TARR BÉLA (1955-2026)

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Béla Tarr - crédits : Carole Bellaïche/ Getty Images

Béla Tarr

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Le réalisateur, producteur et scénariste hongrois Béla Tarr a marqué le cinéma contemporain de ses œuvres exigeantes, oscillant entre réalisme et lyrisme. Né à Pécs (Hongrie) le 21 juillet 1955, Béla Tarr est issu d’un milieu modeste. Ses parents travaillaient dans un théâtre. Le jeune homme s'est intéressé au cinéma dès l'âge de seize ans et a réalisé des films amateurs, centrés sur des personnes défavorisées en milieu urbain. Ces créations ont attiré l'attention des Studios Béla Balázs, qui ont soutenu le travail des cinéastes les plus exigeants du pays (István Szabó, Sándor Sára, Judit Elek) : ils ont ainsi financé son premier long-métrage, Le Nid familial (1977). Béla Tarr a ensuite étudié à l'École supérieure du théâtre et du cinéma de Budapest, dont il est sorti diplômé en 1981. Il a par ailleurs enseigné à la Filmakademie de Berlin, à partir de 1990, et a fondé la Film Factory, programme créé en 2013 (mais qui fermera en 2017, faute de moyens) qui proposait un cursus doctoral de cinéma au sein de la faculté de science et de technologie de l’université de Sarajevo (Bosnie-Herzégovine).

Béla Tarr s’est voulu, d'abord, un cinéaste profondément hongrois. Il a assimilé l'esthétique des films de Miklós Jancsó et leurs longs plans-séquences élégiaques. Mais il était également un cinéaste artiste et démiurge qui a façonné un style et une vision du monde à l'instar d'un Antonioni, d'un Godard ou d'un Tarkovski.

Deux trilogies

On partage habituellement sa courte et dense filmographie (dix films de 1977 à 2011) en deux trilogies (une sociale et une métaphysique) et quelques opus de transition ou de « finition ».

Dans la première trilogie (Le Nid familial ; L'Outsider, 1981 ; Rapports préfabriqués, 1982), Béla Tarr s’est fait le témoin lucide de la fin du communisme en Hongrie. Ses films ne sont pas contestataires, mais montrent, à l'aide d'une caméra fureteuse, un peu à la Cassavetes, des situations de mal-vivre au quotidien. Tous les deux en noir et blanc, Le Nid familial et Rapports préfabriqués révèlent, au fil de conversations débridées, la lente désagrégation de couples.

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L'Outsider, tourné en couleurs, anticipe un peu sur les films ultérieurs du cinéaste, plus systématiquement « flâneurs ». Pas de cellule familiale, ici. Pris entre deux compagnes, le jeune marginal András est le premier représentant des ces personnages en errance qui, dans la seconde trilogie, vont peupler les films de Tarr : Karrer (Damnation, 1988), Irimiás (Tango de Satan, 1994) ou János (Les Harmonies Werckmeister, 2000). Toutefois, L'Outsider colle encore au réel : András perd son travail d'aide-soignant et souhaite devenir musicien. La caméra sort, pour la première fois, hors de la ville.

En 1982, Béla Tarr réalise une version de Macbeth (sortie en 1983) en deux plans-séquences pour la télévision, découvre le cinéma de R. W. Fassbinder et tourne, sous son influence, Almanach d'automne (1984), son dernier film en couleurs. Dans une riche demeure décadente, la vieille Hédi domine un petit monde de quatre personnes, dont son fils et sa gouvernante ; chacun des convives tente, à tour de rôle, de profiter des bienfaits de l'hôtesse. Toute référence à la Hongrie socialiste a disparu alors que les rapports familiaux sont appréhendés de manière très stylisée.

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Écrit par

  • : critique et historien de cinéma
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Béla Tarr - crédits : Carole Bellaïche/ Getty Images

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Autres références

  • KRASZNAHORKAI LÁZLÓ (1954- )

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    ...produire une vision du monde éclatée et instable. C’est cette vision du monde que l’on retrouve dans la collaboration du romancier avec le cinéaste hongrois  Béla Tarr (1955-2026), pour lequel Krasznahorkai signe des scénarios, avant de voir ses romans adaptés à l’écran par son compatriote. Sorti en 1994, le...

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