PROUVÉ CLAUDE (1929-2012)

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Né à Nancy en 1929, dans une famille d'artistes dont le nom est attaché, depuis l'Art nouveau, au prestige culturel de la capitale lorraine, Claude Prouvé exprime très tôt sa passion pour la peinture et pour l'architecture. Enfant, il se plonge dans les Cahiers d'Art, la revue de Christian Zervos à laquelle il doit, dit-il, sa « première initiation artistique, en noir et blanc ». Il lit Le Corbusier, dont il découvre les livres dans la bibliothèque de son père – le célèbre constructeur Jean Prouvé – et cette lecture le captive : « J'admirais Le Corbusier à la mesure de l'estime qu'en avait mon père, et cela fut peut-être à l'origine de mon désir de devenir architecte. » En 1948, après de solides études techniques, il entre à l'École des beaux-arts de Nancy. Dans cet établissement encore marqué par la tradition de l'Art nouveau, la section d'architecture, bien qu'indépendante, côtoie les ateliers de bois et de métal, de gravure et d'imprimerie. Claude Prouvé se familiarise avec tous ces savoirs concrets, qu'il se refuse à détacher de l'architecture. Commencées sous la direction de l'architecte nancéien Roger Mienville, ses études se poursuivent, après son service militaire (1953), auprès de professeurs tels que Paul Lamache et Michel Folliasson.

C'est en 1954, grâce à la construction de la maison de ses parents sur les hauteurs de Nancy, qu'il reçoit « sa plus belle leçon d'architecture ». Sur les indications de son père, il dessine les plans de la maison à partir d'éléments hétérogènes de structure, de couverture et de façades, selon un système constructif léger, dont le montage ne demandera que quelques semaines. Sur ce terrain en pente, presque inconstructible, la maison s'étire sur une bande terrassée en déblais et remblais, livrant à la nature alentour son incroyable économie de matière. À cette période, son père, qui vient de perdre ses ateliers de Maxéville, s'installe à Paris, où il fonde « Les constructions Jean Prouvé ». Claude le rejoint. Il restera dix-huit mois à ses côtés, participant à diverses réalisations (aménagement de la galerie Steph Simon, études de la façade du C.N.I.T., buvette d'Évian-Cachat, maison de l'abbé Pierre à Paris).

En 1957, il rentre à Nancy pour achever ses études d'architecture. Il travaille parallèlement chez Dominique Louis, l'un des meilleurs praticiens de la ville. En 1962, il entreprend un voyage en Iran pour participer aux fouilles archéologiques de Toureng Tépé, près de Gurgan. Il rejoint le site au terme d'un long périple, qui le conduit au Liban, où il visite Byblos et Baalbeck, en Iran, de Téhéran à Shiraz, puis vers le nord, à travers le Kurdistan et l'Azerbaïdjan. En 1963, il épouse Claudine André, la fille de l'architecte Jacques André, chez qui il travaille comme salarié. Il présente son diplôme en 1965 sur le thème de « l'habitat par l'industrie ». Cette étude, très fouillée sur le plan technique, sera bien accueillie par son rapporteur (Louis Arretche) et par les membres les plus novateurs du jury (Georges-Henri Pingusson, Édouard Albert). En 1966, il s'associe avec Jacques et Michel André.

Grâce à son long apprentissage (il a trente-six ans lorsqu'il obtient son diplôme), Claude Prouvé bénéficie d'une connaissance complète du métier d'architecte, de l'esquisse au chantier. En 1967, il réalise avec son père le palais des Expositions de Grenoble (hall de 24 000 m2 avec portées de 36 mètres, porte-à-faux périphérique de 18 mètres, et façades suspendues). Sa maîtrise de constructeur transparaît dans le tri postal de Nancy (1970-1972). Situé à proximité de la gare, au milieu d'un vaste territoire constitué, d'un côté, par les voies ferrées, de l'autre, par un centre commercial, l'édifice établit un subtil équilibre entre l'urbanité élégante d'un immeuble de bureaux et la puissance primitive d'un bâtiment industriel. Il accède à cette identité complexe par le seul jeu des réponses fonctionnelles et techniques à un programme bien formulé. La parcelle, trop exiguë pour permettre un déploiement horizontal des opérations de tri, fut entièrement utilisée. D'où la réalisation d'un bâtiment de quatre niveaux, conçus comme autant de plateaux libres (24 m × 72 m), séparés d'une hauteur de 6 mètres, afin de loger aisément les machines. Ces plateaux, construits sur une ossature béton à larges travées (9 m × 12 m) peuven [...]

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Écrit par :

  • : architecte, professeur à l'École nationale supérieure d'architecture de Nancy, chercheur au Laboratoire d'histoire de l'architecture contemporaine

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Pour citer l’article

Joseph ABRAM, « PROUVÉ CLAUDE - (1929-2012) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 07 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/claude-prouve/