio.francarame.it/). En ce sens, elle est bien, comme elle aimait à le dire avec humour, le piédestal de ce monument qu’est Dario Fo.

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Écrit par :

  • : agrégée d'italien, enseignante en études théâtrales à l'École normale supérieure

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FO DARIO (1926-2016)

  • Écrit par 
  • Laetitia DUMONT-LEWI, 
  • Valeria TASCA
  •  • 2 261 mots
  •  • 2 médias

Dario Fo est né le 24 mars 1926 à Sangiano (Lombardie) . Après une formation aux arts plastiques, des débuts comme acteur de revue (1950-1955) et un travail comme scénariste et acteur de cinéma (1955-1957), il fonde avec sa femme, Franca Rame (1929-2013), une compagnie pour laquelle il écrit d'abord des farces en un acte (1958-1959), puis des comédies (1959-1968). Après la saison 1967-1968, il en […] Lire la suite

Pour citer l’article

Laetitia DUMONT-LEWI, « RAME FRANCA - (1929-2013) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/franca-rame/