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BAUDOT ANATOLE DE (1834-1915)

L'activité de Baudot, architecte français, se situe entre 1860 et 1914. Ces deux dates correspondent à une période de crise pour l'architecture ; des idées et des techniques révolutionnaires contribuent à démolir un monde et à poser les fondements d'une nouvelle architecture. Comme professeur, journaliste, réformateur de la profession, mais surtout comme constructeur, Baudot participe activement à ces controverses et à ces expériences. Si l'on excepte son rôle d'architecte des Monuments historiques, il a peu bâti. Dans la fièvre des constructions qui caractérise le début de la IIIe République, son œuvre est restreinte, elle est surtout imaginaire. Des cinquante projets qu'on lui connaît, seize seulement ont été réalisés. Ses chantiers les plus importants datent des années 1882-1895. La transformation de sa technique de construction permet de distinguer deux phases dans son œuvre.

De 1863 à 1880, pendant les années les plus tristes de l'éclectisme, il produit des œuvres relativement médiocres sur des programmes et avec des matériaux traditionnels. Pendant toute cette période, sa place est ambiguë et incertaine. Rationaliste militant, disciple inconditionnel de Viollet-le-Duc, il condamne la copie des styles ; mais, malgré sa volonté d'utiliser une méthode rationaliste dans la composition et le décor, transparaissent clairement des restrictions inconscientes qui lui font accepter l'esprit de pastiche de son époque. Pour les nombreuses églises qu'il édifie il s'efforce d'appliquer un « néo-gothique archéologique » sévère. Les plans des demeures privées, le parti décoratif des immeubles de rapport, plus inventifs, sont révélateurs cependant d'une participation active au renouvellement de la création architecturale.

En 1882, la construction du lycée Lakanal est une étape décisive dans son œuvre. Le programme, dicté par des règles scolaires et sanitaires nouvelles, s'impose à son esprit par sa modernité qui ne laisse aucune place à l'expérience du passé. Pour la première fois, il conçoit une architecture qui utilise les principes rationalistes moins comme une formule que comme un système cohérent de pensée. Cette réalisation lui sert d'étape purificatrice avant le temps des audaces révolutionnaires, celui des réalisations en ciment armé des années 1890-1900. Baudot est le premier de sa génération à oser utiliser ce procédé de construction pour de grands chantiers. L'intérêt qu'il lui porte s'explique autant par les propriétés du matériau que par sa formation rationaliste. Ce n'est pas la nouveauté de la technique qui l'a passionné, mais son essence : le ciment armé est un matériau complet, à la fois ossature et enveloppe, qui offre la possibilité de bâtir selon les principes doctrinaux de Viollet-le-Duc. L'unité de structure que permet ce matériau oblige enfin à subordonner l'architectural à l'architectonique et abolit la distinction entre architecture pauvre et riche. Baudot voit ainsi la possibilité de réaliser l'idéal social pour lequel il milite. Au moment où éclate et évolue le phénomène du modern style, il expérimente d'abord le ciment armé pour des programmes neufs (habitations ouvrières, lycée), puis pour un chantier traditionnel, l'église Saint-Jean-de-Montmartre à Paris, avec une audace dans la conception de la structure qui restera longtemps inégalée. Complètement dégagée du néo-gothique, « art nouveau » par accident et seulement dans des détails du décor, l'église témoigne du goût de l'architecte pour des volumes pyramidants fortement emboîtés, liés à des emmêlements colorés de formes graciles qui caractérisent l'architecture des années 1900. La franche accusation de certains volumes extérieurs annonce déjà l'architecture cubiste. À la fin de sa vie, Baudot emploie son[...]

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Écrit par

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • ARCHITECTURE (Matériaux et techniques) - Fer et fonte

    • Écrit par Henri POUPÉE
    • 4 357 mots
    • 6 médias
    Les rationalistes eux-mêmes, poussés par Anatole de Baudot, abandonnaient le métal au profit du ciment armé. C'était encore du fer, mais en simples barres, sans profils spéciaux ni assemblages compliqués, mis à l'abri de la corrosion par un enrobage assurant la massivité chère aux esthéticiens....
  • ARCHITECTURE RELIGIEUSE AU XXe SIÈCLE, France

    • Écrit par Simon TEXIER
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    ...catalyseur de la mode romano-byzantine, puis s'imposera comme source d'inspiration pour une génération entière d'architectes au début du xxe siècle. L'année 1904 est aussi une date clé : après dix ans de travaux et de polémiques, l'église Saint-Jean-l'Évangéliste est enfin livrée par ...
  • BIGOT ALEXANDRE (1862-1927)

    • Écrit par Marie-Cécile FOREST
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    Alexandre Bigot naît à Mer, dans le Loir-et-Cher, le 5 novembre 1862, de parents vignerons. Licencié en physique en 1884, il devient, en 1887, professeur à l'École alsacienne. Il passe son doctorat en 1890 avec une thèse sur les dérivés de la glycérine. À l'Exposition universelle de 1889, il s'enthousiasme...

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