CRÉMIEUX ISAAC MOÏSE dit ADOLPHE (1796-1880)

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Né à Nîmes dans une famille juive de négociants en soie originaires du Comtat Venaissin, Crémieux voit son père, ancien Jacobin, devenir bonapartiste sous la Restauration. Le jeune Isaac, dont le prénom a été francisé par son père en Adolphe, est brillamment reçu au barreau de Nîmes en 1817. Il acquiert très vite une grande notoriété dans la défense de ses coreligionnaires. La révolution de 1830 le voit accourir à Paris, où Odilon Barrot lui confie la charge d'avocat à la Cour de cassation. Plus libéral que républicain — il est reçu fréquemment par Louis-Philippe —, il est un actif défenseur de la presse d'opposition souvent poursuivie par le pouvoir. Il collabore même à certains journaux favorables à une royauté plus libérale, tels Le Mouvement ou La Nouvelle Minerve. En 1836, il vend sa charge à la Cour de cassation et redevient avocat privé. Après 1842 et son élection comme député à Chinon, il participe à la campagne des banquets menée par l'opposition (1847-1848). Lors de l'effondrement de la monarchie de Juillet (février 1848), il est membre du gouvernement provisoire, où il détient le ministère de la Justice. Artisan de l'abolition de la peine de mort en matière politique, il est élu à l'Assemblée constituante par les départements de la Seine et de l'Indre-et-Loire. Républicain convaincu, il soutient la candidature de Louis-Napoléon à la présidence de la République, mais revient de son erreur et, réélu en 1849 à l'Assemblée législative, il siège à gauche avec la Montagne.

Lors du coup d'État du 2 décembre 1851, Crémieux est arrêté et interné vingt-trois jours à Vincennes. Il abandonne alors toute action politique et cesse même ses activités d'avocat. En 1863, il refuse, malgré l'insistance de l'opposition, de se présenter à la députation. Cependant, la libéralisation de l'Empire et la crise politique qui se dessine l'entraînent à se présenter en 1869 : battu dans la Drôme, il est élu à Paris au corps législatif où il s'efface devant celui qui a été son secrétaire, le jeune Gambetta.

L'Empire s'effondre le 4 septembre 1870 et Crémieux, qui participe au gouvernement du général Trochu, est nommé ministre de la Justice dans le gouvernement de la Défense nationale. Il prononce l'amnistie générale pour tous les délits politiques et abolit le serment des fonctionnaires. Le 12 septembre, face à la menace prussienne, le gouvernement crée une délégation à Tours : Crémieux entre autres tente d'y organiser la défense, mais très vite rejoint par Gambetta, il se contente de le seconder. Le 24 octobre 1870, il propose et fait adopter le décret auquel on donnera son nom et qui déclare « citoyens français les israélites indigènes des départements de l'Algérie ». Signé également par Gambetta, le « décret Crémieux » provoque une guerre religieuse chez les populations musulmanes exclues de cette mesure de naturalisation collective ; le sang coule. Dénoncé comme inconstitutionnel par le commissaire civil envoyé sur place, le décret est l'objet d'une requête tendant à son abrogation, formulée par le gouverneur général de l'Algérie et adressée au gouvernement Thiers ; celui-ci ne le rapporte pas. Ce décret du 24 octobre, voté par le gouvernement de Tours, devait, sauf entre 1940 et 1943, être appliqué en Algérie jusqu'à l'indépendance de celle-ci.

N'ayant pas été élu à l'assemblée de Versailles au début de 1871, il rédige un ouvrage sur ses activités au sein du gouvernement de la Défense nationale. En octobre 1871, il est élu par le département d'Alger ; républicain, il n'en soutient pas moins le gouvernement de Thiers. Après la chute de ce dernier (mai 1873), son activité à la Chambre est dirigée contre les tentatives de restauration monarchique ; il participe à la rédaction des lois constitutionnelles de 1875. Élu cette même année sénateur inamovible, il est parmi les résistants les plus actifs à Mac-Mahon lors de la crise du 16 mai 1877. De la monarchie libérale à la république conservatrice, Crémieux est représentatif de la génération des grands bourgeois qui fondèrent la IIIe République.

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JUDAÏSME - Histoire du peuple juif

  • Écrit par 
  • Gérard NAHON
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Dans le chapitre « La deuxième émancipation (1815-1870) »  : […] L'article 16 de l'acte confédéré adopté par le Congrès de Vienne envisage l'octroi éventuel de « droits de citoyens aux adeptes de la foi juive qui, en contrepartie, devront assumer tous les devoirs de citoyens ». L'émancipation n'est pas pour autant réalisée partout ; les révolutions de 1848 la proclament mais leur répression la réduit à néant. Cependant, en Angleterre, les barrières s'opposant e […] Lire la suite

Pour citer l’article

Paul CLAUDEL, « CRÉMIEUX ISAAC MOÏSE dit ADOLPHE - (1796-1880) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/cremieux-isaac-moise-dit-adolphe/