CRUZ CELIA (1924-2003)

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La salsa est la version new-yorkaise, très cuivrée, imprégnée de jazz, du son (prononcer « sone ») cubain, lui-même né de la rencontre entre le tambour des esclaves noirs et la guitare des colons européens. Celia Cruz, morte le 16 juillet 2003, à Fort Lee, dans le New Jersey, fut la reine incontestée du genre. Son timbre grave, sa voix puissante et son chant énergique sont emblématiques de cette « sauce » qui fera le tour du monde dans les années 1970, malgré les assauts conquérants du rock'n'roll.

Des hurlements de joie accompagnaient chacune des flamboyantes envolées vocales de la chanteuse, qui aguichait son public par ses jeux de hanches suggestifs et l'attrapait vertement lorsqu'il était trop passif. Avec ses chignons en pièce montée et ses extravagantes robes pailletées au décolleté plongeant, l'enfant née et grandie au cœur du barrio Santos Suarez, quartier pauvre de La Havane, prenait une sorte de revanche sur la pauvreté.

Née le 21 octobre 1924 (date cependant sujette à caution) à Cuba, d'un père cheminot et d'une mère employée de maison, Celia Cruz rêvait de devenir institutrice. De berceuses pour endormir ses petits frères en chansons fredonnées lors des fêtes scolaires, de bals de quartier en radio-crochets, le destin en décida autrement et, un jour de 1950, elle fut conviée à remplacer la chanteuse de La Sonora Matancera, l'un des plus fameux orchestres cubains.

Le groupe lui fera faire le tour de l'Amérique latine et la mènera aux États-Unis : « Le premier soir à New York, cinq mille personnes étaient venues pour une salle de trois mille places. Les gens étaient tellement énervés que la police et les ambulances ont dû intervenir. L'événement a alors fait la première page du Daily News, qui a titré « Grande bataille pour une chanteuse cubaine ». Autant vous dire que ma carrière a démarré en trombe ! »

Pedro Knight, qu'elle épousera en 1962, était alors le trompettiste de La Sonora Matancera. Ensemble, en 1960, ils décideront de s'installer aux États-Unis : Fidel Castro en concevra une rancune si tenace qu'il empêchera la chanteuse de rentrer à Cuba, même lorsque celle-ci voudra accompagner sa mère à sa dernière demeure.

Après avoir passé quinze ans avec La Sonora Matancera, celle qui ponctuait tous ses concerts de son cri de ralliement « Azucar ! » (littéralement : « Sucre ! ») s'associera sept années durant, de 1966 à 1972, à l'orchestre du célèbre joueur de timbales Tito Puente. Elle sera une des rares voix féminines du Fania All-Stars, grand orchestre à géométrie variable réunissant des têtes d'affiche de la salsa autour du flûtiste Johnny Pacheco. Elle y chantera avec Willie Colón, Ray Barretto, Hector Lavoe... « Tous ces musiciens m'aiment et me respectent. Certains chanteurs, comme Cheo Feliciano, Ismael Miranda ou Rubén Blades, ont accepté de jouer les choristes pour moi, alors qu'ils ne l'ont jamais fait pour personne d'autre. Même Plácido Domingo a chanté à mes côtés... »

Le groupe du flûtiste américano-dominicain Jose Alberto « El Canario », dirigé par son mari Pedro Knight, l'accompagnera lors de ses tournées dans le monde, des années 1990 jusqu'à sa disparition en 2003. Mais cette chanteuse généreuse qui a enregistré plus de soixante-dix albums (très inégaux) et joué dans plusieurs films – parmi lesquels The Mambo Kings (1992) et The Perez Family (1995) –, a aussi conquis les dancefloors, habituellement voués aux musiques électroniques, grâce à des « remixes » réalisés par l'Américain David Byrne ou le groupe argentin Los Fabulosos Cadillacs.

Malgré ces signes de reconnaissance venus d'autres horizons musicaux, la carrière de Celia Cruz fut essentiellement dédiée à la salsa pura – la salsa classique, cuivrée et swinguante, des années 1970 –, qui sera par la suite détrônée par la salsa romantica (doucereuse) et la salsa dura (énergique).

Couronnée par cinq Grammy Awards, l'enfant du barrio de La Havane aura aussi la satisfaction de recevoir des mains de Bill Clinton la Médaille nationale des arts, la plus haute distinction américaine en ce domaine. Son seul regret sera de ne pas avoir revu son île natale, mais elle refusera jusqu'à ses derniers jours d'être associée aux Cubains de l'intérieur, auxquels elle ne pardonna jamais d'avoir pactisé avec le Líder máximo.

Dans son abondante discographie, on retiendra : Azucar Negra, avec la chanteuse Gloria Estefan en invitée (1 CD Sound Service-Bellaphon, 1993) ; Siempre Viviré, où elle reprend en espagnol l'hymne féministe I Will Survive (Yo Vivre) ainsi que l'entraînant standard de la salsa Oye Como Va (1 CD Epic-Sony, 2000) ; avec le Fania All-Stars, Viva la Salsa (coffret de 3 CD Sonodisc-Next Music, 1995).

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Éliane AZOULAY, « CRUZ CELIA - (1924-2003) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 27 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/celia-cruz/