PENNAC DANIEL (1944- )

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De son vrai nom Pennacchioni, Daniel Pennac naît à Casablanca en 1944. Il est fils de militaire et son enfance se passe hors de France, en Afrique et en Asie du Sud-Est. Il poursuit des études de lettres à Nice, obtient une maîtrise. Pendant six ans, il enseigne à des enfants placés sous surveillance judiciaire. Par la suite, il assurera son métier de professeur de français dans un établissement technique. En 1973, il signe un pamphlet, Le Service militaire au service de qui ? Mais surtout, il écrit de la fiction. Avec Tudor Eliard, un dissident roumain, il propose deux ouvrages dans le genre burlesque : Les Enfants de Yalta (1976) et Père Noël (1978). À son retour d'un séjour de deux ans au Brésil, il compose des livres pour les enfants qui rencontreront un vif succès auprès des instituteurs : Cabot-caboche (1982), L'Œil du loup (1983), La Vie à l'envers (1984). Il s'engage sur une voie nouvelle en décidant d'écrire pour la Série noire qui précisément fait de plus en plus appel à des auteurs français et choisit une orientation plus « littéraire ». En 1985, Daniel Pennac est l'un des quatre nouveaux auteurs de la collection : encouragé par Jean-Bernard Pouy et Patrick Raynal, il vient d'écrire Au bonheur des ogres. Le titre ouvre une série centrée autant sur le personnage de Benjamin Malaussène et sa « tribu », que sur le quartier de Belleville dans le Paris d'aujourd'hui. La lecture de René Girard a donné à Pennac l'idée d'un personnage qui serait « bouc émissaire » dans un grand magasin, chargé de recueillir les plaintes des clients pour se porter responsable, et de la sorte apaiser les conflits. Parallèlement, une intrigue policière se noue où l'on voit apparaître une bande étrange de petits vieux bricoleurs et assassins, avec, comme en contrepoint, la famille pittoresque du héros. Ajoutons-y Stojilkovicz, l'ami passionné d'échecs et Julie, la maîtresse du héros, qui travaille à Actuel. Sans oublier le chien Julius, énorme, malodorant et épileptique, fondamentalement sympathique. Le titre suivant, La Fée carabine (1987), obtient un vif succès et de nombreux prix littéraires. L'intrigue se noue autour d'un assassin, fausse vieille dame et vrai policier français d'origine sud-asiatique. La série se poursuivra avec La Petite Marchande de prose (1990) et enfin avec Monsieur Malaussène (1995), qui, s'appuyant sur des faits réels, prend pour argument le sauvetage du cinéma Le Zèbre menacé de destruction par les promoteurs. « Le Contrat », la seule nouvelle de Pennac, fait partie du recueil collectif Sous la robe erre le Noir (1989) et reprend le personnage de Malaussène. En 1997, Messieurs les enfants abandonne la tribu mais ne quitte pas pour autant le quartier de Belleville. Parallèlement à l'écriture du roman et en accord avec Pennac, le cinéaste Pierre Boutron tourne un film du même titre sans que les deux hommes se soient révélé l'ensemble de leurs projets respectifs. Pennac écrit aussi le texte de deux albums de Robert Doisneau, Les Grandes vacances et La Vie de famille. Il n'a pas renoncé à la littérature pour les enfants (Messieurs les enfants joue d'ailleurs d'une métamorphose des enfants en adultes et vice versa), et les collections littéraires à vocation éducative l'accueillent volontiers : J'aime lire (Le Grand Rex, 1986) ou Gallimard jeunesse (Kamo, l'agence Babel, L'Évasion de Kamo, Kamo et moi et Kamo, l'Idée du siècle, 1992, Bon Bain les bambins, avec Bernard Ciccolini, 2001) s'honorent de la présence de cet auteur à succès. Dans le domaine de la bande dessinée, il publie La Débauche (2000), avec des dessins de Tardi. Son roman Journal d’un corps (2012) a également fait l’objet en 2013 d’un album dessiné par Manu Larcenet.

Il y a cependant un fil conducteur à cette « polygraphie ». Tout repose sur une conception de la prose narrative aujourd'hui et le constat d'une déshérence de la lecture littéraire. L'essai Comme un roman (1990), que prolonge Chagrin d'école (2007), propose alors le bonheur d'écrire des histoires comme garant du plaisir que le lecteur aura à les lire. Nous voici à l'opposé des théories qui jalonnent l'histoire du roman depuis plus d'un demi-siècle. Pas de subjectivisme complexe, pas d'engagement ou de littérature de laboratoire, pas de réflexion sur l'écriture : on raconte, pour des « écouteurs » d'histoires, qui toujours veulent en savoir davantage sur ce qui va se passer. On comprend que le roman policier offre pour cela une structure idéale. D'où le public de Pennac : des enfants, des adolescents, des lecteurs de culture moyenne que rebutent la critique académique ou la lecture spécialisée. Comme un roman fustige la glose et revendique l'intervention anarchique du lecteur (y compris à l'école), qui a le droit de sauter des pages, de ne pas finir le livre et de relire indéfiniment les passages qu'il aime, de gambader dans l'histoire et d'en parler librement pour accroître le plaisir. Bref : la bonne formule pour le romancier, c'est de provoquer l'immersion dans l'imaginaire, dans un récit teinté d'humour, de gentil populisme et parfois d'onirisme, nettement balisé par des phrases simples. L'ouvrage évoque lointainement l'Anti-manuel de français de Claude Duneton qui, presque vingt ans avant, apportait le témoignage d'un autre professeur amoureux de littérature et atterré par la machine à détruire le goût que peut être un cours de français académique. On prend à ce compte le risque du superficiel et du démagogique ; on fait d'ailleurs l'économie d'une connaissance plus objective des publics scolaires et des démarches d'apprentissage de la lecture littéraire. Mais il reste le désir sincère et généreux de partager le bonheur littéraire. Avec des mots que n'aimerait pas Pennac, risquons l'idée qu'une narration qui accepte de renouer avec un narrataire que n'a pas façonné l'orthodoxie critique et universitaire, est peut-être le moyen de sortir d'une « crise » dans laquelle la littérature et ses lecteurs se sont enfoncés depuis longtemps.

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CHAGRIN D'ÉCOLE (D. Pennac)

  • Écrit par 
  • Véronique HOTTE
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Souvent, la naissance d'un récit trouve son origine dans la vie quotidienne. Daniel Pennac, auteur, narrateur et héros éprouvé de Chagrin d'école (Gallimard, Paris, 2007), ouvrage à forte teneur autobiographique, rapporte qu'un jour sa mère centenaire regarda à la télévision un documentaire sur l'écrivain qu'il est aujourd'hui. Or e […] Lire la suite

Pour citer l’article

Michel P. SCHMITT, « PENNAC DANIEL (1944- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/daniel-pennac/