ALEGRÍA CIRO (1909-1967)

Grand propriétaire terrien dans les Andes péruviennes, Ciro Alegría a bien connu, dès sa prime enfance, les milieux indigènes et paysans qu'il devait présenter plus tard dans son œuvre. Entre-temps, ses activités subversives en faveur de la réforme universitaire et du parti révolutionnaire de l'A.P.R.A. lui valent deux ans de prison, puis, quand il a à peine vingt-cinq ans, une interdiction de séjour qui se traduit, en fait, par un exil de vingt-cinq ans (au Chili, puis aux États-Unis, à Porto Rico et à Cuba). Il ne rentre au Pérou qu'en 1957 (sous un gouvernement plus libéral), mais c'est à l'étranger qu'a été produit l'essentiel de son œuvre, notamment, en 1941, son grand ouvrage Vaste est le monde (El Mundo es vasto y ajeno, 1960), qui, honoré d'un prix littéraire panaméricain, marque le début de sa réputation internationale.

Son premier roman Le Serpent d'or (La Serpiente de oro, 1941) évoque la misère des paysans de la vallée tropicale du Marañon et les crues meurtrières du grand fleuve. Sur quoi l'auteur brode l'aventure et l'échec d'un jeune ingénieur plein d'illusions sur les possibilités de mettre en valeur une terre hostile. Dans Les Chiens faméliques (Los Perros hambrientos, 1941), l'ennemi, c'est la sécheresse, dont on voit le danger poindre, grandir, puis se déchaîner, au fil de poignantes histoires où le destin des hommes est fraternellement associé, puis opposé par le fléau à celui des bêtes. C'est un vrai petit chef-d'œuvre de psychologie animale.

La réussite artistique est moins évidente mais la substance plus riche dans Vaste est le monde. Cette grande fresque présente l'histoire d'une communauté d'Indiens dispersée, malgré une résistance héroïque, par la rapacité d'un capitaliste qui s'approprie leurs terres pour en exploiter le sous-sol. De la masse résignée émergent quelques hautes figures comme celles de ce meneur qui appelle à la révolte, du vieil alcade, stoïquement désabusé, ou encore celle d'un bandit, moins bandit que les personnages dont un gouvernement immoral couvre les exactions.

Alegría s'inscrit dans la lignée de l'indigénisme militant. Il n'a certes pas négligé les ressources du folklore et des notations colorées ; mais son pittoresque, rarement gratuit, impose la conviction d'une expérience intensément vécue.

—  Michel BERVEILLER

Écrit par :

  • : maître de conférences à la faculté des lettres et sciences humaines d'Amiens

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Dans le chapitre « Le roman et le triomphe de l'indigénisme »  : […] Le fait le plus marquant de la même période, c'est l'importance croissante prise par la littérature romanesque, et notamment l'essor du roman social et indigéniste. De plus en plus rares sont les romanciers uniquement soucieux de faire œuvre d'art. À cette catégorie appartiennent encore Enrique Larreta (Argentine), auteur de La Gloria de Don Ramiro (1908), remarquable roman historique évoquant la […] Lire la suite

Pour citer l’article

Michel BERVEILLER, « ALEGRÍA CIRO - (1909-1967) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 24 mars 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/ciro-alegria/