FANFANI AMINTORE (1908-1999)

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Amintore Fanfani, mort à Rome le 20 novembre 1999, fut l'un des hommes politiques les plus importants de l'Italie contemporaine. Né en 1908 à Pieve Santo Stefano, dans une famille nombreuse de la petite bourgeoisie toscane, il obtient dès 1936 la chaire d'histoire de l'économie à l'Université catholique de Milan. S'il consacre deux études, en 1937 et en 1942, au corporatisme fasciste, ses essais reflètent moins une adhésion au régime que les prémices d'une pensée qui se précise et s'enrichit pendant la guerre au sein de la communauté du Porcellino, qu'il fonde avec Giuseppe Dossetti, Giorgio La Pira et d'autres jeunes intellectuels catholiques de gauche. C'est là que se forment les constantes de sa vision et de son action politiques : la recherche d'une troisième voie entre socialisme et capitalisme fondée sur l'éthique chrétienne, la collaboration de classe, l'importance des associations intermédiaires, comme la famille et le métier, et la subordination de l'économie à la politique. Chez Fanfani, le volontarisme de l'État s'accompagne d'un autoritarisme qui relève autant de la philosophie de l'homme que de son tempérament.

C'est ce cadre conceptuel qui explique largement son action au cours d'une longue carrière, qui débute en 1946 par son élection au conseil national de la Démocratie chrétienne (D.C.) et à l'Assemblée constituante, et qui s'achève en 1989 au ministère du Budget dans le gouvernement De Mita. Secrétaire général de la Démocratie chrétienne de 1954 à 1959 puis de 1973 à 1975, il joue un rôle décisif dans 1'organisation du parti, ses alliances et l'expression de sa culture. Lors de son premier mandat, il s'emploie à la transformation d'un parti de notables dépendant des réseaux ecclésiastiques et des finances privées en un parti de masse formé sur le modèle du P.C.I. (une section dans chaque paroisse), disposant des ressources des entreprises publiques en termes de financement et de postes. Il met ainsi en place un système qui assure l'indépendance du parti et l'intervention de l'État dans une économie capitaliste insuffisamment développée. Mais il introduit concurremment le germe de la dégénérescence dans le corps politique italien, puisque tous les postes de pouvoir sont occupés par les partis, et en premier lieu par la D.C., engendrant clientélisme et corruption. Durant cette période, il prépare aussi son parti à accepter le grand tournant de l'alliance avec le Parti socialiste, malgré les résistances de l'aile droite de la D.C. qui provoqueront sa démission en 1959. Clairvoyant dans le domaine politique, il n'a pas compris les changements culturels de la société, comme le montre la très dure et vaine bataille qu'il livre contre le divorce lors du référendum perdu de 1974.

Élu sans interruption à la Chambre, puis au Sénat, qu'il préside de 1968 à 1973 et où il est nommé sénateur à vie en 1972, puis de 1976 à 1982 et de 1985 à 1987, il est six fois président du conseil, neuf fois ministre. Seule lui échappe la présidence de la République, malgré deux candidatures, en 1964 et en 1971. Trois grands axes caractérisent son action. Le volontarisme et la priorité du politique font de lui à la fois l'homme de la programmation (ministre du Travail en 1947-1950, il met en place les plans de logements sociaux et de formation pour les chômeurs ; ministre de l'Agriculture en 1951, il œuvre pour la réforme agraire), et de l'extension des entreprises publiques (ami d'Enrico Mattei, il soutient la politique pétrolière de ce dernier et, en 1962, préside à la nationalisation de l'énergie électrique). Partisan précoce de l'alliance avec les socialistes, il sera, en 1962-1963, le président du Conseil du premier et du plus réformiste gouvernement de centre-gauche de la République italienne, qui crée un organisme public, l'E.N.E.L., dans le domaine de l'industrie électrique, et institue l'école moyenne élémentaire unique. Le troisième axe concerne la politique étrangère. Comme secrétaire du parti, président du Conseil et ministre des Affaires étrangères, il inaugure une politique internationale plus ambitieuse et plus autonome, se rapprochant du monde arabe et de l'Union soviétique. Son élection à la présidence de l'Assemblée générale des Nations unies, en 1965, consacre sa stature internationale.

Homme complexe, peu aimé et très souvent combattu dans son propre camp, il a été accusé par la gauche de néo-gaullisme sinon de néo-fascisme [...]

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  • Marc LAZAR
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Pour citer l’article

Geneviève BIBES, « FANFANI AMINTORE - (1908-1999) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/amintore-fanfani/