WAUGH EVELYN (1903-1966)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Si Evelyn Waugh commence sa carrière littéraire comme un chroniqueur caustique du Londres mondain de l'entre-deux-guerres, il s'oriente, après sa conversion au catholicisme (1930), vers des œuvres plus sérieuses, reflets d'un conservatisme politique qui fait de lui un défenseur de la tradition catholique et des valeurs éternelles de la vieille Angleterre.

Né en 1903, il est élève à la célèbre public school de Lancing où il se passionne très tôt pour la peinture et la religion. Ses goûts le portent vers le Quattrocento, les peintres préraphaélites et la légende arthurienne. Il écrira d'ailleurs une biographie du peintre préraphaélite Rossetti (1928). À Oxford, il mène, de 1922 à 1924, une vie dissolue d'esthète dont on retrouvera l'écho dans Brideshead Revisited. Une expérience plutôt décevante de professeur dans plusieurs écoles privées servira de toile de fond à son premier roman, Decline and Fall, 1924 (Déclin et chute). Sous le signe de Ronald Firbank, Saki et Oscar Wilde, cette satire hilarante de l'Angleterre des années vingt est une parodie du roman d'éducation et du récit picaresque : plongé dans un univers d'où toute valeur semble avoir disparu, un anti-héros traverse une série de situations régies par un comique de l'absurde. Éducation, aristocratie, religion, sport, aucun fleuron de l'establishment britannique n'échappe au jeu de massacre. Le tourbillon s'accélère dans Vile Bodies, 1930 (Ces Corps vils) où les bright young things des années folles se lancent dans une danse éperdue qui cache mal un vide grandissant. Le rire devient plus grinçant avec Black Mischief, 1932 (Méchanceté noire) qui éreinte aussi bien les prétentions des colonisateurs à apporter le progrès aux Africains que l'incapacité de ceux-ci à passer sans transition d'un univers primitif à un modernisme outrancier. Comme bien des romanciers de sa génération, Evelyn Waugh voyage beaucoup et publiera plusieurs récits de ses séjours en Méditerranée, au Brésil, en Éthiopie, au Mexique.

A Handful of Dust, 1934 (Une poignée de cendre) marque un tournant dans son œuvre. Encore sous le coup d'un divorce pénible, Waugh se livre à une autopsie sans complaisance de l'amoralisme moderne, mais aussi des illusions quant à un possible retour à un utopique passé médiéval. Le cynisme du microcosme londonien et la sauvagerie de la jungle amazonienne se rejoignent finalement dans une même cruauté dont le héros, Tony Last, sera la victime expiatoire. Malgré les intermèdes comiques de Scoop (1938), satire du monde journalistique, et de Put out more Flags, 1942 (Hissez le grand pavois), qui décrit sur le mode burlesque les débuts de la Seconde Guerre mondiale tels qu'ils sont vécus par le petit monde londonien des romans précédents, Waugh va de plus en plus apparaître comme un croisé qui défend en solitaire les valeurs d'ordre et de continuité historique dans lesquelles il voit le seul rempart possible contre les désordres modernes et l'égalitarisme démocratique. C'est dans cette perspective que s'inscrivent ses biographies du jésuite martyr Edmund Campion (1935) et du prêtre catholique Ronald Knox (1959).

Le tournant est achevé avec Brideshead Revisited, 1945 (Retour à Brideshead), vaste saga familiale et apologie du rôle historique du catholicisme, gardien des valeurs chrétiennes dans un monde de plus en plus en proie à la barbarie moderne. Waugh n'a pourtant pas renoncé à la veine comique et publie en 1948 The Loved One (Le Cher disparu), satire macabre mais brillante du milieu des entrepreneurs de pompes funèbres en Californie, et vision acide de la société américaine par un œil britannique.

Sa dernière œuvre importante sera la trilogie Sword of Honour : Men at Arms, 1952 (Hommes en armes), Officers and Gentlemen, 1955, et Unconditional Surrender, 1961 (La Capitulation). Elle s'inspire de son expérience de la Seconde Guerre mondiale pendant laquelle il servit dans les Royal Marines. Le héros, élevé dans la tradition de l'aristocratie catholique, va peu à peu perdre ses illusions devant l'absurdité de la guerre. Il maintiendra pourtant au milieu du chaos un sens de l'honneur et de la générosité qui lui permettront de s'élever au-dessus de l'horreur du siècle. Ainsi, Evelyn Waugh, qui avait bâti sa célébrité sur une image de snob mondain enfermé dans les préjugés de sa classe, termine sa vie en moraliste désabusé mais fidèle à un code d'honneur. Le triomphe de la Cité de Dieu n'est pas de ce monde, mais l'écrivain se doit de rester un témoin lucide.

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 2 pages

Écrit par :

  • : professeur de littérature anglaise à l'université de Paris-III-Sorbonne nouvelle

Classification

Autres références

«  WAUGH EVELYN (1903-1966)  » est également traité dans :

ANGLAIS (ART ET CULTURE) - Littérature

  • Écrit par 
  • Elisabeth ANGEL-PEREZ, 
  • Jacques DARRAS, 
  • Jean GATTÉGNO, 
  • Vanessa GUIGNERY, 
  • Christine JORDIS, 
  • Ann LECERCLE, 
  • Mario PRAZ
  •  • 28 339 mots
  •  • 28 médias

Dans le chapitre « Retour au réel »  : […] En 1938, Cyril Connolly constatait, dans Enemies of Promise , le déclin des mandarins , ceux dont la prose savante prétendait rivaliser avec le vivant. Leur succédaient les vernacular , « tenants de la langue parlée, familière et brutale, et de la vision du monde qu'elle était propre à exprimer ». L'époque où « le voile trembla », où pouvait surgir un texte sacré, était tôt révolue de ce côté de l […] Lire la suite

Pour citer l’article

André TOPIA, « WAUGH EVELYN - (1903-1966) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/evelyn-waugh/