APOLITISME

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La tendance à la dépolitisation

De nos jours, on observe, dans l'ensemble de l'Europe occidentale, une tendance à la désaffection des citoyens à l'égard de la vie politique. Après une phase de hausse de la participation électorale, liée au développement économique et culturel qui a suivi la fin de la Seconde Guerre mondiale, la tendance est à la baisse dans tous les pays depuis les années 1980, le niveau atteint se révélant souvent inférieur à celui de la période de l'immédiat après-guerre. Le nombre des adhérents aux partis ou aux syndicats est en baisse et les citoyens sont de moins en moins nombreux à se définir politiquement par identification à un parti. Enfin, les grandes associations d'obédience politique ou religieuse, notamment les associations de jeunesse, ont vu fondre leurs effectifs. En ce sens, on peut dire qu'un certain processus de dépolitisation est en cours.

Contrairement à certaines interprétations courantes, cette évolution ne semble pas devoir s'expliquer par la montée d'un individualisme qui signifierait que les membres des sociétés européennes ne se préoccupent plus que de leurs seuls intérêts personnels. Les citoyens des pays européens ne semblent pas être dans une phase de désintérêt pour la chose publique. Leur intérêt pour les problèmes économiques, sociaux, religieux, culturels, écologiques, etc., semble au contraire être en hausse, comme en témoignent leur niveau élevé d'écoute des informations à la radio et à la télévision ainsi que leur pratique de la lecture des journaux. Si les anciennes formes de militantisme sont en baisse, l'engagement dans les associations à but humanitaire, social, culturel, sportif ou autres est en augmentation. De même, si la participation à la vie politique par la procédure de l'élection est en baisse, de nouvelles formes d'engagement, telles que la participation à des manifestations ou la signature de pétitions, sont en hausse.

La concomitance de ces deux tendances contradictoires incline à rechercher une autre explication à ce changement. Plus que l'individualisme, trop souvent invoqué, c'est l'affaiblissement des antagonismes idéologiques qui a eu pour conséquence inattendue un déclin de la propension à l'engagement politique. L'époque des grands conflits manichéens opposant des idéologies et des projets de société irréconciliables paraît révolue. La tendance à l'homogénéisation sociale, culturelle et idéologique des sociétés occidentales développées a favorisé le tropisme centriste des électeurs et des hommes politiques, et poussé à la convergence des programmes politiques des grands partis. Les grandes idéologies proposant une interprétation globale du monde ne font plus guère recette. Les nouveaux militants associatifs se mobilisent pour des objectifs précis et concrets et non plus pour promouvoir des idéologies globalisantes. Si certains électeurs considèrent toujours le clivage gauche-droite comme une référence idéologique, d'autres, dont le nombre est en augmentation, ne perçoivent aujourd'hui plus guère de différences entre les grands partis de gauche et de droite. La similitude croissante des programmes politiques a pour conséquence de rendre le choix électoral à la fois moins important et plus difficile pour l'électeur. Moins important en raison de la proximité escomptée des politiques qui seront effectivement appliquées quel que soit le vainqueur, et plus difficile en raison de la similitude des programmes qui brouille les différences.

Les démocraties occidentales sont en train de passer de l'âge de l'affrontement idéologique à celui du consensus. L'affrontement provoquait un clivage idéologique horizontal entre camps rivaux, clivage qui était porteur de passions et favorisait l'engagement politique. Aujourd'hui, il ne reste plus guère, comme affrontement manichéen, que le clivage entre la grande majorité du corps électoral et la minorité d'extrême droite. L'apaisement idéologique qu'amène par ailleurs la diffusion du consensus facilite au contraire l'expression d'un clivage vertical, dans lequel les gouvernés manifestent leur scepticisme ou leur défiance à l'égard des gouvernants.

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  • André GISSELBRECHT
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Étienne SCHWEISGUTH, « APOLITISME », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 14 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/apolitisme/