ÉGYPTE ANTIQUE (Histoire)L'Égypte ptolémaïque

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Le royaume ptolémaïque

L'Égypte ptolémaïque, apanage et propriété d'une famille, est parmi les royaumes d'Orient le plus original et peut-être le plus riche. Le caractère essentiel de son organisation est la centralisation. Tout part du roi, et tout revient à lui. Il est la loi vivante : lois (nomoi), règlements (diagrammata), ordonnances (prostagmata) sont des décisions royales, qui prennent souvent la forme de lettres. La lecture du corpus des ordonnances des Ptolémées permet de mesurer la variété et le nombre des sujets qui étaient soumis à la volonté du souverain : protestations de prêtres contre les excès commis par les fonctionnaires ou les militaires, faveurs sollicitées par des associations corporatives ou régionales, demande du droit d'asile pour tel ou tel sanctuaire, organisation de recensement d'esclaves, perception de taxes, circulaire réglant le versement des impôts, garanties accordées à certaines catégories de citoyens, ordonnances d'amnistie, tous les sujets sont abordés dans ces documents qui nous permettent de comprendre en sa variété le fonctionnement de l'administration royale et les problèmes posés à la royauté. De plus, comme tout différend devait être tranché par règlement royal, le tableau des requêtes (enteuxeis) adressées au souverain ptolémaïque évoque les détails de la vie publique et de la vie privée. À cet égard le recueil des Enteuxeis, publié par O. Guéraud, dépeint la vie quotidienne des sujets du roi ptolémaïque, et la Chrestomathie de U. Wilcken contient de précieuses indications sur les mœurs des gens de cette époque : vol d'un manteau, détournement d'objets et restitution de gages, prêt d'argent, salaire d'un barbier, jouissance des fruits d'une palmeraie, violences contre un porteur d'eau, incursion avec violence dans un Isieion, plainte d'une femme pour coups et blessures, prêt d'une ânesse, livraison incomplète d'une commande de vin, intimidation de témoins, etc. La seule énumération des sujets de ces requêtes fait comprendre qu'elles sont peut-être la meilleure voie d'accès aux réalités de l'époque ptolémaïque.

Sarcophage momiforme, Akhmim, Égypte

Photographie : Sarcophage momiforme, Akhmim, Égypte

Sarcophage en bois peint provenant d'Akhmim, Haute-Égypte. Époque ptolémaïque. Vers 250 avant J.-C. British Museum, Londres. 

Crédits : Bridgeman Images

Afficher

Une organisation hiérarchisée

Le roi s'entoure d'une cour (aulè) formée d'un ensemble de dignitaires dont les titres mêmes indiquent le caractère paternaliste de la monarchie ptolémaïque. Du haut en bas de cette hiérarchie compliquée, on trouve les « parents du roi », les « assimilés aux parents du roi », les « premiers amis », les « assimilés aux premiers amis », les « capitaines des gardes de corps », les « amis », les « gardes de corps », les « successeurs ». Le titre de « sœur » donné à la reine dissimule parfois non pas ce degré de parenté, mais un titre applicable, par exemple, à une cousine. Bref, la maison du roi est organisée comme une grande famille, où l'affection ou la fidélité cèdent trop souvent le pas aux coteries, voire aux haines et aux rivalités inexpiables, le crime étant le plus sûr moyen de succession.

Ne pouvant être omniprésent, le roi est assisté par des administrateurs aux compétences diversifiées et hiérarchisées. Une administration centrale et des administrations régionales secondent le souverain. La première fait d'Alexandrie le centre nerveux du royaume ; les secondes exercent leurs activités dans les nomes, c'est-à-dire les départements ou, si l'on préfère, les régions. Il y a, pour répondre aux innombrables requêtes, un chef de la chancellerie royale, l'épistolographe ; à la tête de la justice se trouve l'archidicaste. Le grand argentier, ou dioecète, résidait également à Alexandrie. Dans les provinces, le principe général de l'administration est de confier le règlement des affaires à un délégué représentant directement le souverain. Le stratège de nome, dont la charge était militaire à l'origine, concentre entre ses mains les principales compétences. L'épistratège a un rôle qui concerne plus strictement l'armée. Souvent plusieurs fonctionnaires ont qualité pour connaître d'une même affaire ; la complication administrative qui s'ensuit a pour corollaire un avantage que les Romains comprendront bien : les fonctionnaires peuvent ainsi se surveiller les uns les autres, ce qui est nécessaire à cette époque où la prévarication n'est pas rare. La subdivision régionale est le nome ; l'Égypte en compte une trentaine, avec des variantes selon les époques. Le nome est administré par un nomarque, aidé par un secrétaire royal, le basilicogrammate. Chaque nome en principe est lui-même divisé en toparchies, av [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 6 pages

Écrit par :

  • : professeur à la faculté des lettres et sciences humaines de Dijon

Classification

Autres références

«  ÉGYPTE ANTIQUE  » est également traité dans :

ÉGYPTE ANTIQUE - Vue d'ensemble

  • Écrit par 
  • François DAUMAS
  •  • 1 614 mots

Lorsque, au vie siècle de notre ère, l'empereur Justinien fit amener à Constantinople les statues d'Isis qu'on adorait encore dans l'île de Philae, à la première cataracte, lorsqu'il emprisonna les derniers prêtres de la déesse, il semblait vraiment que la civilisation de la vieille Égypte était bel et bi […] Lire la suite

ÉGYPTE ANTIQUE (Histoire) - L'Égypte pharaonique

  • Écrit par 
  • François DAUMAS
  •  • 12 253 mots
  •  • 17 médias

L'Égypte est une étrange réalité géographique. Tout s'y fait au contraire des autres pays, remarque Hérodote. C'est une longue oasis verdoyante d'une fertilité extraordinaire. Mais, hors de la plaine qui borde le fleuve, c'est un terrain d'une affreuse aridité, qui commence de manière si abrupte qu'on peut avoir un pied dans les cultures et l'autre dans le […] Lire la suite

ÉGYPTE ANTIQUE (Histoire) - L'Égypte romaine et byzantine

  • Écrit par 
  • André BERNAND
  •  • 3 628 mots
  •  • 1 média

Après la mort de Cléopâtre, en 30 avant J.-C., l'Égypte passe au pouvoir d'Auguste et du même coup sous la domination romaine : elle devait y rester six siècles, c'est-à-dire jusqu'à la conquête arabe marquée en 640 après J.-C. par la prise de Babylone et en 641 par la chute d'A […] Lire la suite

ÉGYPTE ANTIQUE (Histoire) - L'archéologie

  • Écrit par 
  • Jean LECLANT
  •  • 9 481 mots
  •  • 9 médias

Préparée par les travaux des savants de l'expédition d'Égypte (menée par Bonaparte en 1798-1799), amorcée par les découvertes de voyageurs érudits célèbres, tels Champollion (qui, en 1828-1829, remonta le Nil jusqu'à la deuxième cataracte) puis le Prussien Lepsius (qui, de 1842 à 1845, visita de nombreux sites, s'avançant loin dans ce qu'on appelait alors l' […] Lire la suite

ÉGYPTE ANTIQUE (Civilisation) - La religion

  • Écrit par 
  • Jean VERCOUTTER
  •  • 11 373 mots
  •  • 24 médias

Lorsque, en 384 de notre ère, l'édit de Théodose ordonna la fermeture des temples de la vallée du Nil, la religion égyptienne était vieille de plus de trois millénaires et demi. C'est donc l'une des plus longues expériences religieuses de l'humanité, pendant laquelle des hommes ont adoré les mêmes dieux, adhéré aux mêmes croyances funéraires, accompli les mêmes rit […] Lire la suite

ÉGYPTE ANTIQUE (Civilisation) - L'écriture

  • Écrit par 
  • Jean VERCOUTTER
  •  • 4 057 mots
  •  • 9 médias

L'écriture égyptienne apparaît en même temps que l'unification du pays, vers 3100 avant J.-C., et se développe rapidement. Ce n'est pas un hasard. La civilisation, en Égypte, dépend étroitement du Nil, car elle repose sur la bonne utilisation des eaux du fleuve. En effet, celles-ci seraient insuffisantes si l'ino […] Lire la suite

ÉGYPTE ANTIQUE (Civilisation) - La littérature

  • Écrit par 
  • Jean LECLANT
  •  • 7 500 mots
  •  • 2 médias

Si l'on peut se demander quelle est la première civilisation qui a inventé et employé l'écriture comme moyen d'échange, en revanche on peut affirmer que c'est dans la vallée du Nil que fut créée la plus ancienne littérature écrite attestée à ce jour. L'Égypte est par excellence la terre des scribes.La civilisation égyptienne étant prise dans un système d'intégration cosmique qui, sur terre, culmin […] Lire la suite

ÉGYPTE ANTIQUE (Civilisation) - L'art

  • Écrit par 
  • Annie FORGEAU
  •  • 11 450 mots
  •  • 30 médias

Selon la tradition des annales de l'Égypte ancienne, dont les auteurs grecs se sont fait l'écho, le premier pharaon, responsable de l'unification du pays, se serait appelé Ménès, nom ignoré des sources archéologiques datant des débuts de l'histoire. Aussi s'est-on longtemps posé la question de sa véritable identité. Le […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

André BERNAND, « ÉGYPTE ANTIQUE (Histoire) - L'Égypte ptolémaïque », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/egypte-antique-histoire-l-egypte-ptolemaique/