ASSAD BACHAR AL- (1965- )

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Président de la République arabe syrienne depuis 2000, Bachar al-Assad, né en septembre 1965, est resté longtemps à l'écart des cercles de pouvoir. Son père, le président Hafez al-Assad, traumatisé au début des années 1980 par les conflits de succession frisant la guerre civile au cœur même du régime à l'heure de son très grave accident de santé, prépare son fils aîné Bassel pour lui succéder. Le « docteur » Bachar est en spécialisation d'ophtalmologie depuis deux ans à Londres lorsque, en janvier 1994, son frère Bassel se tue accidentellement.

Hafez al-Assad rappelle Bachar en Syrie et entreprend son intronisation. Symptomatiquement et dans un ordre représentatif du fonctionnement du régime, Bachar reçoit d'abord une formation militaire accélérée au sein des unités d'élite (il devient colonel en 1999) ; dans le même temps, les hauts rangs de l'armée et des services de sécurité sont épurés par Hafez al-Assad pour déplacer ceux qui pourraient freiner l'ascension du jeune prétendant. La notion de « vieille garde » n'a pas de sens si on attache à ce terme celui d'un groupe structuré, mais elle englobe divers caciques, qui sont fortement concurrencés par « la génération Bachar », dans un régime figé à l'heure de la maladie d'Hafez al-Assad. Bachar se voit ensuite confier des responsabilités opérationnelles : il hérite du très stratégique dossier libanais, se chargeant d'assurer en 1998 l'élection d'Émile Lahoud à la présidence et la mise à l'écart de Rafic Hariri. Parallèlement, Bachar acquiert une stature diplomatique régionale et internationale (en particulier avec un voyage en France en novembre 1999). Il est de plus en plus présent au côté de son père dans les médias syriens, présenté comme symbole de modernité et de jeunesse ou chantre d'une « campagne anticorruption ».

La mort d'Hafez al-Assad, le 10 juin 2000, précipite les événements et oblige à passer dans l'urgence de la préparation de l'héritier présomptif à la succession. Cela nécessite une réforme de la Constitution, l'âge pour être président étant abaissé à trente-quatre ans. Bachar est promu immédiatement au grade de général et commandant en chef de l'armée ; il est élu secrétaire général du Baas en juin et président de la République le 10 juillet. Beaucoup d'observateurs doutent des capacités de ce jeune homme, fraîchement arrivé dans les cercles de pouvoir par une « succession dynastique » qui a fait grincer des dents, à diriger la Syrie. Bachar al-Assad se concentre sur les dossiers de politique intérieure à travers un programme « de réforme et de modernisation ». Aux gestes symboliques d'ouverture du président répond le « printemps de Damas » (mouvement dit de la société civile), mené par quelques cercles intellectuels mais exprimant les aspirations d'une société désireuse de prendre la parole. Il est vite stoppé par la répression à partir de février 2001.

Derrière le discours de réforme, Bachar al-Assad consolide son pouvoir. Dans un premier temps, il renouvelle un grand nombre de cadres dans les médias, les administrations, les entreprises publiques, les gouvernorats ou les instances inférieures du Baas. Le Xe Congrès du parti, en mai 2005, assure la cooptation de la « génération Bachar » au sein de la direction, dans une forme de réinstrumentalisation du Baas comme organe d'encadrement de la Syrie, alors qu'il avait été délaissé par Hafez al-Assad depuis les années 1980, au profit de réseaux personnels et de baronnies faisant allégeance au « leader pour toujours ». Le président s'entoure de technocrates (de la Syrian Computer Society ou du Syrian-European Business Centre), chargés des questions économiques, essentielles pour la survie du régime. La libéralisation et la réforme mises en avant par le régime profitent aux entrepreneurs proches du pouvoir, qui sont supposés créer de la croissance économique selon un modèle chinois maintes fois évoqué (mais qui n'a peut-être pas les mêmes possibilités de réalisation en Syrie). Le secteur politique reste très verrouillé, avec un noyau dur sécuritaire contrôlé en particulier par le jeune frère du président, Maher. Il entend se consacrer principalement aux problèmes internes, sans reprendre dans la précipitation le dossier de la négociation avec Israël (tout en restant très mobilisé par la question du retour du Golan) et en calmant le contexte régional, en particulier dans des rapports priv [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 4 pages

Écrit par :

Classification

Autres références

«  ASSAD BACHAR AL- (1965- )  » est également traité dans :

ASSAD HAFEZ AL- (1930-2000)

  • Écrit par 
  • Sakina BOUKHAÏMA-BONNE
  •  • 775 mots

Né en 1930 à Qardaha dans une famille alaouite, Hafez al-Assad, chef de l'État syrien de 1971 à 2000, adhère jeune au parti Ba'th, nationaliste arabe et socialiste, et effectue toute sa carrière au sein de l'armée. Passé par l'académie militaire de Homs et l'école de l'air d'Alep, il obtient le grade de lieutenant en 1955. Lors de l'union de la Syrie et de l'Égypte au sein de la République arabe […] Lire la suite

FRANCE - L'année politique 2017

  • Écrit par 
  • Nicolas TENZER
  •  • 5 347 mots
  •  • 12 médias

Dans le chapitre « Emmanuel Macron sur la scène internationale »  : […] Certains s’étaient inquiétés du manque d’expérience d’Emmanuel Macron en matière internationale. Ses premiers pas dans ce domaine leur ont donné tort. Sa crédibilité s’affirme rapidement au fil de plusieurs initiatives diplomatiques remarquées : discours sans complaisance devant Vladimir Poutine à l’occasion de la réception du président russe à Versailles (29 mai) ; savante combinaison d’amabilit […] Lire la suite

RUSSIE (Le territoire et les hommes) - La Fédération de Russie

  • Écrit par 
  • Myriam DÉSERT
  •  • 14 323 mots
  •  • 8 médias

Dans le chapitre « La Russie et les pays musulmans »  : […] Ce n'est qu'après les attentats perpétrés à Paris en novembre 2015, au nom de l’État islamique (EI, ou Daech), qu'un rapprochement s'esquisse avec l’Occident, avec notamment un voyage du président français François Hollande à Moscou pour mettre sur pied une coalition anti-Daech, en vain. Les divergences entre la Russie et les puissances occidentales sur le traitement des conflits du Moyen-Orient s […] Lire la suite

SYRIE

  • Écrit par 
  • Fabrice BALANCHE, 
  • Jean-Pierre CALLOT, 
  • Philippe DROZ-VINCENT, 
  • Philippe RONDOT, 
  • Charles SIFFERT
  •  • 36 889 mots
  •  • 12 médias

Dans le chapitre « Révoltes de la société et résistance du régime Assad »  : […] Le système Assad renouvelé au cours de la décennie 2000 paraît « stabilisé » dans une forme d'autoritarisme modernisé, à défaut d'être réformé. Le président lui-même semble s'en illusionner lorsqu'il répond au Wall Street Journal (31 janvier 2011), à l'heure où les « printemps arabes » commencent à ébranler le régime de Moubarak, après avoir fait chuter celui de Ben Ali, que la Syrie est à l'abr […] Lire la suite

Pour citer l’article

Philippe DROZ-VINCENT, « ASSAD BACHAR AL- (1965- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 05 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/bachar-al-assad/