PIGNON ÉDOUARD (1905-1993)

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Le peintre Édouard Pignon est issu d'une famille de mineurs du Pas-de-Calais (il est né à Bully) ; il fut lui-même galibot avant de devenir cimentier-plafonneur parce qu'il ne supportait pas l'absence de lumière au fond de la mine.

En 1926, il décide, contre l'avis de tous, de devenir peintre et part s'installer à Paris. Il exerce alors plusieurs métiers : manœuvre aux usines Citroën, pointeau, figurant dans la troupe de Raymond Rouleau, metteur en pages... Ces années sont celles de la formation, mais son université, ce sont les cours du soir de l'université ouvrière, une culture arrachée aux heures de sommeil et aux rythmes difficiles du labeur. Les matières abordées sont la littérature, la philosophie, l'économie politique, l'histoire, l'histoire de l'art. Et pour peindre, en plus des soirées à l'école Germain-Pilon, il profite des courts moments des heures de congé le samedi après-midi et le dimanche, au prix des privations et de la fatigue. En toile de fond, les réunions de l'Association des artistes et écrivains révolutionnaires. C'est la période intense et fructueuse des années trente, riche d'ardents débats, de responsabilités civiques et culturelles au milieu desquelles Pignon étudie et fait ses choix fondamentaux. Son engagement au Parti communiste en 1933 ainsi que sa rencontre avec Picasso en 1936 sont décisifs pour sa peinture, qu'il conçoit comme une « quête de la réalité ». À trente ans, quand il peint ses Meeting ou son premier Ouvrier mort, il se rattache au cubisme, utilisant les aplats de couleurs, les cernes épais et la règle d'or. Puis, très rapidement, il a la volonté de pénétrer au cœur des choses, de saisir, à leur naissance, ses émotions perceptives.

Pour Édouard Pignon, la peinture est un moyen de connaissance. Il va peindre une toile qui va en créer une autre, chacune prenant la place de la dernière et créant aussi le besoin de celle qui va suivre. C'est en effet cette règle de sérialité qui se révèle clairement à partir de la période d'Ostende, appréciée à ce titre comme une nouvelle naissance, bien que les œuvres antérieures, notamment celles de la période de l'Occupation, laissent déjà deviner l'intérêt que le jeune peintre porte à ce procédé. Dans toutes ses séries, à travers tous ses thèmes, Pignon veut peindre les articulations du visible. Cela est vrai quand il assiste, dans le Nord, à des combats de coqs, installé au premier rang contre le grillage qui entoure le ring, décodant sur ses carnets les battements d'ailes et les soubresauts des volatiles. Quand, sur la plage, près de Sanary, il observe pendant des journées entières, assis à côté du plongeoir, les corps qui s'engouffrent dans les vagues et qu'il fixe, d'une façon répétitive, cette dernière image : les énormes pieds des plongeurs disparaissant dans la mer. Il n'exécute pas, sur le motif, un dessin arrêté mais cherche exactement l'inverse : les tensions et les tracés traduisant les réactions de son système nerveux devant telle ou telle situation visuelle. Les tableaux qui en résultent seront des articulations et des éclatements de formes, des jaillissements de couleurs qui montrent comment fonctionne la perception.

Tout l'œuvre de Pignon introduit une nouveauté de taille : l'image d'action. Plusieurs des thèmes abordés accordent donc de l'importance aux mouvements incessants, aux transformations rapides, en plaçant le regardeur non pas devant un spectacle mais à l'intérieur de l'action. C'est incontestable pour les « Combats de coqs », les « Plongeurs », les « Battages » aussi. Pourtant, on ne saurait trop insister en disant que le dynamisme de ces séries n'est pas plus faible dans le traitement de sujets apparemment immobiles comme les « Oliviers » ou les « Nus ». Néanmoins, Pignon n'est pas seulement le peintre du mouvement même s'il a radicalement transformé la façon de le percevoir sur la toile. Du statique, du morcellement, du mouvement décomposé puis recomposé, du « simultanéisme » futuriste ou duchampien, il est passé, notamment avec les séries tumultueuses, à un rendu du déplacement qui est plus une « continuité » qu'une « décomposition » ou qu'une synthèse : « mouvement dans le mouvement », « mouvement dans le repos » (É. Pignon, Contre-courant), mouvement dans l'expression humaine, il s'agit toujours d'une manifestation de la vie.

Son œuvre prend tout son sens dans l'interrogation aiguë du monde qui l'environne, dans cette volonté d'en créer un « à la mesure de ses désirs et de [...]

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Philippe BOUCHET, « PIGNON ÉDOUARD - (1905-1993) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/edouard-pignon/