FOCOLARI

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Fondé en 1943 par une institutrice italienne de vingt-trois ans, Silvia (surnommée Chiara) Lubich (1920-2008), dans la ville de Trente alors occupée par les nazis, le mouvement des Focolari (Opus Mariae, Œuvre de Marie) est, par ses effectifs, la plus importante et la plus influente de ces organisations d'un nouveau type qui ont connu un développement rapide au sein de l'Église romaine dans la seconde moitié du xxe siècle. Bien qu'ils soient composés majoritairement de laïcs, ces mouvements ont pour fonctionnalité d'intégrer des membres de l'Église de tout statut : jeunes, adultes mariés et célibataires, prêtres, religieux des deux sexes, ce qui leur vaut l'appellation de mouvements « ecclésiaux ».

D'autres caractéristiques communes à ces mouvements leur attirent des critiques, à l'intérieur comme à l'extérieur de l'Église. Sur le plan doctrinal, leur conservatisme théologique et moral, leurs positions intégristes et leur anti-intellectualisme sont dénoncés. Leur opulente richesse, leur aspiration au pouvoir ecclésiastique et temporel, leur tendance à fonctionner en « Églises à l'intérieur de l'Église » soulèvent des objections. Enfin leur prosélytisme insistant, leur structure fortement hiérarchique, leur recours à un contrôle étroit exercé sur la vie de leurs membres, traits que l'on rencontre généralement dans les sectes, inquiètent certains observateurs.

En dépit de ces aspects controversés, ces mouvements ont reçu de solides encouragements de la part des plus hautes instances de l'Église. En un temps de déclin des pratiques religieuses, le Vatican a vu dans ces groupes florissants de nouveaux instruments capables de revivifier, voire de supplanter les structures ecclésiastiques traditionnelles telles que les associations de laïcs, les ordres religieux et les paroisses. En 1985, Jean-Paul II déclarait discerner en eux « une cause d'espérance pour l'Église tout entière et pour l'humanité ». Convaincu que ces organisations assureraient l'avenir du catholicisme, le souverain pontife leur accorda un appui personnel passionné. La veille de la Pentecôte de 1998, il organisa leur rassemblement en masse sur la place Saint-Pierre destiné à les fondre en un même bloc porteur de l'héritage traditionnel. Il déclara aux 500 000 participants de cette manifestation : « Ceci est la réponse suscitée par l'Esprit Saint au dramatique défi [de la sécularisation] de la fin du millénaire... Vous êtes cette réponse providentielle ! »

Les Focolari ont été depuis l'origine dominé par la personnalité de Chiara Lubich. Ils croient que celle-ci a été investie personnellement d'un mandat divin, ou « charisme », et que son message est destiné à influencer toute l'Église, et au-delà l'humanité tout entière. C'est un trait commun à tous les nouveaux mouvements ecclésiaux que cette approche existentielle de la foi. La doctrine des Focolari, inspirée du Nouveau Testament, souligne l'amour mutuel, l'unité, la collectivité – spécifiquement au sein de leur communauté – vécue comme une manifestation du divin, selon une interprétation littérale du verset de l'Évangile de saint Matthieu « Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d'eux. » (Mt 18, 20). Dès le début, Chiara Lubich a conçu son mouvement non pas comme une simple expression religieuse mais comme la solution à tous les problèmes sociaux, économiques et politiques.

Au cours des années 1960, les Focolari se sont répandus à travers toute l'Europe et ont gagné tous les autres continents. Au seuil du xxie siècle, ils étaient présents dans plus de 180 pays, et leurs deux millions d'adhérents revendiqués font d'eux la plus grande organisation catholique. Ils sont répartis en 22 branches spécialisées, menées par une élite d'hommes et de femmes ayant fait vœu de célibat, connus sous le nom de focolarini, qui vivent en communautés séparées. Beaucoup de membres masculins à temps plein ont été ordonnés prêtres pour le service exclusif du mouvement. Les hommes et femmes mariés peuvent également appartenir à ces mêmes communautés, et continuer à vivre chez eux en ayant fait vœu de pauvreté, de chasteté et d'obéissance « selon l'état marié ». D'autres branches ont été conçues pour introduire les Focolari sur les lieux de travail (les « volontaires »), au sein de la jeunesse (le m [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 3 pages

La suite de cet article est accessible aux abonnés

  • Des contenus variés, complets et fiables
  • Accessible sur tous les écrans
  • Pas de publicité

Découvrez nos offres

Déjà abonné ? Se connecter

Écrit par :

Classification

Autres références

«  FOCOLARI  » est également traité dans :

CATHOLICISME - Les nouveaux mouvements ecclésiaux

  • Écrit par 
  • Salvatore ABBRUZZESE
  •  • 2 470 mots

Dans le chapitre « Caractéristiques communes  »  : […] Ce qu'on appelle les « mouvements ecclésiaux » sont tout d'abord des associations de fidèles, les membres du clergé n'étant présents qu'à titre individuel. Fondés, comme le signale Danièle Hervieu-Léger, par des « personnalités-phare » agissant par rapport à un événement radical qui a marqué leur vie et proclamant une modalité nouvelle de vivre l'appartenance chrétienne, les différents mouvements […] Lire la suite

LUBICH SILVIA dite CHIARA (1920-2008)

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 142 mots

Marquée par la foi catholique de sa mère, Silvia Lubich, alors institutrice à Trente (Haut-Adige), décide de consacrer sa vie à Dieu le 7 décembre 1943 et change de prénom pour celui de la sainte d'Assise, Chiara. À la suite du bombardement de la ville du 13 mai 1944, elle crée l'Opus Mariae avec d'autres jeunes femmes formées par l'Action catholique. Ses membres sont bientôt appelés Focolari (de […] Lire la suite

Pour citer l’article

Gordon URQUHART, « FOCOLARI », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 février 2023. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/focolari/