ALCIAT ANDRÉ (1492-1550)

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Né sans doute à Alzate, près de Côme — d'où le nom de sa famille —, Alciat était fils d'un riche marchand de Milan, et c'est dans cette ville qu'il fait ses premières études. En 1508, probablement, il va à Pavie pour se former aux disciplines juridiques et, en 1511, il passe à Bologne. Mais l'enseignement du droit lui semble fort mal donné et parfaitement inutile. En 1513, ses Annotationes in tres posteriores Codicis libros témoignent de l'orientation qu'Alciat entend donner à son étude de l'Antiquité romaine, étude juridique, certes, mais éclairée par une large utilisation des sources littéraires et tournée vers les institutions publiques. Alciat s'inscrit dans le courant nouveau des juristes humanistes, en réaction contre les bartolistes, dont l'enseignement s'essouffle. D'abord avocat à Milan (1514-1518), il accepte d'aller enseigner à Avignon (1518-1522). Sa réputation lui vaut d'attirer à ses cours le Bâlois B. Amerbach, à qui Zazius avait conseillé d'aller entendre le jeune professeur ; c'est alors aussi qu'il entre en relation avec Guillaume Budé. Chassé d'Avignon par la peste en 1522, il revient à Milan et, ne trouvant pas d'enseignements dans une université italienne, se consacre à l'étude et à la publication de plusieurs traités juridiques ; il retrouve, en 1527, sa chaire d'Avignon. En 1529, Bourges se l'attache en lui offrant un salaire plus élevé ; il y est accueilli en grande pompe par les étudiants, qui lui font cortège. Le séjour à Bourges fut marqué par un intense travail et la publication de plusieurs ouvrages, dont l'édition de la Notitia dignitatum. Cependant, Padoue et Pavie se disputaient son enseignement : sur l'ordre impérieux du duc de Milan, Alciat dut opter pour Pavie, où il enseigna de 1533 à 1537. À Pavie, Alciat fut en butte à des attaques de collègues et ne retrouva pas la qualité de son auditoire de Bourges. Les guerres d'Italie vident d'ailleurs l'université de Pavie, et Alciat passe à Bologne en 1537, où le pape le maintient, malgré les réclamations du gouverneur de Milan, jusqu'en 1541. Après un bref passage à Pavie, il est engagé à Ferrare (1542-1546), et revient finalement à Pavie, où il meurt en janvier 1550.

Malgré cette vie mouvementée, Alciat ajoute à son enseignement une œuvre écrite considérable où se marque son esprit novateur : l'application à l'étude des textes de droit romain de la méthode philologique, le souci de la reconstitution historique du droit ancien. Juriste humaniste, Alciat s'insurge contre l'interprétation que fait Accurse du dogme de l'infaillibilité. Il s'est soucié d'établir de façon critique le texte de plusieurs passages du Digeste, explique les termes et les institutions du droit romain en recourant aux témoignages littéraires, publie des inscriptions et des manuscrits. Son œuvre juridique et historique ne doit pas faire oublier ses écrits littéraires d'humaniste, en particulier les Emblemata (publiés en 1531), poèmes allégoriques, riches de plus d'érudition mythologique que de souffle poétique, qui connurent un très grand succès et furent traduits en français par Barthélemy Aneau en 1549.

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  • : professeur à la faculté de droit et des sciences économiques de Paris, directeur d'études à l'École pratique des hautes études

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Jean GAUDEMET, « ALCIAT ANDRÉ - (1492-1550) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 04 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/andre-alciat/