BOUBAT EDOUARD (1923-1999)

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Inscrit dans la tradition humaniste de l'immédiat après-guerre, Edouard Boubat figure, avec Henri Cartier-Bresson, Willy Ronis et Robert Doisneau, parmi les photographes français les plus populaires. Grand voyageur passionné par la vie, il a construit en près d'un demi-siècle une œuvre imprégnée d'une vision poétique du monde et d'un regard sensible sur ses contemporains.

Le correspondant de paix

Edouard Boubat naît le 13 septembre 1923 à Paris. En le conduisant au certificat d'études, la communale l'oriente par voie d'affiche vers l'école Estienne et son éventail d'apprentissages. Attiré par les appareils optiques et les manipulations chimiques, l'adolescent choisit la section de photogravure. Les cours suivis sous l'autorité du théoricien et photographe Louis-Philippe Clerc assurent une formation solide qui n'épargnera pas au jeune diplômé de devoir gagner sa vie en usine avant d'exercer son métier. À la fin de la guerre, libéré du Service du travail obligatoire, Edouard Boubat maintient son orientation professionnelle même s'il se laisse tenter par l'aventure du théâtre, jusqu'à suivre les cours du conservatoire Maubel. Cependant, les photographies qui arrivent à l'atelier de photogravure de la rue Dauphine finissent par susciter une vocation plus forte. En 1945, Edouard Boubat achète l'appareil Rolleicord avec lequel il réalise ses premières images. La photographie absorbe dès lors ses loisirs. Les souvenirs d'une enfance passée à Montmartre, ceux d'un long séjour auprès de sa grand-mère berrichonne inspirent déjà les images d'un bonheur simple que les années sombres avaient éloigné.

La période des années d'après guerre, partagée avec sa sœur et ses amies, est une des plus heureuses d'Edouard Boubat, marquée par la rencontre de Lella qui deviendra son amie, son modèle et, en 1947, sa femme. Photographiant pour lui-même, Boubat découvre à travers son appareil un univers qui l'enchante. La Petite Fille aux feuilles mortes, silhouette candide du jardin du Luxembourg marque en 1946 le début d'un parcours encouragé par le prix Kodak, remporté en 1947, et, deux ans plus tard, le prix du Salon de la Bibliothèque nationale partagé avec Robert Doisneau. La fréquentation et les conseils de photographes déjà célèbres comme Brassaï, Cartier-Bresson, Robert Frank ou Eugene Smith le confortent dans sa démarche de promeneur attentif. L'exposition montée à La Hune en 1951 par Robert Delpire le place aux côtés de Brassaï, Doisneau, Facchetti et Izis. Le vernissage lui sera propice : Albert Gilou, le directeur artistique du mensuel Réalités lui propose un premier sujet de reportage, le pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle. Le jeune photographe fait ses preuves, il intègre l'équipe de la revue dès 1953 et part pour un séjour de quatre mois aux États-Unis. Devenu professionnel, Boubat parcourt le monde, en doublant les commandes d'une démarche personnelle, féconde en images où l'innocence et la poésie servent une perception optimiste de ses contemporains. Ses reportages le mènent en Belgique, en Espagne, au Portugal, en Allemagne, en Afrique du Nord, en Égypte, en Israël, en Amérique, en Australie et en Asie. Après une collaboration de quinze ans avec Réalités, Boubat retrouve en 1967 ses libertés de photographe amateur et poursuit une œuvre d'auteur par les livres et par l'édition de cartes postales.

Edouard Boubat rejoint en 1970 l'agence Top/Rapho qui vient d'être créée par Raymond Grosset. Malgré l'engouement de la couleur qui marque les années 1970 et freine la publication des œuvres en noir et blanc, le photographe persévère dans sa quête d'une vision du bonheur et du merveilleux qui lui vaut de devenir un illustrateur apprécié des écrivains et d'être régulièrement exposé en France, en Angleterre, en Suède, aux États-Unis et au Japon. Celui que Jacques Prévert avait nommé « Correspondant de paix » recevra la consécration de nombreuses distinctions : le prix Octavius Hill en 1973, le grand prix du livre des Rencontres d'Arles en 1977 pour La Survivance (1976), le grand prix national de la photographie en 1984, un an avant d'avoir été fait chevalier de l'ordre des Arts et Lettres, le prix de la fondation Hasselb [...]

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PHOTOGRAPHIE (art) - Un art multiple

  • Écrit par 
  • Hervé LE GOFF, 
  • Jean-Claude LEMAGNY
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Dans le chapitre « Du reportage classique aux expressionnismes »  : […] Le reportage classique est toujours vivant. Pensons à la tradition parisienne des Brassaï et des Izis ( Paris des rêves , 1950). Même face aux idées les plus avancées, un Robert Doisneau garde sa présence, car sa bonté et son humour restent ouverts sur l'ambiguïté de la condition humaine. Au Royaume-Uni, Bert Hardy a aussi cette qualité comme l'eut le Suisse Gotthard Schuh. Aux États-Unis, Bill […] Lire la suite

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Hervé LE GOFF, « BOUBAT EDOUARD - (1923-1999) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 21 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/edouard-boubat/