AI QING [NGAI TS'ING] (1910-1996)

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Toujours baignée à des sources paysannes, et nourrie d'idéal révolutionnaire, la poésie de Ai Qing, simple, libre, saisie au vif de l'émotion, retient par son lyrisme profond et sincère : elle nous fait partager de brefs moments de vie et témoigne, par le rythme de ses grandes fresques cadencées, des malheurs et de l'espoir des hommes et des femmes de la Chine contemporaine.

Du symbolisme à la Révolution

Zhang Haicheng, fils aîné d'un riche propriétaire terrien de Jinhua, district de la province du Zhejiang, vint au monde le 27 mars 1910, en une période où de profonds bouleversements secouaient la vieille civilisation chinoise. « C'était la dernière année de la dynastie mandchoue » – écrit-il dans le poème Mon Père en 1949 –, corrompue et saignée à blanc par les puissances étrangères.

Le petit garçon passa les cinq premières années de sa vie chez une nourrice, une paysanne qui lui tint lieu de mère, car la sienne lui en voulait d'avoir trop souffert lors de sa naissance ; de plus, comme un astrologue avait prédit que cet enfant porterait malheur à sa famille, ses parents s'en débarrassèrent au plus vite. Vingt-trois ans après, le premier poème signé du nom de plume Ai Qing fut dédié à « Dayan he, ma nourrice ».

Rappelons brièvement quelques événements historiques vécus par Ai Qing. La révolution éclate en 1911, dirigée par le Dr Sun Yat-sen qui apparaissait comme le symbole des aspirations de la classe dirigeante hostile aux Mandchous. Sun Yat-sen fut élu président provisoire de la République chinoise le 1er janvier 1912, mais, dès le 13 février, Yuan Shikai, ayant persuadé le dernier empereur d'abdiquer, s'octroya la présidence de la République.

Le 4 mai 1919, en réaction contre le traité de Versailles, naît, dans la violence, le mouvement prônant science et démocratie, mené par de jeunes patriotes : Li Dazhao, Chen Duxiu, Lu Xun, ne supportant plus l'état d'arriération et de dépendance de leur pays. Fondation du Parti communiste chinois en 1921, mort de Sun Yat-sen en 1925 : en 1926, « l'armée traversa mon village ». L'adolescent avait voulu entrer à l'académie militaire Whampoa et son père le lui avait interdit. C'était l'expédition du Nord, conduite par Tchiang Kai-chek pour chasser les derniers féodaux et refondre l'unité nationale. Mais les divergences entre le Guomindang et le P.C.C. s'accentuent et les revirements de Tchiang Kai-chek se multiplient à l'issue de chaque victoire : le 12 avril 1927, à Shanghai, coup d'État du Guomindang et massacre des communistes ; le 1er août, insurrection paysanne et répression à Nanchang.

Ai Qing entre à Hangzhou en 1928, à l'institut des Beaux-Arts du lac de l'Ouest. Il y régnait, à son point de vue, « trop d'académisme ». Son professeur, le grand peintre Lin Fengmian, lui conseilla de partir pour la France. Pendant les trois années passées à Paris, la poésie française et la littérature progressiste russe ont fortement marqué la personnalité du jeune homme. En 1932, après l'incident de Shanghai et le débarquement des troupes japonaises, il rentra au pays. Il adhéra à la Ligue des artistes de gauche, rencontra Lu Xun et se retrouva en prison dans la concession française de Shanghai en raison de ses « idées subversives ». Son premier poème publié, La Grande Rencontre, date de cette année-là. Commence alors pour Ai Qing une existence mouvementée qui l'entraîne dans les remous qui vont agiter l'histoire de son pays.

Après des années de lutte aux côtés des communistes, le poète chinois, dont le patriotisme n'a jamais pu être mis en doute, connut l'exclusion en 1957 : on lui reprochait son « occidentalisme » ; puis ce fut l'exil pendant vingt années dans le Xinjiang. Par la suite, et malgré la consécration, Ai Qing ne put oublier ceux qui avaient été condamnés pour avoir conservé et lu ses livres, et continua à écrire son œuvre courageuse et puissamment originale.

Pour qui aborde l'œuvre de Ai Qing dans une autre langue que la langue mandarine, certains de ses poèmes peuvent sembler n'avoir rien de spécifiquement chinois. Son écriture, à ses débuts, est très souvent symboliste. Un poème comme Les Ponts, à part quelques descriptions de scènes locales typiques, pourrait être dû à la plume de Verhaeren par la construction du langage poétique et l'humanité qui l'anime.

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Écrit par :

  • : diplôme supérieur de l'Institut national des langues et civilisations orientales, maîtrise de littérature chinoise (Paris-VII), traductrice de chinois (littérature contemporaine), guide, interprète

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Pour citer l’article

Catherine VIGNAL, « AI QING [NGAI TS'ING] (1910-1996) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/ai-qing-ngai-ts-ing/