BLANC FRANÇOIS (1806-1877) & LOUIS (1806-1854)

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Si François et Louis Blanc ne figurent pas dans les répertoires biographiques français, c'est sans doute parce que leur empire financier s'est constitué dans l'exploitation des jeux de hasard, d'abord à Bad-Hombourg (Allemagne), ensuite et surtout à Monaco. On peut dire de François Blanc qu'il est l'« inventeur » de Monte-Carlo.

François et Louis Blanc, frères jumeaux, sont nés à Courthézon (Vaucluse) en 1806, au sein d'une famille modeste. Vite décidés à gagner leur vie, ils s'installent à Bordeaux comme agents de change en 1834. Là, leur intelligence et leur sens aigu de la communication vont assurer leur réussite. Ils ont l'idée d'utiliser les ressources, alors réservées à la seule administration, du télégraphe Chappe. Renseignés ainsi avant tout le monde, ils amassèrent une fortune confortable, qu'une condamnation pour corruption de fonctionnaire, en 1836, n'entama guère. Arrivés à Paris en 1837, les deux frères assistent à la fermeture des maisons de jeux, dont ils découvrent les énormes profits, et entreprennent d'en ouvrir une à Luxembourg.

C'est là, en 1838, qu'ils font la connaissance du commandant de la garnison prussienne chargée de garder la ville. Celui-ci n'est autre que le landgrave de Hesse-Hombourg, un de ces minuscules États allemands, loin de tout et sans revenu, que son prince cherchait à développer. L'exemple des grandes stations thermales des bords du Rhin – Wiesbaden, Ems, Baden-Baden... – montrait la voie : un établissement de jeux pouvait apporter la prospérité. C'est avec le landgrave Philipp, successeur de son frère en 1839, que les Blanc signèrent en juillet 1840 le contrat qui allait les lier à la principauté pendant trente ans. L'exploitation des jeux leur était confiée, à deux conditions : construire un « Kurhaus » et verser une redevance annuelle.

L'entregent, le talent indiscutable de François pour la communication au sens le plus moderne, le goût du risque financier firent vite merveille. La pauvre petite capitale, transformée en pimpante station thermale sous le nom de Bad-Hombourg, vit affluer les joueurs les plus célèbres, d'autant plus que, dans un calcul savant, François Blanc avait imaginé de réduire l'avantage de la « banque » en supprimant un des deux zéros de la roulette. Cela se sut, et le gotha international des joueurs importants, anciens habitués des salons parisiens désormais fermés et des maisons concurrentes qui n'offraient pas tant, firent de Hombourg la station la plus courue et la plus huppée du milieu au xixe siècle. C'est le Roulettenbourg de Dostoïevski.

Après la mort de sa première épouse, puis celle de son frère Louis en 1854, François Blanc, resté seul aux commandes de la Société anonyme des fermes réunies du Kurhaus et des sources minérales à Homburg-ès-Monts, eut à essuyer les inévitables brûlots antijeux venus d'horizons d'autant plus variés qu'il plaçait partout des publicités vantant les charmes de la station et savait utiliser, bien avant tout le monde, les ressources de la « relation presse », payant journalistes et publicistes pour répandre une image idyllique. Malgré tout, la concession devait s'achever en 1871, et le nouveau landgrave n'était pas des mieux disposés. Déjà, en 1849, l'éphémère Diète de Francfort avait tenté de fermer les maisons de jeux. Le bail dut être réaménagé en 1862.

Au même moment, François Blanc avait rencontré un autre dynaste providentiel : le prince de Monaco. Florestan Ier, qui régnait depuis 1841, s'était mis en tête lui aussi d'apporter la richesse à sa pauvre et petite principauté en ouvrant un établissement de jeux, qu'on ne nommait pas encore « casino ». Accordée en 1856, une première concession n'avait pas tenu ses promesses, et le successeur de Florestan, Charles III, ne fut pas plus heureux. La Société des bains, constituée pour l'occasion, se trouvait un peu à l'abandon, ses divers actionnaires se dépêchant de revendre leurs parts. C'est alors que François Blanc intervint. Bad-Hombourg était le modèle à suivre, il était l'homme de la situation, d'autant plus que le contexte avait changé avec le rattachement de Nice à la France. C'était l'espoir de voir le chemin de fer arriver à Monaco, alors fort enclavé, et de profiter de la nouvelle mode de la Côte d'Azur. Un contrat fut conclu en 1863 : Blanc rachetait les parts de ses prédécesseurs et prenait en main la Société des bains de mer pour cinquante ans.

Très vite, les méthodes d'exploitation [...]

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Écrit par :

  • : licencié ès lettres, ingénieur du Conservatoire national des arts et métiers, historien du jeu

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  • Écrit par 
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Thierry DEPAULIS, « BLANC FRANÇOIS (1806-1877) - & LOUIS (1806-1854) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 06 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/blanc-francois-et-louis/