PANKHURST EMMELINE (1858-1928)

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Le nom de Mrs. Pankhurst, associé à celui de sa fille Christabel, évoque avant tout les combats en faveur de l'émancipation civique des femmes et le mouvement des « suffragettes » anglaises avant 1914. Préparée par ses parents à se battre pour des réformes radicales, elle trouve en son mari, l'homme de loi Richard Marsden Pankhurst, le compagnon de ses premières luttes. Elle est témoin et actrice tout à la fois, en 1882-1884, de la victorieuse campagne pour une nouvelle législation concernant les biens des femmes mariées ; elle est en contact avec les esprits les plus avancés, de James Keir Hardie à William Morris, et figure parmi les premiers adhérents de la toute jeune Société fabienne. Tour à tour déçue par le Parti libéral, par le Parti travailliste indépendant et par tous les mouvements à prédominance masculine, elle en vient, au tournant du siècle, à la conviction que seule une action vigoureuse des femmes leur permettrait d'arracher leur participation à la vie démocratique. En 1903, aidée par sa fille, elle fonde l'Union sociale et politique des femmes (Women's Social and Political Union ou W.S.P.U.). Contrairement à d'autres groupes féministes et à sa rivale, Mrs. Fawcett, Mrs. Pankhurst ne croit plus à l'efficacité de la propagande pacifique : la violence seule lui paraît capable de secouer l'apathie des hommes et de créer un mouvement d'opinion qui convaincrait le Parlement. Cette violence prend des formes variées : de l'interruption de meetings ou de séances des Communes aux manifestations de rues, de l'envoi de poudre à éternuer aux parlementaires au déversement de sacs de farine sur des politiciens connus et, plus dangereusement, à des lacérations de tableaux dans les musées et au dépôt d'explosifs de faible puissance dans les stades ; les affrontements avec la police ne sont pas rares, certaines manifestantes s'enchaînant même à des grilles pour ne pas être emportées. Ces excès impressionnent une partie de l'opinion : en juin 1910, un « bill de conciliation » est déposé par le travailliste Shackleton et, après son adoption en deuxième lecture, Mrs. Pankhurst peut croire à la victoire ; l'opposition déterminée des grands chefs politiques, tels Asquith, Lloyd George et Winston Churchill, entraîne pourtant l'échec du projet en troisième lecture, en mars 1912 ; la W.S.P.U. en arrive alors aux violences les plus inadmissibles, s'en prenant aux trains, aux églises et à des immeubles privés. D'où une recrudescence de la répression : déjà arrêtée et emprisonnée en 1908, Emmeline Pankhurst retrouve la prison en 1912. Elle utilise l'arme de la grève de la faim pour se faire libérer ; le Parlement réagissant en 1913 par la loi « du chat et de la souris » qui permet de remettre en prison un gréviste de la faim rétabli, Mrs. Pankhurst répond par un comportement héroïque, se privant non seulement de nourriture, mais de sommeil. Douze fois remise en prison en un an, elle n'y passe que trente jours au total. Infatigable, elle participe à des meetings et, au cours d'un voyage aux États-Unis en 1913, le troisième depuis 1907, elle s'efforce d'obtenir l'aide morale et matérielle des féministes américaines.

Lorsque éclate la Première Guerre mondiale, Mrs. Pankhurst accepte de participer à l'union sacrée. Elle proclame un armistice qui interrompt les luttes engagées et se consacre à la propagande pour l'effort de guerre en Angleterre, aux États-Unis et en Russie. Elle se tient même à l'écart des commissions qui élaborent à partir de 1916 la réforme électorale promulguée en 1918 ; celle-ci donne partiellement satisfaction aux féministes en accordant aux femmes de trente ans et plus les mêmes droits qu'aux hommes, ceux-ci parvenant à la majorité civique dès vingt et un ans. Après le conflit mondial, Mrs. Pankhurst paraît s'éloigner davantage encore de l'action militante : elle séjourne plusieurs années au Canada et ne rentre en Angleterre qu'en 1926. Elle adhère alors au Parti conservateur, qui envisage de la désigner comme candidate aux élections de 1929, mais elle meurt avant, non sans avoir vu promulguer la réforme capitale de 1928 qui reconnaît l'égalité des femmes en matière d'élection et d'éligibilité.

Mrs. Pankhurst a été nettement dépassée par les orientations nouvelles du féminisme britannique. Elle avait déjà négligé avant 1914 les aspects sociaux de l'infériorité des femmes en Angleterre et n'avait pas inclus dans son programme l'obtention de l'égalité salariale ni des réformes du [...]

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  • : professeur à l'université de Paris-III-Sorbonne nouvelle

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Pour citer l’article

Roland MARX, « PANKHURST EMMELINE - (1858-1928) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 21 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/emmeline-pankhurst/