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BROSSES CHARLES DE (1709-1777)

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Toute sa carrière de magistrat épicurien, et par conséquent courageux, inflexible sur l'honneur professionnel, Charles de Brosses la fit au parlement de Dijon, sa ville natale : fils de magistrat, il fut donc, dès vingt et un ans, conseiller ; puis président à trente-deux, pour finir sous le mortier d'un premier président (qu'il coiffa en 1765), non sans avoir obtenu entre-temps les honneurs de deux bannissements, que lui valurent ses frondes parlementaires. On lui doit en effet de Nouvelles Remontrances du parlement de Bourgogne au roi : il prenait au sérieux, même au grave, ses fonctions de in suprema Burgundiae Curia praeses.

Un érudit fort libertin

Charles de Brosses eut deux épouses, divers enfants et des femmes. Rien là que de très ordinaire. Peu ordinaire, toutefois, son courage ; qu'il faut qualifier de civique : on n'écrit pas en vain sur la République romaine. Nulle puissance ne lui faisait peur ; ni son roi ni le pape de Rome ; ni même la Compagnie des Indes, dont il dénonça les trafics honnêtement colonialistes (ne vendait-elle point, en toute bonne conscience, sous l'étiquette de « café d'Arabie », déjà prestigieuse, « un médiocre café » qui ne venait que des Îles ?) ; ni même le roi des rois, le patriarche de Ferney, ce Voltaire à qui l'opposa une histoire de gros sous, de troncs d'arbres, sur laquelle il ne transigea point (n'avait-il pas pour soi le droit ?), ce qui lui valut de n'entrer point à l'Académie française d'où Voltaire le tint exilé ; mais on l'accueillit à celle des Inscriptions, pour laquelle une insigne érudition l'avait longuement préparé.

Plusieurs personnes savent qu'il publia en 1756 une Histoire des navigations aux terres australes, quatre ans plus tard une Dissertation sur le culte des dieux fétiches, dont Benjamin Constant ne dédaigna pas de s'inspirer dans son histoire des religions, un ouvrage sur Herculanum, alors en vogue, et même, l'année de sa mort, un essai sur la « formation mécanique des langues », ce qui fait de lui un émule de Court de Gébelin dont l'Histoire naturelle de la parole, ou Précis de l'origine du langage et de la grammaire universelle sortait des presses un an plus tôt, en 1776.

Quand il mourut, on savait que disparaissait un ennemi de Voltaire, un ami de Buffon, un familier de Hume, Algarotti, Bonnet, Bernoulli, Diderot, Montesquieu, Rameau, un savant versé dans les langues classiques et modernes, mais qui n'écrivait pas trop bien. Périssables par leur nature même, les ouvrages d'érudition deviennent plus fragiles encore quand ils se distinguent par un style délibérément négligé. À Buffon, qui lui en reprochait la confusion, voire l'incorrection, de Brosses répliquait qu'il avait « trop de choses à apprendre pour perdre son temps à polir des phrases ».

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Écrit par

  • : ancien élève de l'École normale supérieure, professeur honoraire à l'université de Paris-IV

Classification

Pour citer cet article

ETIEMBLE. BROSSES CHARLES DE (1709-1777) [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

Article mis en ligne le et modifié le 14/03/2009

Autres références

  • PACIFIQUE HISTOIRE DE L'OCÉAN

    • Écrit par
    • 7 286 mots
    • 20 médias
    ...géographique comme bien d'autres. Le meilleur exemple français de cet appétit de savoir est certainement l'ouvrage du président du Parlement de Dijon, Charles de Brosses, Histoire des navigations aux Terres australes (1756), un bilan des connaissances sur le Pacifique à la veille des premiers grands voyages...