ANGIVILLER CHARLES CLAUDE DE LA BILLARDERIE comte d' (1730-1809)

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La faveur de Louis XVI vaut à d'Angiviller de remplacer, en 1774, le marquis de Marigny comme surintendant des bâtiments du roi. Ses idées sont plus personnelles que celles de son prédécesseur, mais il reconnaît la valeur de l'œuvre accomplie par lui grâce aux sages conseils dont il a su s'entourer ; d'Angiviller cherche à continuer cette action malgré « la dureté du temps » dont il se plaint et le manque d'intérêt réel de Louis XVI pour les arts. Il se préoccupe notamment d'urbanisme, fait naître à Versailles le quartier de Clagny (ordonné en îlots réguliers autour de deux artères principales, le boulevard du Roi et le boulevard de la Reine), fait aboutir les projets de Peyre et de De Wailly pour le Théâtre-Français (l'actuel Odéon) en y associant une rénovation des immeubles avoisinants, et poursuit jusqu'en 1785 la construction des salines de Chaux. D'Angiviller tente de remettre à l'honneur la « grande peinture », en incitant les artistes à choisir leurs sujets dans l'Antiquité ou dans l'histoire nationale, optique qui répond d'ailleurs aux aspirations du néo-classicisme et qui contribue à orienter David. Les résultats sont moins heureux aux Gobelins dont les dernières créations sous l'Ancien Régime seront, par la volonté du surintendant, l'Histoire d'Henri IV, d'après Vincent (1783-1787) et l'Histoire de France (1784-1787), faibles transpositions de médiocres tableaux de chevalet sur des sujets tels que La Continence de Bayard ou Le Président Molé saisi par les factieux. L'action de d'Angiviller est par contre bénéfique à Sèvres : il fait rattacher la manufacture à sa direction, veille à maintenir une production de haute qualité, assure d'importantes commandes, y fait déposer, en 1786, les vases étrusques achetés par le roi à Vivant Denon pour que les artistes puissent s'en inspirer. Grand admirateur de Jean-Jacques Rousseau, d'Angiviller adopte le culte que celui-ci, féru de Plutarque, voue aux grands hommes : entre 1776 et 1789, la surintendance commande aux sculpteurs les plus en vue des statues des Français illustres. Les résultats sont inégaux : on peut citer parmi les meilleures sculptures le La Fontaine, plein de finesse, de Julien, le fougueux Molière de Caffieri, le Montesquieu de Clodion, le Tourville de Houdon.

Ces statues sont destinées à la galerie du Louvre et se rattachent ainsi à l'œuvre la plus remarquable du comte d'Angiviller, la création du muséum royal des Arts. Reprenant l'idée émise en 1747 par Lafont de Saint-Yenne, qui propose d'ouvrir au public les collections royales, il en conçoit l'aménagement selon des principes didactiques (exposés dans L'Encyclopédie à l'article « Louvre »), fait établir pour l'installation de la grande galerie les projets qui, pour l'essentiel, seront réalisés sous l'Empire et s'attache surtout à compléter méthodiquement les « fonds » existants : Le Sueur, Le Nain, Subleyras pour l'école française, Murillo (Le Mendiant) pour les Espagnols. Mais c'est l'école hollandaise qui fait l'objet des acquisitions les plus considérables avec Rembrandt (Vénus et l'Amour, Les Pèlerins d'Emmaüs, Le Philosophe en méditation), Potter, Cuyp, Metsu, Berchem, Dou, Weenix, Van der Heyden, etc. Cet enrichissement, effectué avec un goût très sûr, suffirait à attester le discernement et la diligence du dernier directeur des Bâtiments du roi.

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Marie-Geneviève de LA COSTE-MESSELIÈRE, « ANGIVILLER CHARLES CLAUDE DE LA BILLARDERIE comte d' (1730-1809) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 15 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/charles-claude-de-angiviller/