CHANGCHUN [TCH'ANG-TCH'OUEN] ou QIU CHUJI (1148-1227)

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Patriarche taoïste de l'école Quanzhen, maître Changchun (« printemps éternel »), dont le nom laïque est Qiu Chuji, devient taoïste en 1166. L'année suivante, il rencontre maître Wang Zhi, dont il devient le septième et le dernier disciple. Dix ans après, il se retire dans les montagnes de Longmen au Shǎnxi, d'où la coutume d'appeler l'école Quanzhen, après maître Changchun, secte de Longmen (Longmenpai). En 1188, il est appelé à la cour des Jin (1115-1234). En Asie centrale, les Mongols établissent leur hégémonie et s'apprêtent à envahir la Chine. Gengis khān (vers 1167-1227) envoie, en 1219, une délégation spéciale pour inviter le Maître à venir le rejoindre. Le voyage du Maître jusqu'aux confins de l'Inde et la fin de sa vie en Chine sont décrits dans un ouvrage intitulé : La Pérégrination en Occident de saint Changchun (Changchun zhenren xiyoulu) dû à son disciple Li Zhichang et publié en 1228. Changchun atteint le campement du grand khān en 1222. Ce dernier le reçoit par ces mots : « Quelle drogue d'immortalité m'apportez-vous ? » Changchun répond : « Je connais des moyens pour protéger la vie, mais pas d'élixir qui puisse la prolonger [au-delà des limites fixées par le Destin]. » Gengis khān respecte cette franchise. Il a plusieurs entretiens avec le Maître. Ce dernier lui enseigne les éléments de la cosmologie chinoise, puis les rudiments de l'hygiène sexuelle. Par ce biais, il introduit la nécessité de pureté et d'abstention en toutes choses et il en profite pour tâcher d'amener le grand khān à adopter une attitude pacifique envers le peuple chinois. Gengis khān paraît avoir beaucoup apprécié les leçons de Changchun et, quand le Maître repart pour la Chine, au printemps de l'année suivante, il le nomme chef des religieux de la Chine entière, par anticipation sur sa conquête.

Le retour du Maître en Chine est triomphal. Le taoïsme est à l'ordre du jour et nombreux sont les gens qui se rallient à l'école Quanzhen. Les lettres que le khān adresse au Maître et qui sont extrêmement élogieuses sont gravées sur des stèles en différents endroits de l'Empire. L'ascendance du taoïsme est encore renforcée après la conquête définitive de la Chine du Nord par les Mongols. Les taoïstes profitent de cette situation pour mener une vigoureuse propagande antibouddhique et même confisquer des monastères appartenant à la religion rivale. La situation se retourne contre eux quand le successeur de Gengis, Guyuk, nomme un moine chan comme chef religieux. Ce dernier est remplacé par un lama tibétain, en 1252. Les plaintes répétées des bouddhistes trouvent maintenant une audience favorable. Après plusieurs mises en demeure et des explications publiques entre taoïstes et bouddhistes, les premiers sont déchus de leur place prééminente. C'est Kubilaï, le futur empereur de Chine, qui organise, en 1258, un grand débat entre bouddhistes, confucéens et taoïstes. Les derniers sont déclarés perdants. Une série de mesures est prise contre eux et aboutit à la grande proscription de 1281 où tous les livres taoïstes, à l'exception du Daode jing sont interdits et brûlés. Le coup porté est très sévère, et jamais le taoïsme ne retrouvera la gloire d'antan. Ainsi, la politique de maître Changchun a été, en fin de compte, néfaste pour le taoïsme.

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  • : directeur d'études à l'École pratique des hautes études (Ve section, sciences religieuses)

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  • Écrit par 
  • Brigitte de BEER
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Pour citer l’article

Kristofer SCHIPPER, « CHANGCHUN [TCH'ANG-TCH'OUEN] ou QIU CHUJI (1148-1227) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/changchun-qiu-chuji/