SÖDERGRAN EDITH (1892-1923)

On s'accorde à dire qu'Edith Södergran fut le « Rimbaud du Nord », l'apôtre du modernisme scandinave. Cette Finno-Suédoise morte de tuberculose à trente et un ans traversa le ciel de Finlande comme un météore ; elle révolutionna, en six ans, le lyrisme nordique en cinq minces recueils : Poèmes (Dikter, 1916), Le Pays qui n'existe pas (Landet som icke är, 1920), La Lyre de septembre (September-lyran, 1918), L'Autel de roses (Rosenaltaret, 1919) et L'Ombre de l'avenir (Framtidens skugga, 1920). Ayant tout découvert comme par grâce, indépendamment de toute école mais au prix de lectures désordonnées, puis, n'ayant pu épuiser en poésie sa rage d'absolu, elle choisit finalement et simultanément de se taire et de se convertir au catholicisme.

Il en va d'elle en littérature comme de ces phénomènes après lesquels rien ne peut plus être comme avant : les poètes du Nord dans leur ensemble ont reconnu à l'envi leur dette ; elle leur a donné les clefs du nouveau royaume et P. Lagerkvist, A. Lundkvist, G. Ekelöf, H. Martinson, entre autres, l'ont avoué. Et le plus remarquable est que l'on en chercherait vainement l'explication dans une étude d'influence. Son génie est spontané, ingénument iconoclaste — il est toujours difficile de briser le carcan de la tradition, formelle surtout, dans le Nord — et superbement vainqueur.

Nulle étiquette ne la définit : romantique par définition à cause du milieu propice aux rêveries échevelées, symboliste par rencontre à mesure que son imagination visionnaire cherche des images susceptibles d'épuiser la richesse fantasque de sa fantaisie, baroque avant tout parce que le mouvement et la vie fascinaient cette condamnée à mort en sursis provisoire et que les règles de facture gênaient cette fougueuse, elle apparaît finalement, comme tant d'autres enfants de cette fin de siècle, pèlerin de l'absolu qui tente de faire dire au poème l'immense désaccord que dictait à une sensibilité exacerbée l'inadéquation navrante entre une réalité sordide et limitée et un rêve de beauté démesurée, astrale et divine. Elle a v [...]


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  • : professeur émérite (langues, littératures et civilisation scandinaves) à l'université de Paris-IV-Sorbonne

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Dans le chapitre « La littérature finlandaise d'expression suédoise »  : […] Il s'agit des œuvres qui, écrites en suédois, témoignent néanmoins d'une inspiration profondément finlandaise (à la différence de Creutz ou Franzén, qui ne relèvent que de la littérature suédoise). Trois romantiques ont contribué à l'éveil de la conscience nationale après 1827 : Johan Vilhelm Snellman fut l'organisateur fougueux du mouvement national finnois ; Johan Ludvig Runeberg (1804-1877) a […] Lire la suite

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Régis BOYER, « SÖDERGRAN EDITH - (1892-1923) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 octobre 2020. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/edith-sodergran/