STASIUK ANDRZEJ (1960- )

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Écrivain, poète et critique littéraire polonais, Andrzej Stasiuk est né en 1960 à Varsovie. Dans sa jeunesse, militant pacifiste, il refuse de faire son service militaire et finit par déserter. Il passe alors deux ans en prison, expérience initiatique qu'il racontera dans Les Murs d'Hébron. Il collabore ensuite aux revues de l'underground littéraire polonais (Brulion, Czas kultury). À la fin des années 1980, Andrzej Stasiuk décide de quitter Varsovie et de s'installer dans un petit village de montagnes dans la région subcarpathique des Beskides, encadrée par les frontières avec la Slovaquie d'un côté et l'Ukraine de l'autre.

Andrzej Stasiuk

Photographie : Andrzej Stasiuk

«J'aime ce bordel balkanique, hongrois, slovaque et polonais, cette merveilleuse pesanteur de la matière, ce je-m'-en-foutisme face aux faits, cet esprit de suite dans la soûlerie à midi pile» (Sur la route de Babadag). 

Crédits : K. Gubala/ Polish Cultural Institute, New York

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C'est à la publication, en 1992, des Murs d'Hébron qu'il doit sa consécration comme écrivain et sa réputation de rebelle de la littérature polonaise contemporaine. Dès le milieu des années 1990, il est considéré, en Pologne, comme l'un des chefs de file de la génération des écrivains entrée en scène au lendemain de la chute du Mur de Berlin. En 1996, avec sa femme, Monika Sznajderman, il crée à Wołowiec, son village d'adoption, une maison d'édition où il publie ses propres livres et ceux des auteurs qu'il affectionne, originaires pour la plupart du centre et de l'est de l'Europe. Il déclare vouloir faire connaître cette « Autre Europe » qui lui est chère. Tout en vivant retiré, il publie cependant régulièrement dans les meilleurs journaux polonais et étrangers. Ses romans, essais et récits de voyage ont essentiellement pour toile de fond les atmosphères de l'Europe centrale, ses villes et banlieues, ses espaces austères s'étalant à perte de vue, plongés dans la boue et la neige que transfigurent soudain les trois mois de soleil dont l'acuité est inversement proportionnelle à la torpeur d'interminables hivers. Son regard nostalgique, jouant de complicité avec une région que le xxe siècle n'a cessé de malmener, s'arrête sur les attributs désuets du temps du communisme soviétique et les fige tels quels, abîmés dans le kitch capitaliste où se reconnaît l'œuvre de la « Grande Transformation ».

Ses personnages vivent à la limite de deux époques, à la frontière de deux mondes, sur les confins de l'Europe urbaine et industrialisée, dans les villages perdus de l'Europe centrale, au fin fond de la Roumanie ou dans les anciennes coopératives agricoles de la Pologne, devenues emblématiques de tous les malheurs de la transition. Son regard capte ces anachronismes, signes d'un monde révolu mais qui s'entête à durer.

Si ses romans campent des atmosphères urbaines ou suburbaines, les nouvelles mettent en scène une campagne fantasmée par un écrivain né dans une grande ville et que fascinent la lenteur, le silence et la torpeur de la province. Les recueils Contes de Galicie (1995), Dukla (1997) et Hiver (2001) rassemblent des récits peuplés d'ombres et d'apparitions fantomatiques, tissés de métaphores étranges, à l'image du bric-à-brac de la grande décharge postcommuniste installée dans des paysages à couper le souffle. Seul Hiver déroge à la règle et retourne du côté des quartiers glauques et étriqués d'une grande ville.

Dans Fado (2006), Stasiuk reprend le récit en mouvement de Sur la route de Babadag (2005), son livre précédent. Il y roule en voiture, mais ce n'est plus pour explorer les limites de l'ancienne zone socialiste. Cette fois, il s'agit d'explorer ce coin sud-est de la Pologne où il habite, les vieilles Carpates, et de pousser plus loin, du côté de la Roumanie. En vingt-quatre chapitres, il livre à son lecteur vingt-quatre balades mélancoliques et résolument personnelles. Celles-ci fournissant quelques clefs pour ouvrir ce monde aux portes de l'Europe occidentale, un monde si proche et si exotique à la fois. Quant à l'avenir... Stasiuk interroge – comme dans Mon Allemagne (2010) – notre vieille Europe, si arrogante et si fière de son confort matériel : « Nous voulons devenir vous, mais vous, voulez-vous être nous ? J'en doute. »

Le passage rapide, voire brutal, de la Pologne à l'économie de marché, a ainsi suscité, chez les écrivains de la génération de l'après-1989, des textes ironiques, à la fois grinçants et nostalgiques, qui s'efforcent d'assumer une liberté désenchantée.

Aussi, de livre en livre, Stasiuk répertorie-t-il, avant qu'elle ne disparaisse totalement, cette « Autre Europe » qui, il y a peu, a frappé aux portes de son double [...]

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Malgorzata SMORAG-GOLDBERG, « STASIUK ANDRZEJ (1960- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/andrzej-stasiuk/