BELLE AU BOIS DORMANT LA

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Elle bénéficie de tous les dons possibles, mais un maléfice l'endort pour cent ans. Le prince charmant la réveille ; toutefois, ses épreuves sont loin d'être achevées. La Belle est l'héroïne du premier des Contes de ma mère l'Oye, recopié dès 1695 dans le manuscrit offert à la jeune duchesse d'Orléans par Pierre d'Armancour, fils cadet de Charles Perrault.

Au xixe siècle, les « ritualistes » ont vu dans le sommeil de la Belle celui de la végétation qui semble s'assoupir en hiver. Autre assoupissement qui pose problème aux folkloristes de notre époque : celui du conte lui-même, qui est presque entièrement absent dans la tradition orale. Ils notent toutefois qu'on retrouve l'épisode de la belle endormie au xive siècle, dans le roman français en prose de Perceforest (Histoire de Troylus et de la belle Zellandine), dans la nouvelle catalane Frère de joie, sœur de plaisir, et dans le conte du Pentamerone de Basile, Sole, luna e talia (1636). Aussi, tout en lui attribuant le numéro 410 dans la classification internationale Aarne-Thompson (CT), ils penchent pour un récit d'origine lettrée.

Perte puis résurgence d'un conte ? La solution de l'énigme pourrait bien être inscrite dans le conte lui-même. Dans les versions les plus anciennes, le prince fait l'amour à la Belle pendant son sommeil magique. Elle accouche, en dormant, de jumeaux, et ce sont ces nourrissons qui la réveillent en cherchant à téter. La Contre-Réforme a pu s'émouvoir de la ressemblance entre la Belle et la Vierge Marie qui, elle aussi, conçoit sans péché et christianiser le récit en avançant de neuf mois la date du mariage.

On retient généralement de ce conte l'épisode du sommeil magique et du réveil, mais l'œuvre est beaucoup plus complexe ; c'est un véritable conte gigogne qui s'amorce par l'épisode de la naissance désirée et longuement attendue, comme le CT no 700, et qui, après les noces avec le prince charmant, débouche sur de nouveaux malheurs pour la pauvre Belle : belle-mère ogresse, enlèvement, substitution d'enfants, etc., péripéties qui rappellent celles du cycle de Cendrillon et de Peau d'Âne (CT 510 A et B), des Fées (CT 480) ou de Griselidis.

La Belle au bois dormant a inspiré de très nombreux écrivains et musiciens. Parmi les suites, musiques de scène ou de ballets les plus célèbres : celles de Piotr Tchaïkovski et de Maurice Ravel.

—  Marc SORIANO

Écrit par :

  • : docteur ès lettres et sciences humaines, professeur émérite à l'université de Paris-VII-Jussieu

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PERRAULT CHARLES (1628-1703)

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  • Marc SORIANO
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Pour citer l’article

Marc SORIANO, « BELLE AU BOIS DORMANT LA », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 août 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/belle-au-bois-dormant-la/