WIELAND CHRISTOPH MARTIN (1733-1813)

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Rares sont les œuvres de Wieland qui, après deux siècles, retiennent encore des lecteurs, bien qu'il ait été, durant tout le xixe siècle, un auteur classique dans les pays de langue allemande. Il a beaucoup écrit et il a tenu tant de place dans l'Allemagne de son temps que Mme de Staël le comparait à Voltaire pour sa prose, à l'Arioste pour sa poésie. Ce fut un auteur engagé, publiciste fécond et généreux, qui dirigea une bonne revue, sans doute la plus vivante de son temps, et composa le premier roman moderne en langue allemande, Agathon. Poète, et même au premier chef, il a laissé au moins une œuvre d'envergure, Obéron. Il a contribué, plus que tout autre, à élargir les horizons de la littérature allemande du temps : excellent connaisseur de la Grèce, où il a situé la plupart de ses récits, passionné de lectures anglaises et traducteur de Shakespeare, amateur d'esprit français, conteur à la mode de Voltaire, il est le premier des écrivains « rococo ». Mais il a eu aussi une jeunesse piétiste et sentimentale, une période de mutation rationaliste, puis il a développé une philosophie harmonieuse, tolérante et humaniste, à Weimar, dont il fut l'initiateur avant Goethe qu'il y reçut en 1775, bien avant que la ville fût devenue « l'Athènes du Nord ».

Victoire de la nature sur l'exaltation mystique

Né à Oberholzheim (Souabe), Christoph Martin Wieland était fils d'un pasteur protestant. Il avait reçu, avec une éducation austère, une très bonne formation dans les langues anciennes et connaissait assez l'Antiquité grecque pour y situer un grand nombre de ses œuvres d'imagination. Il avait commencé par des écrits piétistes, durant le long séjour qu'il fit à Zurich à partir de 1752, fréquentant le poète J. J. Bodmer, qui fut son guide, lisant Milton, Richardson et, après eux, Shakespeare.

Après les milieux piétistes, il connut, à son retour en Souabe, en 1760, une société bien plus aristocratique, cosmopolite et volontiers libertine par le comte Stadion, qui vivait près de Biberach. Petite cité souabe, qui jouissait des privilèges d'une ville d'Empire, Biberach offrait, dans son cadre réduit, assez d'indépendance. Wieland fut nommé directeur de la chancellerie, fonction qui le mettait en rapport avec l'électeur de Mayence et des horizons intellectuels plus vastes. Lorsqu'il publia en 1765 ses Contes comiques (Komische Erzählungen), il marquait son début dans le style vif, la coquetterie, le badinage dans le goût « rococo » et le ton français qui devait lui gagner un large public.

S'il était ainsi revenu de l'ascétisme piétiste pour se plaire à la vie de société, il le devait principalement à la lecture de Shaftesbury, que Diderot avait fait connaître en France à partir de 1740 et qui était traduit en allemand dans le même temps. Platonicien et humaniste, Shaftesbury défendait l'idée d'une vie harmonieuse et cultivée, du corps et de l'âme, l'idéal étant pour lui la « beauté morale » d'un être qui sait tempérer et ennoblir ses passions plutôt que de vouloir les réduire. Le premier roman de Wieland, élève de Shaftesbury (Don Sylvio de Rosalva, 1768), porte en sous-titre : Victoire de la nature sur l'exaltation mystique.

Peu après, Wieland donnait Agathon (Geschichte des Agathon, 1767), le roman où il raconte, dans un cadre grec, la formation intellectuelle et morale d'un jeune homme. Ce n'est plus la relation des aventures, qui faisaient jusqu'alors la vie des héros de roman, car l'accent y est mis sur l'analyse des sentiments, l'étude des situations, le sens des expériences, dans la vie privée et publique du héros. Il s'agit d'un homme spirituel, qui va volontiers à la découverte, qui montre un sens du bonheur en même temps que de la justice. C'est un précurseur du Wilhelm Meister de Goethe, et on y voit aussi apparaître la notion de « belle âme », chère à Wieland comme plus tard à Schiller et à Goethe.

L'un et l'autre ont été accueillis à Weimar par Wieland qui y était, depuis 1772, précepteur du jeune duc héritier Charles-Auguste. C'est la duchesse mère Amélie qui l'avait choisi. De 1773 à 1810, Wieland dirigea le Teutscher Merkur (Mercure allemand). Il y disait très librement son opinion sur les livres et les événements, en s'efforçant toujours d'aider à la formation du goût et de l'esprit ; il fut, par excellence, un publiciste pédagogue et un « philosophe populaire », mettant à la portée de son public les discussions religieuses, morales et métaphysiques. Son attitude y était celle d'un « ami des hommes » dont l'esprit critique e [...]

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Pierre GRAPPIN, « WIELAND CHRISTOPH MARTIN - (1733-1813) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/christoph-martin-wieland/