MALRAUX CLARA (1898-1982)

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Clara Goldschmidt, née en 1898 dans une famille de la bourgeoisie juive de Magdebourg établie à Paris, reçoit une éducation bourgeoise mais peu conventionnelle : à vingt-deux ans, elle rencontre, au local de la revue anarchisante Action, un jeune homme aux yeux et aux idées flottants pour lequel, écrira-t-elle dans Le Bruit de nos pas : « J'abandonnerai tout, comme les Évangiles l'exigent de ceux qui aiment : tu quitteras ton père et ta mère... » Le jeune homme, qui s'appelle André Malraux, déclare très vite à la jeune fille : « Je ne connais qu'une personne qui soit aussi intelligente que vous : Max Jacob ». Moyennant quoi, quelques semaines plus tard, il l'enlève et l'emmène à Florence. On se marie, en se jurant de divorcer très vite...

Au cours de leurs pérégrinations dans la bohème esthétique parisienne (Max Jacob, Ivan Goll, André Salmon, Pascal Pia, Florent Fels, Daniel-Henry Kahnweiler), ils rencontrent un érudit nommé André Salmony qui leur parle avec enthousiasme de l'art khmer laissé, selon lui, à l'abandon. Et les voilà au Cambodge, en 1924, où ils mettent bien la main, à Angkor, sur des merveilles, mais où leur « mission », éventée par les conservateurs officiels et les autorités, vaut à André de passer en jugement, d'écoper de trois ans de prison qui, en appel, seront assortis du sursis grâce aux démarches faites à Paris par Clara. Mais ils ont « mordu » à l'Indochine où ils passent deux ans, créant un journal d'opposition, L'Indochine enchaînée, et se liant avec les nationalistes « annamites ». Malraux en rapporte la matière de La Voie royale (1930), sinon celle des Conquérants (1928).

Ce premier roman lui donne la notoriété. Il entre chez Gallimard, où le couple Clara-André s'affirme comme une double « tête chercheuse » des littératures étrangères — allemande, russe, américaine. Ils se lient d'amitié avec Gide et Valéry, avec Emmanuel Berl et Bernard Grothuysen. Et, en 1933, La Condition humaine (qui reçoit le prix Goncourt) fait d'André Malraux l'écrivain le plus fameux de sa génération.

Clara qui, du voyage en Chine de 1931 aux recherches sur l'art de l'Asie, n'a jamais cessé d'être partie prenante à cette création est associée à cette gloire et contribue à la mettre au service des causes révolutionnaires : André devient coprésident, avec Gide, de l'A.E.A.R. (Association des écrivains et artistes révolutionnaires), milite pour la libération des leaders communistes Thaelmann et Dimitrov, devient le « compagnon de route » type.

Quand éclate la guerre civile espagnole, Clara part avec André pour Madrid : il faut à tout prix sauver la république. Les contradictions déjà apparues entre eux — André Malraux a choisi Moscou, tablant sur l'efficacité stalinienne dans la lutte contre le fascisme, quand Clara est de cœur et d'esprit avec Trotski, donc, au sud des Pyrénées, avec le P.O.U.M., Parti ouvrier d'unification marxiste — s'aggravent sur le terrain. Elles trouveront leur justification esthétique, Clara réussissant à nuancer le message de L'Espoir, grâce à elle moins marqué par les mots d'ordre de la IIIe Internationale et plus ouvert aux thèmes de l'anarcho-syndicalisme.

Pour créatifs qu'ils aient pu être, ces désaccords ont un écho dans leur vie privée : André Malraux vit maintenant avec Josette Clotys, journaliste qu'il a connue à la N.R.F., et Clara élève à peu près seule leur fille Florence, née à l'époque du prix Goncourt. Quand éclate la guerre, Malraux, un temps prisonnier, met le cap sur la côte d'Azur (avant de rejoindre les maquis de Corrèze) tandis que Clara, à Toulouse, entre très tôt dans le réseau de résistance de Jean Cassou : ce qui lui permettra de parler — non sans ironie — du « maquisard Malraux », militant plus tardif qu'elle dans la lutte contre l'occupant.

La France libérée, leur divorce prononcé, Clara entame une vie pleinement autonome, dominée par sa fidélité à la gauche, sa sympathie très active pour l'État d'Israël et son métier d'écrivain. En six volumes vivants, colorés, où jamais l'amertume ne prend la forme de représailles, elle écrit ses Mémoires (Le Bruit de nos pas, 1963-1979) qui constituent un document irremplaçable sur plus d'un demi-siècle de vie politico-littéraire en France, de 1920 à 1980.

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MALRAUX ANDRÉ - (repères chronologiques)

  • Écrit par 
  • Florence BRAUNSTEIN
  •  • 483 mots

3 novembre 1901 Naissance à Paris. 1914-1918 Première Guerre mondiale. 1919 Début du mouvement Dada. 1921 Parution du premier livre d'André Malraux, Lunes en papier . Le 21 octobre, il se marie avec Clara Goldschmidt. 1923 Avec Clara Malraux et Louis Chevasson, il part pour le Cambodge. Accusés d'avoir dérobé des statues dans un temple khmer, ils sont arrêtés. Malraux sera condamné à trois an […] Lire la suite

Pour citer l’article

Jean LACOUTURE, « MALRAUX CLARA - (1898-1982) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 février 2023. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/clara-malraux/