ARAKI NOBUYOSHI (1940- )

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Moi, la vie, la mort, l'imposante monographie dont les éditions Phaidon publiaient en 2007 la version française, constitue le premier testament artistique du photographe japonais contemporain le plus controversé. Né à Tōkyō le 25 mai 1940, Araki Nobuyoshi reçoit sa formation en photographie et cinématographie à la faculté de technologie de Chiba qui lui décerne son diplôme en 1963. Son premier emploi comme cameraman à l'agence publicitaire Dentsu révèle un technicien habile et aussi un auteur inspiré. Son premier film, Les Enfants des Cités, tourné la même année 1963 dans la veine du néoréalisme italien, donnera la matière d'une série photographique Satchin, qui lui vaut de remporter le prix Taiyo en 1964. La notoriété d'Araki, artiste subversif, commence en 1970 avec l'exposition Manifeste sur le sentimentalisme no 2 : la vérité sur Carmen Marie, où des sexes féminins photographiés en gros plan s'affichent en grand format. La rencontre et le mariage en 1971 avec Aoki Yoko sont à l'origine de l'œuvre d'Araki telle qu'il va la poursuivre, en associant la photographie à chaque instant de sa vie. Les images de la lune de miel aux îles Okinawa, objet d'un livre, Le Voyage sentimental, publié en 1976 sont au commencement de cette démarche. Devenu photographe indépendant dès 1972, Araki tente l'aventure de l'enseignement avec quelques confrères aujourd'hui célèbres comme Tohmatsu Shomei, Moriyama Daidoh ou Hosoe Eikoh. Leur école, la Workshop Photography School, fondée à Tōkyō en 1974, fermera en 1976. L'expérience n'a pas menacé une production prolifique essentiellement vouée à la ville qu'Araki nomme volontiers « mon Tōkyō » et que l'International Center of Photography de New York honore par une première exposition personnelle, Japan, a Self Portrait. Le sexe et notamment la pratique érotique largement répandue au Japon du kinbaku, ou bondage, prennent une place de plus en plus importante dans le travail d'Araki, dont la revue S&M Sniper publie à partir de 1979 les photographies de femmes ligotées et suspendues. La maladie et la mort de Yoko en 1990, dont témoignent plusieurs photographies particulièrement émouvantes, infléchiront le travail d'Araki vers une méditation continûment accompagnée de photographies parfois marquées d'une date, vraie ou fausse, entre lesquelles se glissent des vues poétiques de ciels en noir et blanc. Araki poursuit ses représentations érotiques que rejoignent des photographies de fleurs, métaphores esthétiques de sexes féminins. Nommé photographe de l'année en 1990 par l'Association japonaise de photographie, Araki sera deux ans plus tard condamné à une amende pour pornographie. Censuré à Tōkyō en 1993, Araki refuse de participer à la biennale de Venise en 1994 mais accepte l'hommage à Paris de la Fondation Cartier en 1995 et la monumentale rétrospective que lui consacre le Session Hall de Vienne en 1997. Auteur prolifique d'images humanistes ou troublantes, Araki Nobuyoshi a publié à ce jour plus de trois cents livres, et jusqu'à dix-huit pour la seule année 2002. Parmi ces titres, pour certains devenus des pièces de collection, citons Yoko, mon amour (1978), Je suis la photographie (1982), Oh Shinjuku ! (1984), Roman du moi (1986), Sur la photographie et Tokyo Nude (1989), Le Banquet et Journal en couleurs d'un photomaniaque (1993), Contes merveilleux à l'encre noire et Satchin (1994), Le Sexe à Tokyo (1995), Fleurs vaginales (1996), L'Érotisme des femmes mariées (1998), Tokyo Nostalgy (1999), Photographies pour le nouveau siècle (2001), Izumi, cette vilaine fille (2002), Journal de voyage de Tokyo et Araki by Araki (2003), Trahison (2004), Tokyo Lucky Hole (2005), Subway Love (2006), Dirty Pretty Things (2007), ainsi que le portfolio Araki KaoRi, dédié à sa dernière muse et présenté à la faveur de l'exposition personnelle tenue à la galerie Jablonka de Berlin au printemps de 2008.

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Hervé LE GOFF, « ARAKI NOBUYOSHI (1940- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 avril 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/araki/