QUANZHEN [TS'IUAN-TCHEN]

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Secte taoïste dont le nom, traduit littéralement, signifie « Perfection totale ». Le Quanzhen fut fondé par maître Wang Zhi (1112-1170), dont l'excentricité dans l'ascèse et la pratique religieuse le fit surnommer Wang le Fou. Officier militaire, il rencontre en 1159 dans les montagnes Zhongnan (près de Xi'an) deux Immortels, dont Lü Tongbin, qui lui révèlent la doctrine de la Perfection totale. Il va ensuite s'enfermer pendant deux ans dans une sépulture creusée à trois mètres sous terre ; appelé par les dieux à répandre la doctrine, il en sort et construit une cabane où il reste en méditation solitaire jusqu'au jour où, en 1167, il met le feu à sa demeure et se met à danser sur les cendres. Il se rend ensuite au Shandong, dans un endroit appelé Ninghaizhou, où il s'établit dans la maison d'un certain Ma Danyang, le premier de ses sept disciples. Il commence son enseignement et, la même année, trouve ses autres disciples, dont le dernier, Changchun, sera son successeur. Après avoir enseigné pendant trois ans, il meurt en confiant à ses disciples la mission de propager sa doctrine. Cette dernière préconise un syncrétisme entre les trois religions de la Chine : confucianisme, bouddhisme et taoïsme, représentées respectivement par le Zhong Yong et le Xiao jing pour les confucéens, par le Sūtra du cœur de Prajña pour les bouddhistes, par le Daode jing pour les taoïstes. Pour la pratique religieuse, Wang établit une communauté monastique, donnant lui-même l'exemple d'une ascèse très rigoureuse.

On a pu détecter dans son enseignement des éléments chan et même manichéens. À vrai dire, le Quanzhen n'a jamais eu une doctrine bien définie. Les raisons de son grand succès résident plutôt dans son syncrétisme, d'ailleurs typiquement taoïste, et dans son ascèse spectaculaire, par lesquels ce mouvement séduisit les classes lettrées de la Chine du Nord, alors occupée par les Tartares (dynastie des Jin, 1115-1234).

Certains auteurs ont vu dans cette popularité un mouvement nationaliste chinois occulte, mais cela reste incertain. Le fait que le Quanzhen ait joué un si grand rôle et que tant de matériaux aient été conservés sur son histoire tient plutôt à la carrière prestigieuse de son patriarche, Changchun (Qiu Chuji). À l'époque moderne, le Quanzhen, Église monastique, est souvent appelé l'école du Nord, par opposition à l'Église des Maîtres Célestes, nommée alors école du Sud.

—  Kristofer SCHIPPER

Écrit par :

  • : directeur d'études à l'École pratique des hautes études (Ve section, sciences religieuses)

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Pour citer l’article

Kristofer SCHIPPER, « QUANZHEN [TS'IUAN-TCHEN] », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 07 octobre 2018. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/quanzhen-ts-iuan-tchen/