WIESEL ÉLIE (1928-2016)

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Né le 30 septembre 1928 à Sighet, en Transylvanie (Roumanie), Élie Wiesel est déporté en mai 1944 dans les camps d’Auschwitz-Birkenau et de Buchenwald pendant la Seconde Guerre mondiale. Sa mère, son père ainsi qu’une de ses trois sœurs compteront parmi les six millions de Juifs assassinés par les nazis. À la fin de la guerre, Élie Wiesel fait partie des quatre cents adolescents qui refusent de rentrer chez eux, en Europe centrale, et que l'Organisation de secours aux enfants prend en charge. Il arrive en 1945 à Paris, où il fait ses études, notamment auprès du philosophe Jean Wahl. Après avoir collaboré à divers journaux israéliens, français, américains, il part vivre aux États-Unis (il deviendra citoyen américain) où il devient titulaire d'une chaire en sciences humaines à l'université de Boston. En 1986, le prix Nobel de la paix lui est décerné. Près d'une cinquantaine de livres – romans, essais, pièces de théâtre – composent son œuvre, tout entière écrite dans le souvenir d'Auschwitz ; œuvre de témoin, œuvre d'un homme qui refuse d'oublier et se bat contre les violences instituées en Justice, en Loi, en Pouvoir et qui, aujourd'hui encore, plus de quarante ans après ce triomphe du Mal que fut le génocide juif, ensanglantent le monde. « L'important, écrit Élie Wiesel, c'est de combattre le silence par la parole ou par une autre forme de silence. » Son œuvre symbolise ce combat.

Élie Wiesel

Photographie : Élie Wiesel

Son plus célèbre livre, La Nuit, marque le début d'une œuvre où s'affirme sans cesse le besoin de témoigner et la nécessité d'un dialogue avec les survivants de la Shoah. Élie Wiesel a reçu en 1986 le prix Nobel de la paix. 

Crédits : Darren McCollester—Getty Images/Thinkstock

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La Nuit (1956 pour une version en yiddish ; 1958 pour la version française), premier récit d'Élie Wiesel, relate avec une sobriété implacable ce qu'il advint des Juifs de Sighet qui, refusant de croire à l'incroyable sort qui leur était réservé, furent lentement exterminés, allant de camp en camp – humiliés, affamés – à travers l'Allemagne ennemie. La Nuit, c'est aussi l'épreuve de l'ébranlement de la foi, l'expérience de l'abandon – de Dieu et des autres hommes – et, à la fin du livre, la douleur « d'avoir survécu au père ». Commence alors, et pour la vie, l'urgence de témoigner, de garder vivants ces visages, ces noms qu'aucun brasier ne peut effacer de la mémoire blessée. Les œuvres qui suivront – L'Aube (1960), Le Jour (1961), Les Villes de la chance (1961), Les Portes de la forêt (1964) – seront habitées par une même question obsédante : est-il possible de croire en Dieu – en l'humanité, en la bonté – après Auschwitz ? Les livres d'Élie Wiesel ne prétendent pas répondre à cette question mais, en mettant en scène des situations manichéennes – dans L'Aube, par exemple, un jeune résistant juif dialogue pendant toute une nuit avec sa future victime, un officier de l'armée d'occupation britannique en Palestine –, ils reposent inlassablement la question. « Je crois, déclare Élie Wiesel, que la théodicée existe encore après Auschwitz, mais après Auschwitz elle existe en tant que question, non en tant que réponse. » Par ses essais, Élie Wiesel questionne l'humanité et se rebelle contre l'indifférence, « la pire des cruautés », disait Proust. Les Juifs du silence (1966) est un document sans complaisance ni a priori, mais la réalité parle d'elle-même, sur la condition des juifs en URSS. Un juif aujourd'hui (1977), Paroles d'étranger (1982), Signes d'exode (1985) évoquent aussi bien le sort des opprimés du Cambodge que celui des prisonniers du goulag, le scandale de la torture officialisée, la tragédie des Indiens Miskito, les tueries au Liban. Parallèlement, Élie Wiesel continue d'écrire des romans – Le Mendiant de Jérusalem (prix Médicis 1968), Le Testament d'un poète juif assassiné (1980), Le Cinquième Fils (1983), Le Crépuscule, au loin (1987), Les Juges (2005), Le Cas Sonderberg (2008) – où se poursuit l'impossible dialogue entre le survivant et « ses » morts, entre la foi meurtrie et l'espérance toujours renaissante. Nourri d'une tradition juive et, plus précisément, hassidique – il fut élevé dans une yeshīvah –, Élie Wiesel affirme son absolue confiance dans le livre de cette tradition, le Talmud, qu'il s'efforce de mieux faire connaître dans Célébration hassidique (1972), Célébration biblique (1975), et Célébration talmudique (1991). Il a également publié ses Mémoires (Tous les fleuves vont à la mer, 1994 ; ... Et la mer n'est pas remplie, 1996).

Élie Wiesel meurt à New York le 2 juillet 2016.

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Pour citer l’article

François POIRIÉ, « WIESEL ÉLIE - (1928-2016) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/elie-wiesel/