CRAXI BETTINO (1934-2000)

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Homme politique italien, le premier socialiste à devenir chef de gouvernement à Rome.

Né le 24 février 1934 à Milan, Bettino Craxi adhère à dix-sept ans aux Jeunesses socialistes. Proche du grand dirigeant Pietro Nenni, il entre au comité central de son parti en 1957. Conseiller municipal de Milan en 1960, député en 1968, il devient vice-secrétaire du Parti socialiste italien (P.S.I.) en 1970. Deux ans plus tard, celui-ci passe au-dessous de la barre des 10 p. 100 des suffrages. Coincé entre la Démocratie chrétienne (D.C.) et le Parti communiste italien (P.C.I.), le P.S.I. semble condamné au déclin. À l'été de 1976, grâce à un coup de force, Craxi s'empare de sa direction. Comme les autres leaders socialistes de l'Europe du Sud, Mário Soares au Portugal, Felipe González en Espagne, Andréas Papandréou en Grèce et François Mitterrand en France, il tente lui aussi de relancer son parti. Il lui faut desserrer l'étreinte mortelle de la D.C. et du P.C.I. qui se sont rapprochés dans le cadre du « compromis historique » et redonner une unité à un parti fortement divisé.

Dans un premier temps, Craxi essaie de dégager un espace à gauche. Il critique le communisme et la social-démocratie au nom d'un socialisme libéral, démocratique et non marxiste. L'échec de cette politique l'amène à modifier sa stratégie : affaiblir le P.C.I. en l'attaquant de front et sceller une alliance conflictuelle avec la D.C. pour éroder sa puissance. Il se réclame du réformisme et prône un changement des institutions qui assurerait un renforcement significatif du pouvoir exécutif. Il assoit son autorité dans son propre parti en éliminant les factions, en plaçant ses fidèles, en se faisant désigner par acclamation et en cherchant le contact direct avec les électeurs à l'aide des médias. En avril 1980, le P.S.I. entre dans une coalition gouvernementale et, en août 1983, obtient, pour son chef, la présidence du Conseil. Bettino Craxi dirige le plus long gouvernement de l'Italie républicaine – 1 058 jours –, puis un second cabinet durant sept mois. Hormis la signature d'un nouveau concordat avec le Vatican, la renonciation à l'échelle mobile des salaires et la confirmation du choix européen de l'Italie, son bilan s'avère mitigé. Toutefois, Bettino Craxi se construit la figure d'un homme d'État décidé et volontaire qui réussit à faire progresser son parti (14,3 p. 100 des voix en 1987). Il redonne de la fierté aux militants socialistes, provoque l'engouement de certaines couches sociales qui profitent des bonnes performances économiques du moment, mais suscite la haine de ses adversaires, notamment les communistes, qui fustigent son paternalisme, son arrogance et son autoritarisme. Surtout, Craxi, sous prétexte de consolider le P.S.I., pratique sans vergogne le clientélisme et la corruption, ce qui se traduit par une aggravation de la dette et du déficit publics. Le début des années 1990 marque son déclin, qui sera rapide. Il ne comprend pas l'exigence de changement que réclame une partie de la société, cependant que les juges milanais dévoilent l'ampleur du système de corruption mis en place. Poursuivi par la justice, qui le condamnera au total à vingt-sept ans d'emprisonnement, Craxi est obligé de démissionner de son poste de secrétaire du P.S.I. en 1993. Ayant perdu son immunité parlementaire, il s'enfuit d'Italie, pour la Tunisie, en mai 1994, tandis que son parti s'effondre. C'est là qu'il finira ses jours.

Bettino Craxi a connu une étrange défaite. Vilipendé comme symbole des pires travers d'une République qu'au départ il voulait modifier, il est néanmoins à l'origine de l'importante transformation de la gauche de son pays : il l'a contrainte à affronter la question du pouvoir, a accéléré son aggiornamento idéologique et contribué à sa conversion au réformisme. L'actuelle vie publique italienne lui emprunte nombre de ses idées et prolonge son mode d'action : aujourd'hui, les principaux partis prônent une réforme des institutions, recourent systématiquement aux médias, sont en quête d'une personnalité forte pour les diriger et disposent de structures souples. Mais son itinéraire rappelle aussi, à ses propres dépens, les vertus de la moralité en politique.

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Écrit par :

  • : professeur d'histoire et de sociologie politique à Sciences Po, Paris

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«  CRAXI BETTINO (1934-2000)  » est également traité dans :

ITALIE - La vie politique depuis 1945

  • Écrit par 
  • Geneviève BIBES, 
  • Marc LAZAR
  • , Universalis
  •  • 31 399 mots
  •  • 12 médias

Dans le chapitre « Les partis aux prises avec la crise »  : […] Désignés comme les responsables de tous les maux qui accablent l'Italie, rejetés et méprisés par l'opinion publique, poursuivis par les magistrats, les partis ont vu fondre à la fois leurs électeurs, leurs militants et leurs finances. Tous ont essayé de réagir en proposant des réformes susceptibles de modifier leur image et d'apporter des réponses aux demandes de la société italienne, des réformes […] Lire la suite

Pour citer l’article

Marc LAZAR, « CRAXI BETTINO - (1934-2000) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 novembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/bettino-craxi/