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BOUCHET ANDRÉ DU (1924-2001)

André du Bouchet est unanimement reconnu comme un des plus importants poètes français de la seconde moitié du xxe siècle. Ses débuts coïncident avec le déclin du surréalisme, dont il rejette, avec d'autres, la dérive ésotériste et la fuite dans l'imaginaire. Il reconnaît chez Reverdy l'exemple d'une poésie qui affronte une « réalité rugueuse à étreindre » (Rimbaud), soustraite aux prises de l'imagination, de l'idéologie et du langage. C'est pourquoi il refusera aussi bien la littérature engagée des années 1950 que le formalisme des années 1960 et 1970.

De retour des États-Unis, où sa famille avait dû s'exiler pendant la guerre et où il a fait ses études, André du Bouchet commence à écrire en français pour « retrouver une relation perdue » avec le monde et avec une langue qui lui est devenue presque étrangère. Parallèlement à ses premiers recueils de poèmes (Air, 1951 ; Dans la chaleur vacante, 1961), il fait œuvre de critique littéraire et de traducteur, rendant hommage à ses maîtres (Reverdy, Baudelaire, Hugo), se confrontant aux textes anglais les plus difficiles (Shakespeare, Joyce, Faulkner) mais aussi à des langues qu'il maîtrise mal, comme l'allemand (Hölderlin, Celan) ou le russe (Pasternak, Mandelstam). Cette pratique singulière le dispose à percevoir les mots hors de leur signification codifiée, et dans toute leur épaisseur sensible. Elle lui permet de se risquer aux confins des possibilités expressives de la langue. du Bouchet engage aussi très tôt un dialogue qu'il n'a cessé d'approfondir avec des peintres amis ou élus, tels Giacometti, Tal Coat ou Bram Van Velde, qui illustreront certains de ses livres. Il fait sienne leur quête d'une intensité et d'une réalité élémentaires, qui échappent à toute représentation ou imitation.

Ces échanges féconds entre écriture, peinture, lecture et traduction ont trouvé dans la revue L'Éphémère, qu'il fonde en 1967 avec Yves Bonnefoy, Gaëtan Picon et Louis-René des Forêts, un lieu d'accueil et d'expression privilégié ; bien qu'elle s'arrête dès 1972, cette aventure a retenti sur la poésie contemporaine et sur le travail d'André du Bouchet. Il invente alors une forme nouvelle de textes, qui transgresse les frontières entre prose et poésie, critique et création. Les volumes qui les recueilleront (Qui n'est pas tourné vers nous, 1972 ; L'Incohérence, 1979) ou s'inscriront dans leur prolongement (Peinture, 1983 ; ...Désaccordée comme par de la neige, 1989 ; L'Emportement du muet, 2000) tendront à effacer la différence entre prose et poésie, comme entre création, critique et traduction. Pour autant, du Bouchet a tenu à réserver dans sa production une place spécifique à la poésie qui, depuis Ou le soleil (1968) jusqu'à Axiales (1992) en passant par Laisses (1979) et Ici en deux (1986), se distingue de la prose en se resserrant à l'extrême, dans l'espace de la page, autour d'un axe vertical ou horizontal.

À partir de Rapides (1980), du Bouchet franchit une nouvelle frontière : celle qui sépare le texte de l'avant-texte. Renonçant à leur donner une forme unitaire et close sur elle-même, il recueille et réunit très librement des notes extraites d'anciens carnets en une série de volumes d'une conception inédite (Carnet, 1994 ; Carnet 2, 1998 ; Annotation sur l'espace, 2000). Cette avancée ultime éclaire certains enjeux majeurs de l'œuvre entière, et notamment le lien qui unit l'écriture au parcours de l'espace. Ces carnets sont en effet à l'origine des carnets de marche, que le poète emportait avec lui dans ses déplacements pour noter sur le vif ce qui lui venait sous les yeux ou à l'esprit. D'où le caractère elliptique et foncièrement discontinu de ces notes ; après avoir cherché à y[...]

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Écrit par

  • : professeur de littérature française à l'université de Paris-III-Sorbonne nouvelle

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

Voir aussi