CLAVICORDE

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Témoin le plus ancien des instruments à cordes et à clavier. L'origine du clavicorde remonte au monocorde médiéval, lui-même inspiré des théories de l'Antiquité, qui permettait d'étudier les divisions de la corde vibrante et de calculer les intervalles des échelles musicales. On situe vers le xive siècle l'apparition d'un instrument dont les cordes sont divisées, non plus par des curseurs, mais au moyen d'un mécanisme mû par un clavier. Le terme même de manicorde ou manicordion — encore employé par Marin Mersenne en 1636 — témoigne de la filiation de l'instrument, appelé en revanche clavicordium en Allemagne (Sebastian Virdung, 1511), mot dont dériveront les appellations usitées en Angleterre, en Italie et dans la péninsule Ibérique.

Le principe en est le suivant : chaque corde, qui est par elle-même une sorte de monocorde, peut être divisée une, deux ou trois fois ; la mise en vibration de la corde se combine avec la longueur vibrante choisie. Les cordes, groupées par deux, sont tendues entre deux chevalets et sont attaquées directement par une lamelle de métal ou tangente qui, placée en bout de touche, les frappe par en dessous. L'ensemble du dispositif peut être calculé selon des proportions arithmétiques.

La distance entre la tangente et les cordes étant très courte, ainsi que la course de la touche, les cordes reçoivent une attaque de faible amplitude. Le son produit, ténu quoique timbré, dépend pour sa qualité, de la manière dont il aura été produit par le musicien. Il peut en effet faire varier non seulement la nature de l'attaque des cordes, mais encore le degré de pression sur ces cordes, ce qui modifie sensiblement la hauteur de son. Tant que la tangente reste en contact avec les cordes, celles-ci vibrent et il est possible de réattaquer sans lâcher la touche. C'est dire que les ressources d'expression du clavicorde sont supérieures à ses possibilités dynamiques ; jusqu'à ce que le pianoforte s'impose, c'est le seul instrument à clavier doté de ces caractères.

Le premier traité donnant du clavicorde une description et une figure précises est celui que rédigea vers 1440 Henri Arnaut de Zwolle, médecin, astrologue et grand humaniste, semblant attiré par l'expérience pratique plus encore que par la théorie de la musique. L'instrument qu'il montre, monté de neuf paires de cordes, couvre trois octaves.

Parmi les nombreux instruments conservés, le plus ancien et l'un des plus importants est dû en 1543 à l'Italien Domenico di Pesaro (Dominicus Pisaurensis), conservé à Leipzig (Karl Marx Universität) ; il est monté de vingt-deux paires de cordes, supportées au-dessus de la table d'harmonie par trois chevalets indépendants et pourvu d'un clavier de quarante-cinq touches, soit une étendue totale de quatre octaves dont une courte octave au grave. Michael Praetorius (1619) et M. Mersenne décrivent des clavicordes de ce type. Cette disposition restera la plus courante jusqu'au milieu du xviiie siècle, sauf remplacement des chevalets séparés par un chevalet en S, collé sur la table d'harmonie.

Le clavicorde, abandonné en France et en Angleterre au xviie siècle, continue à jouir d'un grand succès en Allemagne, à cause de ses capacités expressives, pendant le xviiie siècle où se fait jour une sensibilité pré-romantique. Il est répandu également dans les pays scandinaves et dans la péninsule Ibérique. S'adaptant à l'évolution de la musique, il s'agrandit jusqu'à cinq octaves chromatiques complètes ; en effet, les facteurs allemands mettent au point un nouveau modèle dit bundfrei (non lié, en anglais unfretted), dans lequel chaque touche correspond à une paire de cordes, par opposition au modèle dit gebunden (lié, fretted). De léger et maniable, le clavicorde devient grand, lourd ; de fort beaux instruments sont construits durant cette période, notamment par les Hass (Hambourg), Christian Gottlob Hubert (Ansbach) et Johann Heinrich Silbermann (Strasbourg). Il existe également des instruments plus petits sonnant une octave au-dessus du diapason habituel.

Jean-Sébastien Bach avait une grande prédilection, qu'il a transmise à ses fils, pour le clavicorde, dont il possédait vraisemblablement un modèle à deux claviers et pédalier (un exemplaire existe au musée de Leipzig). Carl Philipp Emanuel, son fils, établit clairement dans son traité la différence de toucher entre le clavecin et le clavicorde ; c'e [...]

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Pour citer l’article

Josiane BRAN-RICCI, « CLAVICORDE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 11 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/clavicorde/